AFF-DEF-PLAISANTERIES

Mon avis:


Trois textes courts de Tchekhov sont regroupées pour constituer une bonne heure de spectacle. Dans un espace digne d'un aquarium de salon, où la mise en scène est réduite à sa plus simple expression et l'éclairage inexistant, tout repose sur la qualité de l'interprétation. Dans "les méfaits du tabac" un vieux conférencier s'adresse à nous pour faire le bilan tragique de sa pitoyable existence. L'acteur s'efforce de dire le mieux possible un texte, avec des attitudes étudiées, des respirations… travail sur le corps et sur la voix certes mais sans aucune émotion, on ne partage jamais la souffrance du conférencier palpable dans le texte. On souhaite ardemment que la conférence cesse, on voudrait   allumer une clope même si on n'est  pas fumeur. Aucune empathie. Ennui. Le "Tragédien malgré lui" hurle son désespoir d'être une marionnette manipulée par son épouse dans des aigus toniques. Vos oreilles réclament une boule quies. Vous comprenez l'épouse.  Aucune émotion. Ennui. Heureusement "l'Ours" apparaît en face d'une veuve tout de noir vêtue, recluse dans son domaine, vous en arrivez à oublier l'inconfort de la salle, vos jambes repliées sur votre menton, les reins brisés et vous commencez à sourire, à rire même. Magie des acteurs. Un très inégal spectacle.

 

L'avis de Claudialucia. Blog ma librairie


La compagnie La Crème donne dans la chapelle de Notre-Dame à Avignon un spectacle de Tchekov :  Plaisanteries composé de trois petites pièces du dramaturge russe :  les méfaits du tabac, Tragédien malgré lui et l'Ours. Ces oeuvres n'appartiennent pas au grand répertoire de Tchekhov. Ce sont des comédies courtes et légères du moins en apparence.

 

Dans Les méfaits du tabac, un professeur vient, sur l'ordre de sa femme, faire une conférence sur les méfaits du tabac pour une association charitable. De digression en digression, l'homme se laisse aller à des confidences et l'on s'aperçoit bientôt qu'il est bafoué par son épouse, traité comme un domestique, soumis et sans défense. Face à sa vie gâchée, il a des rêves d'évasion qui ne se réaliseront jamais! Pas si légère, finalement cette courte pièce! 

Hélas! je n'ai pas été convaincue par l'interprétation qui ne fait pas passer le tragique de l'échec du personnage.

Avec Tragédien malgré lui nous retrouvons sensiblement le même thème. Un homme expose à son ami la manière dont sa femme  et toute sa famille l'exploitent, le ridiculisent. Le monologue -car l'ami reste quasi muet-  ne s'achève qu'à la chute finale qui provoque le rire malgré sa cruauté. Là encore pas assez de nuances dans cette  mise en scène et cette interprétation qui manquent de subtilité. Elle ne rend pas vraiment compte du comique et ne souligne par le tragique sous-jacent.

Enfin l'Ours qui est la plus développée de ces petites scènes raconte l'histoire d'un propriétaire terrien, sorte d'ours mal léché, misogyne et  coléreux, qui vient rendre visite à une veuve éplorée pour lui réclamer l'argent dû par son mari défunt. Et ce qui doit arriver arrive, ces deux êtres de caractère  après s'être copieusement insultés,  tombent dans les bras l'un de l'autre! 

J'ai aimé  cet Ours servi par deux bons comédiens qui savent rendre le caractère inflammable des protagonistes, et maintenir un crescendo trépidant dans les scènes  de dispute. Le comique vient des contradictions des personnages, de leurs revirements, des brusques emportements qui vont jusqu'à la démesure voire l'absurde, ce  que les deux comédiens ont su rendre avec une belle énergie et vitalité. Il est dommage, cependant, que l'exiguïté de la scène ne leur permette pas de s'exprimer sans contrainte.  C'est le meilleur moment du spectacle!

 

Plaisanteries. Anton Tchékhov.

Notre Dame Théâtre.

Du 8 au 31 juillet.