15 juillet 2011

Moulins à Paroles de Alan Bennett.

Alan_Bennett_1175027682032737Alan Bennett a commencé sa carrière comme comédien. Il est considéré comme un des romanciers et dramaturges les plus importants du Royaume-Uni actuel, parallèlement il poursuit une oeuvre de scénariste pour la télévision et le cinéma. La Compagnie les Méridiens nous propose deux monologues de Bennett, deux fragments d'existence de personnages  à la fois naïfs, comiques et tragiques. Leslie est une actrice qui rêve de percer dans le cinéma, de devenir une star mais elle ne possède qu'un réel  atout : son physique. Graham, vieux garçon, vit toujours chez sa vieille mère dont il s'occupe au quotidien. L'irruption dans leur vie d'un vieil amant de sa mère bouscule son existence.

 

 

Mon avis

Le texte de Leslie est sans grande surprise, la pauvre figurante naïve et sans talent ne peut être finir que déshabillé sur un plateau de cinéma et dans le lit des participants d'un film de série B . Le deuxième monologue est beaucoup plus riche, plus complexe. Graham vieux garçon emprunté apparaît comme le fils attentif et protecteur d'une vieille femme malade, qui semble perdre la raison. Mais l'arrivée d'un ex-amant extravagant donne une nouvelle jeunesse à la vieille mère, qui se sent  prête à refaire sa vie sans son fils. Alors Graham nous présente une  facette inconnue de son personnage. Il se révéle fragile, malade, complexé, c'est un homosexuel refoulé. Pour la plus grande satisfaction de Graham, le vieil amant disparaîtra et  la vie pourra reprendre son cours rythmé par des promenades  entre deux tasses de thé. La vie de tous ces êtres est triste, tragique, sans espoir mais Bennett arrive à nous faire sourire, rire même,d' un rire noir et grave.

La mise en scène est judicieuse. Au mieux de présenter les monologues l'un à la suite de l'autre, le metteur en scène Laurent Crovella a décidé de les faire interpréter en parallèle. Ce choix  correspond tout à fait à l'esprit de la préface de Jean-Marie Besset traducteur de Moulins à Paroles (Actes-Sud-Papier): "…les vies sont solitaires, immobiles et comiques-ô combien- dès qu'elles se mêlent à se commenter les unes aux autres". L'immobilité  est rendu par le dispositif scénique, les acteurs sont enfermés physiquement et donc moralement dans des petits kiosques qui tournent sur eux mêmes. Leslie est coincée dans une loge qu'elle décore de  photos de stars, elle joue avec des lumières, se place sous les projecteurs de ses rêves. Graham fait de la tapisserie, engoncé dans des vêtements trop étroits, vissé sur une chaise dans un décor victorien vieillot, il baisse l'éclairage pour se réfugier dans le noir quand ses peurs et ses angoisses le prennent.

 

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Stéphanie Gramont et Xavier Boulanger servent avec beaucoup de talent  les beaux textes de Bennett.

 

 Avis de claudialucia. Ma Librairie.

 

J'aime beaucoup Alan Bennett, aussi est-ce avec plaisir que je suis allée voir Moulins à Paroles de la compagnie alsacienne Les Méridiens  à Essaïon théâtre

Grâce à un dispositif scénique ingénieux, deux décors mobiles qui tournent sur eux-mêmes pour faire apparaître les acteurs, nous pouvons suivre les deux histoires en parallèle, celle de la jeune actrice sans talent exploitée sexuellement par les hommes et celle du fils dévoué à sa mère, "un grand garçon" jamais devenu un homme. Le metteur en scène, Laurent Crovella utilise avec habileté ce dispositif pour établir des parallèles, pour jouer sur l'alternance, la simultanéité, provoquer des ralentissements ou au contraire accélérer le rythme. Ainsi deux vies se déroulent devant nous, se croisent, sans jamais se rencontrer, deux univers très différents mais qui ont en commun l'échec, la noirceur de l'existence. Car Alan Bennett sait à merveille rendre le quotidien de ces vies qui s'étiolent, peindre la solitude de chacun, la cruauté des rapports humains. Et pourtant l'on rit beaucoup au cours de ces deux monologues que deux comédiens inspirés, Stéphanie Gramont et Xavier Boulanger, interprètent avec beaucoup de justesse et de conviction. Mais l'on ressent aussi beaucoup d'émotion et de tristesse tant le spectacle de ces vies gâchées nous touchent.  Un bon spectacle.

