lhomminterieurLe titre original Shadow and light de Jonathan Rabb, Ombre et lumière, traduit davantage l'esprit du livre, sous le signe de l'expressionnisme, que le titre français, L'homme intérieur.

L'intrigue se situe en 1927 à  Berlin. La jeune république de Weimar vient de naître sur les cendres de l'empire, de l'humiliation liée à la défaite de la première guerre mondiale. Une majorité des allemands refuse les clauses du traité de Versailles. Les défenseurs de la république, signataires du traité de paix, sont donc rejetés par une grande partie de l'opinion. Le pays traverse une crise politique et morale avant de s'enfoncer dans la crise économique qui portera Hitler au pouvoir.
C'est dans ce contexte que le commissaire Nikolai Hofner, inspecteur de la brigade criminelle, est chargé de l'assassinat d'un producteur de l'UFA, le plus grand studio cinématographique européen de l'époque. L'enquête s'avère complexe. Rapidement, il apparaît que les raisons du meurtre ne sont pas  crapuleuses ou passionnelles mais d'ordre économique et politique.  De fait,  nous plongeons dans un Berlin malade, dans un univers expressionniste tout droit sorti des tableaux de Nolde ou de Dix, dans une Allemagne où les meetings des communistes répondent à ceux de l'extrême droite, en particulier ceux de Goebbels. Signe de la décrépitude sociale de l'époque, pour les besoins de son enquête,  l'inspecteur doit s'appuyer sur un  des barons de la pègre berlinoise, Alby Pimm.  Dans les studios, il bénéficie de l'aide du  réalisateur de Metropolis,  Fritz Lang. La  compagne de Lang, la scénariste Théa Von Harbou*, va elle aussi devenir un personnage clef de l'enquête. Le meurtre du cadre de l'UFA s'avère lié à un bouleversement de l'industrie cinématographique mondial, la mise au point du cinéma parlant.  Il faut savoir que les recherches sur la synchronisation  de l'image et du son en Allemagne intéressent particulièrement les grandes compagnies américaines.
    Jonathan Rabb s'appuie sur de solides connaissances de l'histoire de l'Allemagne et de la ville de Berlin où il a vécu pendant de nombreuses années. Le récit est bien mené , le personnage de Nikolai Hofner marqué par la vie ne manque pas d'intérêt. Un roman qui se lit volontiers, un bon moment de détente qui interpellera plus particulièrement les amoureux de Berlin et les cinéphiles.

* Après la prise du pouvoir par Hitler en 1933,SvH Théa Von Harbou sera une des responsables du cinéma nazi.


Jonathan Rabb. L'homme intérieur . Collection10/18.


Otto Dix