bellamy_film Bellamy (2009) le dernier film de Claude Chabrol est dédié à deux Georges : Simenon et Brassens. Comme je suis un admirateur de l'oeuvre de l'auteur du Chien Jaune et que mon blog fait référence au poète, je ne pouvais pas faire autrement que de voir le film diffusé sur une chaîne de télé. Le commissaire Bellamy, personnage central du film a des faux airs de Maigret et Brassens apparaît aux quatre coins de l'écran, dans les dialogues et dans l'image. Le cimetière marin est plus marin que celui de Valéry, et les affiches, les pochettes de disques qui traînent sur les étagères, nous font sentir la présence de créateur de En effeuillant le chrysanthème.

La critique enthousiaste des Cahiers du Cinéma (qui voue un culte à un de ses pères fondateurs) de même que celle de son ennemi juré Positif, et aussi de Télérama ou de L'Humanité, ne pouvait que m'inciter à plonger dans l'univers du bon vivant Chabrol. J'attendais ma dose d'acide déversée sur la  bourgeoisie provinciale, sur le sabre et le goupillon. Force est de constater que ma carrière de critique pour la Grande Presse n'a guère de chance de voir le jour. Si les grands plumitifs mettent du Cinq étoiles au chef Chabrol, je pense, moi, que la cuisine de Bellamy ne mérite pas de figurer au guide Michelin. Bien avant ce dernier film j'avais constaté que le cinéma de Chabrol avait perdu de sa vivacité, l'oeil goguenard du metteur en scène était certes toujours là, mais la réalisation devenait  quelque peu poussive.

Le scénario de Bellamy est construit en imbriquant deux histoires. La première est policière, le commissaire Bellamy avec son épouse est en vacances à Nîmes. Il va cependant enquêter sur un personnage, Noël Gentil, qui s'accuse de meurtre. La seconde est celle des relations tendues entre Bellamy et son jeune frère, Jacques, en échec social, qui s'invite dans la maison de son aîné.

Autant vous dire que ni l'une, ni l'autre de ces histoires ne m'a convaincu. J'ai été plongé dans l'ennui voire j'ai ressenti une certaine irritation. L'enquête est menée lourdement. L'attitude de Bellamy (flic humaniste, genre Maigret, en opposition à un autre commissaire régulièrement cité qui lui est un con de province) et le dénouement sont à mes yeux peu crédibles. Lors du procès, l'avocat chante (faux et joue mal) sa plaidoirie pour obtenir l'acquittement de son client. Quel humour! diront certains, là où je ne vois que ridicule. Le traitement de la rivalité entre les deux frères, entre celui qui à tout réussi et le plus jeune, jaloux, en échec permanent, est bien conventionnel. Et comme il fallait aussi un dénouement à cette confrontation entre les deux frères, nous avons encore droit à une fin convenue, sans surprise. Les longs plans sur la route, les arbres et le ciel quand Jacques quitte Nîmes au volant de la voiture (piquée à son frère) sont d'un lourd symbolisme, pour ne pas dire gros-sabot!  Ma déception s'adresse aussi à la direction et au jeu des acteurs. Cornillac, le petit frère en fait des tonnes, il tente de compenser la massive présence, le jeu statique et inexpressif de Sumo Depardieu qui a l'âge d'être son père. La mise en scène suit d'ailleurs le rythme des difficiles déplacements de l'acteur. Jacques Gamblin se démène sans succès dans deux rôles, celui du personnage équivoque de Gentil et d'un SDF grimé en sorcière d'Halloween qui porte le nom de Le Prince, royal pour un SDF! Voilà qui donnera lieu à de belles discussions au coin du feu quand l'hiver sera venu : Bellamy, Bel Ami? Gentil, sens du mot? Mais son vrai nom n'est-il pas Leulet? et si on l'écrit sous une autre forme, alors? Pourquoi le demi-frère de Bellamy se nomme Lebas et pas Legrand, n'y voyez-vous pas une subtilité? 

Mais comme disait Brassens : Les morts sont tous des braves types… 

 

Heureusement, le réalisateur n'a pas fait que ce type de film et je voudrais terminer en affirmant qu'une dizaine de DVD de Chabrol sont sur mes étagères.