9782743622268Août 2005.Le shérif adjoint Dave Robicheaux est envoyé en renfort à New Orleans après le passage de l'ouragan Katrina. Il découvre le chaos et  l'horreur. Une grande partie de la ville est sous les eaux, les cadavres d'animaux et humains flottent au milieu des détritus, des arbres arrachés. Les hôpitaux sont devenus des mouroirs. La ville désertée par une partie des forces de police est livrée aux pillards. Des "braves gens" s'organisent en milice pour défendre leurs biens et les vieux démons du Sud ressurgissent. La haine des pauvres, des noirs, le racisme s'emparent à nouveau des conservateurs blancs. C'est dans ce climat que Robicheaux, aidé par son ami Clete Purcell enquête sur une bande de petits malfrats noirs, qui ont profité de l'ouragan pour s'adonner au pillage des maisons abandonnées. Dans une villa qui appartient à un caïd de la mafia. les voleurs pensent avoir décroché le jackpot, des liasses de  dollars et des diamants,  mais pour eux les ennuis commencent.

L'intrigue est bien menée mais ce que l'on retient surtout à la lecture du roman c'est le cri de colère de Burke, exprimée par l'intermédiaire de son héros, devant le désastre écologique et humain. Pour Burke, Katrina  n'est pas la seule responsable du chaos, La Nouvelle Orleans a été privé de ses protections naturelles par la cupidité humaine. La barrière d'îles au large des côtes de Louisiane est depuis longtemps érodée, ou a été draguée, chargée sur des barges et vendue pour faire des parkings en schiste. Les compagnies pétrochimiques ont taillé brutalement quinze mille kilomètres de canaux à travers les marécages permettant l'intrusion  saline d'empoisonner des marais d'eau douce entre Plaquemines et Sabine Pass. Les digues construites le long du Mississipi précipitent des centaines de tonnes de boue par-dessus le rebord de la plate-forme continentale, l'empêchant de s'écouler vers l'ouest le long de la côte, là où l'on a le plus besoin. Les marais de Louisiane continuent de disparaître à une moyenne de douze mille hectares par an. Burke dénonce, après le passage de l'ouragan, l'arrivée tardive et l'inorganisation des secours, l'incapacité de Georges Bush et l'inefficacité de son gouvernement à réagir. Il montre comment les habitants, en particulier les plus modestes ont été abandonnés à leur sort, spoliés par des compagnies d'assurance qui se sont arrangées pour ne rien rembourser. Dès le début de la remise en état de la ville une grande partie des fonds fédéraux a été détournée. Des sommes d'argent à tomber par terre était versées à des groupes d'initiés qui sous-traitaient avec de petites entreprises n'employant que des travailleurs non syndiqués. Un contrat de cinq cent millions de dollars pour déblayer des gravats avait été accordé à une compagnie de Miami qui ne possédait pas un seul camion, puis le travail avait sous-traité à des manœuvres qui, effectivement, dégagèrent les gravats et les emportèrent à dos d'homme…La destruction de la Nouvelle-Orléans était une tragédie nationale, et sans doute un grand tournant du cynisme politique américain. Le livre est aussi une interrogation permanente sur le bien et le mal, sur la capacité de la société à faire face à la violence. Nous sommes censés être une société chrétienne. Selon les mythes que nous avons forgés, nous respectons Jésus, Mère Teresa et Saint François d'Asise. Mais je crois que la vérité est différente. Quand nous nous sentons collectivement menacés, ou quand nous sommes collectivement touchés, on a envie que les frères Earp et Doc Hollyday s'en occupent, on a envie que les méchants se fassent descendre, qu'ils soient cuits, fumés, séchés, enterrés par les bulldozers.

Avec La nuit la plus longue, Burke signe là peut-être son meilleur roman. Un très grand livre.

 

Collection Rivages/ Thriller.

Merci à Dialogues croisés.

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