les_ruelles_du_malheur,2Les ruelles du malheur est une des premières réalisations de Nicholas Ray qui a bénéficié du soutien total de Humphrey Bogart qui appréciait le scénario très progressiste. Un jeune délinquant, Nick Romano dit "Beau Gosse", est accusé du meurtre d'un policier. Il est défendu par un avocat, Andrew Morton, d'origine modeste qui croit en son innocence. 

Après une première séquence nocturne du meurtre du policier, remarquablement filmée et montée, l'histoire est celle du procès de Nick. Dans sa plaidoirie introductive  Morton retrace la vie du jeune truand illustré par une série de flash-backs, qui montre toutes ses tentatives pour s'intégrer à la société aboutir à l'échec. Lors du procès toute une série de témoins sont interrogés par le procureur et par l'avocat de la défense. Leurs dépositions servent certes à cerner la personnalité de l'accusé, mais ils permettent au réalisateur de montrer la réalité sociale du quartier des ruelles du malheur. Nick est le produit de la misère, du chômage, de la délinquance ambiante. Dans son ultime plaidoirie Morton, après l'aveu du meurtre par son client, s'adresse aux jurés c'est à dire à nous spectateurs et nous met en cause. C'est la "bonne société" qui est à l'origine du parcours de tous les Nick de la planète, en laissant traîner des jeunes dans la rue sans éducation, en les envoyant en maison de correction et en prison où ils apprennent à devenir pire, en ne leur faisant jamais confiance. Pour Ray, la mort de NIck est inéluctable, parce qu'il est condamné par ses origines, comme l'était son héros des Amants de la nuit ." Beau gosse" sera exécuté pour le crime d'un policier mais si la morale est sauve, la justice ne sort pas grandi de ce procès. Le procureur  par  son discours, sa violence verbale, ses méthodes inquisitoires est un être profondément antipathique. Son visage barré par une profonde cicatrice respire la haine.

Nick Romano est interprété par un jeune acteur de 22 ans quasi débutant à l'époque John Derek qui apporte une fragilité au personnage. Nick est un faible à qui on a donné plusieurs fois sa chance mais qui préfère la voie de la facilité. La qualité du film est grandement redevable à l'interprétation convaincante de Humphrey Bogart, comme à son habitude excellent. Un classique.