335611_1Lily Stevens est engagée par Jefty Robbins comme chanteuse dans un cabaret d'une petite ville du Michigan. Elle est accueillie d'une manière brutale par Pete Morgan, le gérant de la boîte de nuit, qui souhaite la remettre dans le premier train en partance pour Chicago. Mais Lily n'est pas une femme à se laisser faire, elle refuse de se laisser intimider et fait respecter son contrat. Dans la boîte de nuit et dès sa première chanson Lily  conquiert le public. Pete ne tarde pas à  succomber lui aussi à son charme et Lily répond favorablement à son amour. Cependant Jeff qui avait décidé d'épouser Lily sans son accord ne peut supporter cette situation et décide de se venger.
    La femme aux cigarettes s'inscrit dans le genre du film noir en particulier par le traitement de la lumière, inspiré du cinéma expressionniste allemand. Les effets d'éclairage cherchent à mettrre en valeur les attitudes, les regards sans s'attacher à reproduire une quelconque réalité. Lily au piano est filmée, isolée par la lumière comme toutes les femmes fatales du polar.
    Cependant Negulesco nous surprend, Lily est en fait un personnage  complexe, ce qui donne tout son intérêt au film. C'est une femme fatiguée qui a échoué dans un trou perdu, chanteuse de cabaret à défaut d'être une chanteuse d'opéra. Elle avait une belle voix qui s'est brutalement brisée. Fragile sous une  apparence  énergique, elle cherche le réconfort. Elle souhaite  trouver la stabilité dans les bras de Pete. Ida Lupino incarne avec finesse Lily. Elle rend parfaitement la richesse et l'ambiguïté du personnage. Les  deux hommes représentent les deux facettes de l'âme humaine, le bien et le mal. La faiblesse du scénario  vient de cette vision manichéenne des personnages masculins. Le spectateur est beaucoup plus attiré par Jefty, le mal que par le bien, Pete. Richard Widmark (Jeff) peut d' un simple regard, d'un simple rictus vous glacer le sang. Cependant  Widmark est beaucoup mieux dirigé par Hathaway (le Carrefour de la mort) que par Negulesco. En face de lui, Pete (Cornel Wilde) apparaît assez fade et on oublie rapidement son interprétation
    La fin du film bascule dans un autre registre. Le dénouement se passe dans un décor boisé de studio très peu réaliste, une forêt de conte de fée. Le jeu  de Richard Widmark devient outré, il se transforme en bête blessée, le visage déformé par la folie meurtrière. On peut se demander si cette séquence n'a pas directement inspiré Charles Laughton pour son unique et splendide film La Nuit du Chasseur
    Un film rare à voir surtout pour Ida Lupino.