12 janvier 2011

Hergé.Le lotus bleu

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Unknown_3Le Lotus bleu est le cinquième album des aventures  de Tintin, reporter du journal "le petit vingtième". Dans la précédente BD, Les cigares du pharaon, Tintin avait réussi à démanteler le réseau de trafiquants de drogue dirigé par Rastapopoulos. Le Lotus bleu est édité pour la première fois en 1936, mais les lecteurs du journal belge "Le vingtième siècle" avaient déjà découvert l'histoire dans les suppléments hebdomadaires du quotidien entre août 1934 et octobre1935. 

Tintin va devoir enquêter en Chine, à Shangaï, sur une vaste organisation de trafic d'opium, avec à sa tête le  japonais Mitsuharito et Rastapopoulos. Lors de ses recherches, Tintin va être aidé et protégé par une organisation qui lutte contre ce commerce de drogue, "Les fils du dragon".

Jamais Hergé n'avait fait autant référence à l'actualité de son époque. Il décrit la situation de la Chine et les menaces qui planent sur la paix mondiale au début des années 30 avec la montée impérialiste du Japon. En septembre 1931, à Moukden, dans le nord de la Chine en Mandchourie, une section de quelques mètres d'une voie ferrée appartenant à une société japonaise est détruite par une explosion. Le gouvernement nippon accuse la Chine et prenant prétexte de ce sabotage, réalisé en réalité par les Unknown_4services de l'armée japonaise, décide d'envahir la Mandchourie. Cette vaste province riche en minerais et en charbon  devient un état fantoche, de fait un protectorat japonais: le Manchouko. La communauté internationale, les puissances démocratiques occidentales sont incapables de réagir. La Société des Nations, ancêtre de l'ONU, se contente de condamner l'agression et  montre toute son impuissance. Les Japonais décident alors de quitter la SDN, pour avoir les mains libres dans leurs conquêtes ultérieures. L'invasion de la Mandchourie est la première étape d'un processus qui aboutira à    la seconde guerre mondiale.

Le Japon n'est pas le seul état montré du doigt, Hergé dénonce la domination économique des occidentaux sur la Chine, le pillage de ses richesses, il met en lumière des formes de colonialisme. Des traités inégaux imposaient le contrôle étranger sur les douanes chinoises, les ressortissants étrangers ne dépendaient pas de la justice chinoise. Les occidentaux et les japonais avaient obtenus une centaine de territoires, des concessions sans souveraineté chinoise . 

Unknown_5 La Chine en proie à l'anarchie politique jusqu'au début des années 30, faute d'un pouvoir central fort, n'a pas pu entretenir les digues du Huang-ho et du Yang Sé et le s crues ravagent régulièrement une partie du pays. Hergé nous montre la violence des inondations, emportant de vastes espaces  de terres cultivables, des voies de communication. 

Une des plus belles pages de l'album est le rencontre de Tintin et de Tchang que le reporter vient de sauver de la noyade. Hergé nous explique les causes majeures du racisme : la méconnaissance de l'autre. Rien que pour cette page il faudrait faire lire Le lotus bleu à tous les enfants et à leurs parents.

Unknown_6L'album doit beaucoup à la rencontre de Hergé avec un jeune chinois Zhang Chongren qui poursuivait des études artistiques en Belgique et qui parlait français. Très vite, les deux hommes se sont liés d'amitié. Zhang, devenu Tchang dans la BD, a incité Hergé à se plonger dans l'histoire de la Chine, ses coutumes, ses traditions. Les dessins ont été réalisés à partir d'une rigoureuse Unknown_7documentation. Les textes chinois sur les affiches, ont été rédigés par Zhang Chongren et sont d'après les sinologues de violentes dénonciations des impérialismes japonais et occidentaux. Zhang Chogren a quitté la Belgique en 1935 avant de rejoindre son pays. Les aléas de l'Histoire ont faits que les deux amis n'ont pu se retrouver qu'en 1981. Entre temps Tintin était devenu pour le général de Gaulle son "seul rival international", et Zhang Chogren un des plus grands peintres et sculpteurs de la Chine.

Un pur chef d'oeuvre. 

Hergé et Zhang Chongren en 1981.

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Initié par Mango



Commentaires sur Hergé.Le lotus bleu

    C'est extrêmement intéressant ce que tu présentes là. C'est un des rares albums que j'ai lu et relu très jeune mais je ne me doutais pas que l'arrière fond historique était aussi proche de la réalité. Je vais le relire avec un autre regard mais il faut auparavant que je me reprocure l'album car il fait partie de tous les "Tintin" et les "Astérix" que l'on m'a volés!

    Posté par mango, 12 janvier 2011 à 17:02 | | Répondre
  • C'est le premier que j'aime, dans la série des tintins. En effet, le travail de recherche fait par Hergé rend ses scénario nettement plus intéressant que quand il se contentait de clichés.

    Posté par Yaneck, 12 janvier 2011 à 20:53 | | Répondre
  • Je dois avouer que tu me rends cet album pas mal plus intéressant grâce à toutes ces informations. Car, de fait, c'est le Tintin que j'ai toujours le plus détesté, pour la simple et bonne raison que je ne l'ai jamais compris! J'ai toujours trouvé qu'Hergé avait été un peu zinzin de nous montrer des Japonais qui attaquent des Chinois: Comment voulait-il qu'on s'y retrouve, parmi tous ces yeux bridés??? Et c'est beaucoup trop politisé! Et on dit que Tintin est pour les enfants!!! Je n'en avais rien à foutre, de toutes ces magouilles politiques, à neuf ans!! Ce tome est probablement le plus «pour adultes» de tous!
    J'aurais probablement plus de facilité à m'y retrouver maintenant, surtout avec l'excellente analyse que tu viens d'en faire! Merci, Wens!

    Posté par PG Luneau, 13 janvier 2011 à 00:19 | | Répondre
  • Intéressant ce billet, j'étais loin de m'imaginer tout ça ! C'est très documenté, félicitations à toi !

    Posté par Noukette, 13 janvier 2011 à 23:37 | | Répondre
  • Merci à tous pour vos remarques sympathiques

    Posté par Wens, 19 janvier 2011 à 13:38 | | Répondre
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