peace_tokyo_couverture Le contexte historique.                                                                                                                              Lire le dernier roman de Peace ne nécessite aucune connaissance préalable de l'histoire ou de la civilisation du Japon, cependant quelques rappels permettent certainement d'apprécier davantage la lecture du livre.
En 1945, après les bombardements de Hiroshima et de Nagasaki,  le Japon doit capituler et le pays est soumis à l'occupation des troupes américaines. Le pays est ruiné, la population vit dans des conditions misérables. La reconstruction économique et politique dépend totalement des décisions des Etats-Unis, le général "shogun" Mac Arthur va être le véritable maître du Japon  pendant 5 ans. Dans le contexte de la guerre froide, pour créer un Japon moderne et pour faire face à la menace communiste, les américains décident de s'appuyer sur une partie des anciens cadres du pays du Soleil Levant, en particulier l'empereur Hirohito, fussent-ils des criminels de guerre.

Le point de départ du roman

A la base du roman, un fait réel. En 1948 un homme entre dans une succursale de la Banque impériale du Japon. Il se présente comme fonctionnaire du ministère de la santé et se dit chargé de vacciner sur le champ le personnel de la banque pour éviter une propagation d'une épidémie de dysentrie qui vient de se déclarer. En fait, cet homme empoisonne et tue 12 des 16 employés de l'agence avant de faire main basse sur l'argent.

A la manière de Rashomon
Peace construit son roman à la manière du film de Akira Kurosawa, Rashomon(1950). Dans ce film le réalisateur présentait le meurtre d'un homme et le viol de son épouse sous différents points de vue complémentaires et parfois contradictoires. Peace va nous dévoiler la vérité, en emboîtant douze témoignages (survivante, policiers, journalistes...) comme les morceaux d'un puzzle. La réalité dévoilée par ces personnages ne correspond pas à la vérité officiellement admise et imposée par l'occupant.

Virtuosité de l'écriture
La force du roman tient aussi aux choix stylistiques de Peace. Chaque témoignage correspond à la personnalité de leur auteur. Les voix des personnages peuvent être traduit par des lettres, des carnets raturés ou inachevés, des souvenirs...Les pensées intérieures  se confrontent parfois à des récits objectifs. Les fantômes côtoient toujours les vivants.

Comme tous les romans de Peace, Tokyo, ville occupée n'est pas un livre que l'on peut oublier de sitôt. Un très grand roman tant par l'analyse socio-politique que par la forme littéraire.