Je participe à l'atelier d'écriture de Gwenaelle, écrivain public qui écrit aussi dans son blog Le Skriban. Ces jeux d'écriture ont lieu le mercredi et le dimanche et je vous invite à aller lire les écrits de tous les participants sur place.

 

 

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Adieu Lauren

 

 

 

 

 

Je reste tout seul, avec le bruit des vagues.... l'aurore et comme dans un poème :

" Le soleil, par degrés, de la brume émergeant, 

Dore la vieille tour et le haut des mâtures.... "  *

 

La ville, le port vont s'éveiller; il est cinq heures.

Hier soir ma vie a basculé. Je suis rentré plus tôt que d'habitude, sans faire de bruit. J'aime me fondre dans l'ombre, n'être qu'un souffle dans le vent. A travers les rideaux de l'entrée, la lumière de la lune traçait mon chemin. Sur le guéridon, une lettre, plutôt un mot : je te quitte, je pars vers d'autres horizons, ne cherche pas à me rejoindre. Adieu. Lauren. Je n'eus pas le temps de réfléchir. Un bruit. Dans la chambre du haut. Je montai l'escalier à pas feutrés, poussai la porte de notre chambre lentement. Elle était là aussi belle que le premier jour de notre rencontre. Elle entassait frénétiquement, des objets personnels, des vêtements dans deux valises ouvertes sur le lit. Je l'observais. Tout à coup elle m'aperçut, et me cracha  au visage dans un sanglot : 

-"Salaud."

Elle continuait à jeter pêle mêle dans ses bagages, slips en dentelle, pulls et rimmels . Brusquement elle ouvrit un tiroir de la commode et jeta à mes pieds une liasse de billets, la photo noir et blanc d'un homme d'âge mûr et la dernière édition de Ouest-France. A la Une du journal : Mort de l'entrepreneur P. Guivarch : meurtre ou suicide ?  

La colère déformait son visage.

-Tu me dégoûtes!

La rupture était définitive .Je m'approchais d'elle, je la giflais. Sous la violence du coup elle vacillât, s'affala sur la moquette et gémit :

Tu me dégoûtes, Wens, je te balancerai aux flics.

Alors je m'approchai du poste de radio qui diffusait une vieille chanson de Brassens, je poussai le son. Je sortis mon flingue, lui tirai deux pralines, deux berlingots en plein coeur au moment même où la voix du poète effeuillait les chrysanthèmes.

La suite ne fut plus qu'un travail méthodique, quasi rituel : disparition des effets personnels, suppression des empreintes, emballage et lestage du corps, transport du paquet jusqu'au bateau. Un Antarès 42 équipé de deux moteurs de 380 cv, un petit bijou capable de tenir sur une mer  agitée. Du port au large, le corps par dessus bord dans des fonds rocheux et profonds. A l'écart des chaluts et des plongeurs chasseurs d'épaves.

Avec la marée montante, je regagne le port. Les vagues reviennent toujours, et je sais que tout est parfait.

 

* Albert Samain.Le matin sur le port.