 

Moulins à Paroles. Alan Bennett

Les Méridiens.

Essaîon-Avignon

Rue de la Carreterie.

Du 8 au 30 Juillet. Relâche les 18 et 25 juillet.

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Montaigne. Mise en scène Michel Bruzat.

spectacle_6274Mon avis

Ecrire sur Montaigne en parallèle à Claudialucia est un pari audacieux de ma part, elle qui se nourrit des Essais depuis sa prime jeunesse, qui a choisi de nommer son blog "Ma Librairie" en l'honneur de l'essayiste et philosophe. Mais...

Michel Bruzat par ses choix judicieux d'extraits des Essais montre la puissance de la pensée et la modernité de l'écrivain. Dans un rêve utopique on pourrait envisager que Montaigne inspire la conduite de nos puissants dirigeants, mus par le profit et l'ambition, où le visage des hommes se cache sous le masque de leur fonction, où se parjurer n'est pas un vice, mais une façon de parler où la politique sans conscience et sans âme consiste à faire le renard. Montaigne nous rappelle que la voix de la sagesse réside dans la tolérance, que notre richesse provient de notre diversité, qu'aucun homme sur notre terre ne détient la vérité absolue, que nos croyances sont le fruit de nos coutumes, de notre éducation. En vérité, dès notre naissance nous humons les règles de la coutume avec le lait…Par la suite, ce qui est contraire à la coutume, nous le croyons contraire à la raison.Il faut aller vers l'étranger, le comprendre, éviter tout repli sur soi, sur son propre monde. Le philosophe prône la tolérance religieuse, alors que son siècle est ravagé par les combats fratricides entre catholiques et protestants. Au nom de l'amour de Dieu, des paradis futurs, les croyants, les fanatiques s'étripent. Il dénonce la guerre, toutes les guerres, car elle font le jeu des ambitieux, des haineux, des violents. Aucune guerre n'est justifiable. En avance sur son temps, et sur le nôtre, il aborde le thème de l'égalité des sexes !

Au delà du philosophe, Michel Bruzat, nous fait rencontrer l'homme qui fait de lui même  un portrait pas toujours très flatteur. Nous sommes invités à un banquet par un hôte charmant, brillant, érudit, bavard, inquiet, curieux… qui nous fait rire, sourire, ou retenir notre souffle : Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans étude et artifice. Les mots, les formules savoureuses surgissent, fleurissent comme celle mise en exergue en sous titre de la pièce: Sur le plus haut trône du monde nous ne sommes assis que sur notre cul. Parce que Montaigne c'est aussi une langue brillante servie par un acteur de talent : Jean Pierre Descheix. Il habite Montaigne, nous fait partager ses réflexions, ses interrogations, ses doutes sur la beauté de la vie qu'il nous faut remplir, sur la force de l'amitié, sur la mort, sur la nature. 

La mise en scène inventive, et la scénographie participent à la beauté du spectacle. On aimerait garder en bouche le goût de ce festin de mots et de sagesse.

 

 

Portrait_de_MontaigneAvis de Claudialucia. Blog Ma librairie.

Il y en aura peut-être d'autre (je l'espère car le festival est loin d'être terminé) mais le spectacle du Théâtre de la Passerelle de Michel Bruzat sur Montaigne est d'ores et déjà un coup de coeur.

 

 

 

Montaigne? Mon enthousiasme ne doit pas vous étonner puisque mon blog lui est dédié à commencer par son titre Ma Librairie et le bandeau d'accueil qui représente la tour où il avait installé sa bibliothèque autrement dit sa librairie. 

 

