Biutiful_Javier_Bardem

Dès le début du film on apprend que le héros Uxbal est condamné, victime d'un cancer incurable. Ce sont ses dernières semaines que nous nous suivons d'une manière linéaire. Uxbal est un personnage que la vie a maltraité, très vite orphelin. Abandonné et élevé à l'école de la rue avec son frère, il a appris à survivre dans les rues de Barcelone. Le Barcelone de Inarritu n'est pas celui des touristes, mais celui des paumés, des rejetés de la vie, des ateliers clandestins, des hôtels miteux. Pour Uxbal le moyen de gagner de l'argent n'est guère reluisant. Il sert d'intermédiaire entre les flics pourris, des entreprises exploitants des clandestins et les immigrés eux-mêmes. Cependant Uxbal est un être ambivalent, ce n'est pas un exploiteur cynique, il pense réellement aider les sénégalais ou les chinois venus en Espagne. Tous ces clandestins qui croient accéder au paradis capitaliste occidental. Si Uxbal cherche frénétiquement à amasser le plus d'argent possible c'est pour assurer un avenir à ses enfants qu'il aime profondément. Il sait qu'il ne peut compter sur leur mère, immature et  droguée.
Le cinéma d'Inarritu présente toujours un côté surprenant pour les spectateurs cartésiens, un aspect irrationnel et mystique, héritage certainement de ses origines mexicaines, pays où le christianisme et toutes les religions s'interpénètrent. Uxbal est un médium qui a le pouvoir d'accompagner les morts, de les aider dans le passage vers l'au-delà, avant que l'âme, les 21 grammes, ne quittent leur écorce charnelle. Au terme de son voyage terrestre, la mort va permettre à Uxbal de retrouver un père qu'il n'a jamais connu, mais qui lui a toujours manqué.
Après les amours chiennes, 21 grammes, Babel , Inarritu confirme avec Biutiful son immense talent.
Une descente aux enfers servie par une excellente distribution et un remarquable Javier Bardem.