DownloadedFile_4Quand la vie ne tient qu'à un fil, c'est fou le prix du fil.

Pennac. La petite marchande de prose.

 

Hitchcock avait développé l'idée que la vie ne tient qu'à un fil dans une séquence restée célèbre de Cinquième Colonne (Saboteur 1942). Fry, saboteur de l'industrie américaine, espion à la solde de l'étranger est poursuivi par un américain moyen, Kane, qui cherche à l'empêcher de nuire. Lors de l'affrontement final  entre Kane et Fry, au sommet de la statue de la liberté, l'espion bascule dans le vide.  Kane en bon américain, cherche à sauver son ennemi, il agrippe la veste du saboteur, essaie de le soulever pour le ramener sur la plateforme. Mais la  couture de la manche du saboteur cède peu à peu. Hitchcock fait alors durer le plaisir du suspense. Il dilate le récit  en multipliant les points de vue, les angles de prise de vue. Il alterne les plans sur le regard effrayé de  Fry , sur le visage grimaçant de Kane  et sur les fils qui craquent. Quand la couture lâche, l'espion chute  et s'écrase au pied de la statue, symbole de la Démocratie. Si cette scène montre tout la virtuosité technique de Hitchcock, nous restons indifférents au sort de Fry car nous n'avons aucune empathie pour le personnage. Sa mort apparaît comme un juste châtiment. Hitchcock l'a très bien compris et dans La mort aux trousses (north by nortwest 1959) il inversera les rôles, c'est le héros interprété par Cary Grant qui est suspendu dans le vide et nous tremblons avec lui.