Pourquoi j'aime autant Montaigne? Le beau spectacle théâtral mis en scène par Michel Bruzat à partir d'un choix judicieux de textes répond à cette question. Et tout d'abord en montrant l'homme car Montaigne n'est pas un pur esprit et s'il porte en lui la forme entière de l'humaine condition, c'est parce qu'il est proche de nous, un être de chair et de sang, qui aime la bonne chère, les plaisirs du corps, l'amour, l'amitié, un épicurien qui aime la vie et la cultive telle qui a plu à dieu nous l'octroyer. Un homme qui pense que le corps et l'esprit sont liés par "une étroite couture" et qu'ils ne sont donc pas opposables. Un homme qui n'essaie pas de dresser un portrait flatteur de lui-même mais qui  se montre à nous tel qu'il est avec ses faiblesses et ses erreurs : "Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans  étude et sans artifice". Et puis il y a le Montaigne philosophe, aussi éloigné des valeurs chrétiennes d'abstinence et de toutes formes d'ascétisme prônés par  la religion, "J'ai horreur d'imaginer un corps privé de plaisir", que du fanatisme lié à une quelconque certitude. Car cet humaniste est persuadé de la relativité des coutumes et des croyances. Et c'est parce qu'il ne pense pas détenir la vérité qu'il parle de tolérance, de respect des autres, du plaisir de découvrir d'autres pays,d'autres façons de vivre et de penser. La voix de Montaigne qui s'élève vers nous sur la scène du théâtre des Carmes est belle et toujours actuelle. L'adaptation en français moderne est de plus très réussie et nous rapproche de lui dans le temps. Elle nous dit, des choses toujours vraies, que la guerre est la preuve de la sottise humaine, que les hommes n'ont pas à imposer des règles aux femmes qu'ils sont bien loin de pouvoir respecter eux-mêmes, que la peur de la mort ne doit pas nous empêcher de vivre et que la vie, justement, est la plus belle des aventures humaines : "Mon métier et mon art, c'est de vivre".

 

 Michel de Montaigne, à qui l'excellent comédien Jean-Pierre Descheix prête son corps (il va même jusqu'à lui ressembler!) et sa voix, nous convie à un repas aux chandelles, nous invite à sa table et le spectateur est même parfois sollicité pour la préparation des plats. Convivialité, amour des saveurs, gourmandise, la glace est brisée, ce n'est pas le philosophe mais l'homme et même l'ami qui bavarde avec nous à bâtons rompus. Les évolutions de l'acteur qui sert à table, goûte avec sensualité un bon vin, trinque avec nous, danse, chante, ses digressions, ses hésitations, son franc parler, tout donne l'impression de ce style "à sauts et à gambades" si cher à Montaigne. Belle idée de Michel Bruzat et qui sert à merveille ces textes! Nous avons l'impression que ceux-ci s'écrivent devant nous, nous sentons le tâtonnement de la pensée, les mots qui se cherchent, qui se pressent, qui se bousculent. Jean-Pierre Descheix nous les donne à savourer. Avec bonhomie, simplicité et naturel, beaucoup d'humour aussi, il nous fait voir l'homme, nous fait rire, nous fait partager ses émotions, ses doutes aussi.  Avec cette mise en scène intelligente et pleine de finesse Michel Bruzat a réussi a concocté un régal théâtral goûteux salué par la qualité de l'écoute et des réactions des spectateurs.

 

Montaigne. Théâtre de la Passerelle. 

Mise en scène: Michel Bruzat

Avec Jean-Pierre Descheix.

 

Festival d'Avignon

Théâtre des Carmes

du 8 au 31 Juillet à 17h 50.

Réservation conseillée.

 

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14 juillet 2011

Les enfants d'Icare.La Fabrique des Petites Utopies

imagesC'est l'histoire d'un enfant du XXI ° siècle. Il rêve de ponts et de fusées pour aller au bout du monde et au-delà. Mais la terre supportera-t-elle tous ses désirs, son besoin de transgresser toutes les limites, sa soif du toujours plus haut. (texte de présentation du spectacle).

 

La Fabrique des Petites Utopies , compagnie itinérante cosmopolite,  nous présente un spectacle à la rencontre du théâtre et de la marionnette qui s'adresse parfaitement à un jeune public de 7 ans à 12 ans. Le camion théâtre de la Compagnie est une véritable caverne d'Ali Baba où s'entassent des objets hétéroclites, des marionnettes animées, de complexes machineries, les murs et le plancher cachent de multitudes trappes, nous sommes dans un décor magique à la Méliès. Les cinq conteurs font vivre le buste d'un enfant, un nouvel Icare qui veut appréhender le monde, mais dès qu'il devient adulte, s'enferme dans une vie morne rythmée entre le travail et le sommeil récupérateur. L'histoire d'Icare est une fable sur nos sociétés qui broient les individus où règne l'argent roi. Alors, essayons de ne jamais perdre  notre âme d'enfant.

 

Festival Villeneuve en Scène. 

Théâtres en itinérance.

du 6 au 27 Juillet. Relâches les 15 et 20 juillet. 

 


Arts de la Rue - Là où commence le voyage

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Onda Prima. Théâtre musical. A partir de 1 an.

