DownloadedFile_2Le film est une adaptation fidèle d'un roman de Patricia HIghsmith. Dans un train allant  de Washington à New-York le tennisman professionnel Guy Haines est abordé par un jeune homme de milieu aisé, Bruno Anthony. Ce dernier semble tout connaître de la vie du champion. Il n'ignore rien de la vie privée du sportif, qui souhaite divorcer d'une femme vulgaire pour se remarier avec la charmante fille d'un sénateur. Bruno Anthony apprend alors à Haines qu'il aimerait volontiers se débarrasser d'un père qu'il déteste. Il propose d'échanger les crimes: Bruno se charge d'éliminer l'épouse encombrante et Guy tue le père. Un crime parfait, sans mobile apparent. Le tennisman croit d'abord à une plaisanterie. Mais quand Miriam est étranglée dans un parc d'attractions, Guy se trouve entraîné dans une histoire qu'il ne maîtrise pas. Et Bruno  exige l'application du contrat.

Cette intrigue en apparence peu convaincante repose sur les deux personnages principaux qui ne sont que les deux facettes d'un même individu, le recto et le verso d'une seule pièce. Guy est un malade mental qui accomplit son crime parcequ'il n'a pas de barrière morale, il réalise de fait les désirs profonds de Bruno. Ce dernier se sent d'ailleurs soulagé, libéré après le meurtre de sa gênante  épouse. Guy et Bruno sont des êtres faibles, sous la coupe de femmes protectrices et dominatrices. La mère de Bruno a transmis à son fils, qu'elle idôlatre, sa propre névrose. Miriam l'épouse volage se moque et se joue de Guy incapable de réagir. Pour se sortir du guêpier dans lequel il se trouve le champion de tennis fait appel à l'énergie à la détermination de la fille du sénateur, celle qui pourra le hisser vers les sommets de la réussite sociale.

Robert Walker, incarne un Bruno inquiétant. Il est dommage que la carrière de Walker se soit arrêté peu après ce film, en effet il est décédé peu après le tournage dans un accident de circulation. Personnellement je trouve que la faiblesse du film vient de l'interprétation de Farley Granger, parfois difficilement crédible dans le rôle d'un champion de tennis. Il apparaît trop fragile à la fois physiquement et psychologiquement. Mais la production l'imposa dans le rôle principal alors que Htchcock souhaitait la présence de William Holden qui aurait pu donner une autre force au personnage.

Malgré ces restrictions, Hitchcock montre cependant tout son talent dans ce magnifique exercice de style. Il joue habilement sur les nerfs du spectateur, en contrôlant le temps, le suspense. Il contrôle tous les éléments du thriller psychologique. La scène du meurtre de Miriam  reste un moment d'anthologie  cinématographique. L'agonie de la victime est filmée dans le reflet des verres de ses lunettes tombées sur le sol.

Pour les amoureux d'Hitchcock, l'Inconnu du nord- express reste un oeuvre essentielle  pour la compréhension de l'oeuvre du cinéaste britannique.