jpg_jpg_20070107164652_ville_nuit_2c16cCinq heures. Elle avançait dans le froid. La marche était hésitante, légèrement titubante. Le brouillard me dissimulait, je me guidais au bruit de ses talons qui claquaient sur les pavés dans le silence de la nuit. Quand elle passait sous un réverbère, je distinguais sa silhouette. Belle fille, grande élancée. Je savais pourtant que ses traits avaient perdu de leur finesse, le visage s'était empâté. L'usure du temps, du sexe et de l'alcool, des nuits sans fin. Le pont se profilait, c'est là que j'avais décidé de la rejoindre. Mais j'eus l'étrange l'impression que j'étais moi-même suivi. Etais-je devenu la proie, me servait-elle de leurre? Mon rythme cardiaque s'accélérait, mes pensées s'emballaient. Qui organisait la traque? pourquoi ? Je n'avais jamais été le gibier, toujours le chasseur. Je me ressaisis. Il fallait que cela arrive. L'homme n'est pas éternel. J'attendais l'attaque, muscles tendus, la main sur mon arme. Je décidais de surprendre l'adversaire, je plongeai à l'abri d'une porte cochère et me retournai prêt à faire feu. J'effrayai l'assaillant. Le chat partit en hurlant dans une rue de traverse. Elle, plongée dans son demi sommeil, ne semblait avoir rien entendu et commençait une pénible traversée du pont. Je n'eus aucun mal à la rejoindre. Elle se retourna, me sourit et me dit au moment où je tirai : Merci… Je la balançais par dessus la rambarde. Le bruit de son corps au contact du fleuve résonna dans toute la ville endormie comme un dernier d'adieu. Elle était mon contrat. 

 Exercice d'écriture réalisé dans le cadre de l'Atelier du Skriban