6a00d83451e37f69e201543374fb18970c-250wiPeut-on juger un spectacle destiné aux enfants sans l'avoir vu ? Certainement ! il suffit de voir les réactions d'un public qui ne triche pas avec ses émotions. De retour de Onda Prima, ma petite fille de 15 mois a tenté de  m'expliquer la pièce à sa manière. Elle s'est mise à tourner sur elle même jusqu'à se retrouver les fesses au sol. Devant le succès obtenu, elle a commencé une marche au pas de l'oie: jambes raides, pied à l'équerre, ventre en avant, mains sur la tête , paumes des mains vers le ciel en émettant quelques joyeux grognements. Lorsque son manège s'est ralenti, je lui ai demandé si le spectacle lui avait plu, elle est venu me prendre la main pour m'amener à la porte de l'appartement et me faire comprendre qu'elle souhaitait retourner au théâtre. Merci à la Cie ATE pour le bonheur procuré à un grand père.


" Onda Prima " une création ATE

 

 

Voir la critique de Claudialucia.Ma librairie.

 

Onda Prima

Festival d'Avignon

Espace Alya.Rue Guillaume Puy

Du 8 au 31 juillet.

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13 juillet 2011

Enki Bilal. Julia et Roem.

julia et roem-thumb-250x333-32572Depuis 40 ans , les albums de Enki Bilal figurent en bonne place  dans ma bibliothèque. Dans  Julia & Roem, Bilal transpose histoire  de Roméo et Juliette  inventée par Shakespeare sur notre planète dévastée, ravagée par un Coup de Sang,  un dérèglement climatique. Vérone, le lieu du drame ,n'est plus une ville mais un hôtel inachevé tanguant au milieu du désert, au milieu de nulle part sous  d'un ciel plombé de nuages menaçants. Le récit nous est raconté par le père Lawrence, aumônier militaire multi-confessionnel, témoin et acteur essentiel . C'est lui qui se rend compte progressivement que la pièce de Shakespeare est en train de se réécrire, que les mots qui sortent de la bouche des acteurs sont ceux de l'écrivain anglais. Ainsi le texte et la mémoire sont essentiels à la survie des hommes. Julia et Roem sont bien sûr les nouveaux  Juliette et Roméo qui s'aiment dès le premier regard. Si Mercutio ( Merkt) et  Tybalt (Tybb) meurent comme dans le drame de Shakespeare , Bilal sauve les amants de la mort .Le père Lawrence possède en effet  des pouvoirs que Frère Laurent ne possédait pas au moyen âge. On a souvent dit que Bilal était pessimiste pourtant dans cet album il fait confiance à l'amour pour sauver le monde.

15950-julia-roem-enki-bilal-refait-shakespeare-1Quel plaisir de retrouver le trait incomparable de Bilal, les dessins aux pastels gras couchés sur des papiers colorés, ocrés pour la plupart. Bilal est un auteur incontournable de la BD.

 

 

 

 

 

 

 


Enki Bilal présente "Julia et Roem"

Initié par Mango

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08 juillet 2011

Sur le bout de la langue....Institut International des Arts de la Marionnette. Festival Avignon

 

Avignon-2011-visuel-Champagne-Ardenne"Sur le bout de la langue…et au bout de cinq doigts 5 jeunes artistes fraîchement sortis de l'Ecole Nationale Supérieure des arts de la Marionnette présentent des formes courtes inspirées de contes traditionnels, de mythologies anciennes, contemporaines ou personnelles crées dans le cadre de leur dernière année d'études. (Présentation journal du OFF).

Avis de Claudialucia et Wens:

Depuis de nombreuses années je suivais régulièrement le travail de l'Institut qui nous offrait une véritable création collective, innovante et toujours de très grande qualité. J'avoue que je suis cette année assez déçu du spectacle proposé. Dans toutes les créations présentées, les contraintes imposées par les enseignants et les intervenants apparaissent très clairement, on assiste à un travail  certes réussi mais inscrit dans un cadre très ( trop?) strict.  Le spectateur est convié non à une véritable création mais plutôt à un bilan de fin de cycle. Cela n'enlève rien à la qualité des artistes qui montrent l'étendue de leurs possibilités. Parmi les courtes pièces, je retiendrai surtout Sous la neige qui tombe, conte chinois emprunt de poésie et d'imagination. L'artiste, Simon Moers, est capable de faire surgir un empereur dans un grain de riz et de nous bâtir la muraille de Chine sur une table de salon.

