DownloadedFileL'assassin habite au 21 est adapté d'un roman de Stanilas-André Steeman, ouvrage qui a obtenu à sa parution en 1939 un large succès public. Steeman, auteur belge  a vu un grand  nombre de ses écrits transposés à l'écran. Avant de mettre en scène L'assassin habite au 21, sa première réalisation, Henri-Georges Clouzot avait déjà signé l'adaptation d'un roman de l'écrivain pour le cinéaste Georges Lacombe porté à l'écran sous le titre Le dernier des six. 

Même si le scénario présente la double signature de Steeman et de Clouzot, il porte avant tout la marque du cinéaste. L'intrigue est transposée dans dans un quartier populaire de Paris, loin des brouillards londoniens du roman. La capitale est terrorisée par un tueur qui laisse sa signature, une carte de visite près de ses cadavres, Mr. Durand.  Alors que l'enquête piétine, le commissaire Wens obtient un renseignement capital. Mr. Durand habiterait une pension de famille : la pension Mimosas (référence directe à un film savoureux de Jacques Feyder). Wens, sous les traits d'un clergyman trouve une chambre à la pension. Mila-Malou, son enquiquineuse maîtresse, chanteuse de cabaret, décide elle aussi de s'inviter à la fête. Wens mettra à jour l'identité de Mr Durand, sa compagne lui sauvera la vie.

La pension Mimosas est un espace clos, en apparence habité par des citoyens respectables, des petits bourgeois qui se retrouvent entre eux avec leurs conventions, leurs médiocrités, leurs méchancetés. Si Clouzot dresse un tableau sombre des bassesses humaines, il le fait avec humour. Dans ce film, il affirme déjà ses qualités exceptionnelles de direction d'acteurs, il dresse un galerie de portraits saisissants inoubliables. Fresnay incarne un Wens plus clergyman que nature, Suzy Delair Mali-Malou, nous subjugue par son entrain sa bonne humeur communicative. L'assassin habite au 21 reste un film inoubliable par la qualités des seconds rôles : Noël Roquevert en ancien militaire acariâtre, Jean Tissier en magicien indien ou Pierre Larquay en fabriquant de marionnettes. Certaines scènes sont devenues inoubliables , comme celle où Raymond Bussières perché sur un reverbère juste au-dessus d'un agent de police entonne: "j'emmerde les gendarmes...". Tout le film est servi par un traitement remarquable de la lumière, signé par un des plus grands chefs opérateurs de l'époque Armand Thirard. Ce film est devenu un classique, il le mérite.