 

 

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Si Siang Ki ou l'histoire de la chambre de l'Ouest de Wang Che Fou . Mise en scène de Gérard Gélas; Festival Avignon.

afficheSi Siang Ki ou l'histoire de la chambre de l'Ouest est une grande pièce classique du répertoire théâtral de la Chine. Elle a été écrite par un auteur, Wang Che Fou, dont la vie est peu connue, à la fin du XIII° ou au début du XIV siècle. La présentation pour la première fois de cette pièce au public français en mandarin moderne a été rendue possible par la collaboration du Shangaï Théâtre Academy et du Théâtre du Chêne Noir, compagnie permanente d'Avignon créée en 1967 par Gérard Gélas.

L'histoire de Si Siang Ki est celle d'un jeune lettré Tchang Sen qui se rend à la capitale pour terminer ses études et s'arrête en chemin dans un monastère. Là il rencontre par hasard une jolie jeune femme de noble lignée, Ying Ying, dont il tombe follement amoureux. Le monastère est encerclé par le général Sun Fei Hoi qui veut arracher la jeune fille à sa famille pour l'épouser. Madame Tching, la mère de Ying Ying promet la main de sa fille à celui qui la sauvera. C'est ce que fait Tchang Sen avec l'aide d'un de ses amis d'enfance qui est général. Le danger écarté, madame Tching refuse de donner sa fille en mariage. Les deux jeunes gens, grâce à la complicité de la servante, se retrouvent et s'aiment. Madame Tching, vaincue, accepte alors le mariage à condition que le jeune lettré réussisse à ses diplômes. 

 

Avis de Wens:

Gelas nous offre l'opportunité de découvrir un théâtre jamais présenté en France, de nous ouvrir sur un autre monde, sur une autre culture. La structure de la pièce en 27 tableaux ne correspond pas aux critères de la dramaturgie classique occidentale. La narration est très linéaire sans scènes-clés, sans rebondissements, sans climax, et d'une scène à l'autre les acteurs reprennent  souvent des parties de dialogues. Mais il ne se dégage aucun d'ennui car la langue chante, et le texte-surtitré est d'une grande poésie servi par d'excellents acteurs. La sobre mise en scène de Gélas et la scénographie participent à cette réussite : un décor minimaliste, des jeux de lumière, une bande son discrète soulignant les sentiments. Les costumes splendides participent au plaisir visuel. Cette pièce écrite il y a environ 700 ans, montre qu'à travers le monde et le temps les rapports et les sentiments humains ne sont guère différents. Les puissants imposent leurs règles que parfois les domestiques dénoncent, les femmes de chambre chinoises ont la langue aussi bien pendue que celles de  Molière ou de Beaumarchais. Pour Gélas, l'amour contrarié  de Ying Ying et de Tchang Sen résonne comme un écho à Roméo et Juliette, et comme les amants de Vérone  Ying Ying et Tchang ne se retrouvent seulement que dans la mort. Un très beau spectacle.

 

L'avis de claudialucia

Cette histoire d'amour célèbre en Chine représente si bien la culture chinoise qu'elle fait partie des dix ouvrages composés par les Tsai-Tseu autrement dit les écrivains de génie. La pièce présente un plaidoyer toujours vraie, en faveur de la liberté des jeunes gens à choisir l'époux ou l'épouse de leur choix.

Le premier tableau d'après une idée poétique du metteur en scène Gérard Gélas fait vivre les deux jeunes gens à notre époque. Le jeune homme est tué par des émissaires de la Mort mais un personnage mystérieux le rappelle à la vie dans une époque ancienne, très éloignée de la nôtre. Là, l'histoire d'amour recommence introduisant l'idée de l'éternel retour comme le prouvera le tableau du dénouement.

J'ai beaucoup aimé cette pièce parce qu'elle m'a ouvert des portes d'une oeuvre patrimoniale chinoise que je ne connaissais pas. Certes, de prime abord, elle surprend un peu. Le rythme est lent et semble parfois uniforme. Il n'y a pas de progression dramatique comme dans notre tragédie classique mais une succession de tableaux où la langue semble parfois primer sur l'action. De là pourrait naître une certaine monotonie mais il n'en est rien car le spectateur est bien vite sous le charme de ce spectacle qui le fait voyager dans le temps et dans l'espace. Les acteurs d'une grande prestance jouent selon les règles du théâtre chinois, avec un charme fou. La scénographie est très réussie grâce à l'utilisation minimale de décor solide; tout est dans la lumière qui crée l'illusion. Les costumes, les coiffures, les maquillages qui ressuscitent la chine médiévale sont très réussis et mettent en valeur la beauté des acteurs.

Le texte est très poétique car, je cite Gérard Gélas : " Il y a dans la littérature chinoise de cette époque un constant va-et-vient entre la Terre et le Ciel via la nature. Le souffle du vent dans les feuillages de l'automne ou du printemps relaie les sentiments des protagonistes au moins autant que les actions qui font progresser l'intrigue." Evidemment, cette dimension poétique de la langue échappe au spectateur français. Le spectacle est sous-titré pour notre compréhension mais, lorsque l'action le permet, j'essayais d'écouter la musique de la langue surtout  au moment où les deux jeunes gens s'exercent à une joute poétique sous le regard de la lune. Un très beau spectacle!

 

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07 juillet 2011

Parallèles & Bipèdes. Festivals 2011

cirque villeneuve maboul distorsion

Dans un monde de carton, cinq hommes se croisent, s'évitent, apparaissent, disparaissent dans un ballet burlesque. Mais leur destin est lié. Ils jonglent alors ensemble avec des cartons de toutes tailles, de toutes formes, construisent des monuments : ascenseurs, pyramides… Papier d'emballage et ruban adhésif se transforment en masque, en vêtement, en bouteille, en table. La parole est inutile, la précision du geste, du déplacement  la remplace. Et le public fonctionne devant cette mécanique bien huilée. Les plus jeunes rient des démêlés incessants de ces hommes en prise avec des cartons souvent rétifs, les plus âgés sont emportés par la poésie de ce théâtre proche de l'absurde, très critique à l'égard de notre société.

En effet,  au début de la pièce, trois des personnages sont littéralement projetés sans le vouloir dans cet univers de carton où s'agite un magasinier  Un cadre hautain semble ignorer ce petit monde. Mais le cadre  a beau se croire  supérieur, situé tout en haut de la pyramide sociale, ce n'est qu'une illusion et sa chute est brutale. Quand les hommes jouent, jonglent, trinquent ensemble les enjeux de pouvoir ne disparaissent pas : qui aura le plus grand verre? qui accumulera le plus de cartons?…Pourtant tous ces hommes sont dans la même galère, dans une société absurde qui broie l'individu. 

La mise en scène de Raymond Peyramaure est d'une grande précision, inventive et  le spectacle est servi par le talent et l'énergie de cinq comédiens, mimes et jongleurs.  

 

Avis de Claudialucia dans son blog Ma Librairie

 

Maboul distorsion est un spectacle de théâtre mais aussi de cirque puisque les cinq personnages qui évoluent sur scène appartiennent à la fois à l'espèce du clown rappelant les personnages burlesques du cinéma muet  américain,  sortes de Marx Brothers complètement loufoques, mais  sont aussi acrobates, jongleurs, magiciens fabriquant l'illusion à l'aide de simples bouts de cartons.. Un nouveau cirque, donc, qui sous l'apparence du rire donne une vision assez noire de notre société.

 

Sous le chapiteau de Villeneuve-en-scène, dans le Verger, un décor de boîtes de cartons rappelle un déménagement cauchemardesque, un empilement qui se dresse comme un mur et délimite un monde dans lequel nous serions prisonniers. Qu'y a-t-il derrière ce mur? La liberté ou la mort? Et de ces cartons vont surgir, avec une certaine violence, des personnages catapultés dans ce monde absurde, sans queue ni tête, où les boîtes vomissent des objets hétéroclites, où le carton est  capable d'engendrer des monstres, de se transformer, devenir masques, vêtements, objets de toutes sortes, d'engendrer même de nouveaux personnages. La mise en scène est réglée comme un ballet dans lequel les acteurs passent, disparaissent, se croisent et parfois se rencontrent pour mieux essayer de s'imposer, de prendre le dessus. Car ce monde est le nôtre, le fort y domine le faible, le grand écrase le petit, le riche, le pauvre, avec sa hiérarchie sociale, son patron cravaté perché sur sa pyramide de… carton (!). Mais celle-ci finira un jour par s'effondrer pour mieux renaître ensuite. La bande sonore avec ses bruitages, ses rares paroles réduites souvent à des onomatopées, crée un effet comique très réussi. Certains passages de jonglage à quatre mains sont assez poétiques et témoignent de beaucoup d'adresse.Une inventivité toujours renouvelée pour reproduire un monde qui finira par disparaître sous l'avalanche de ses propres déchets que les cartons déversent sur la scène!

J'avoue avoir eu un peu de mal, au départ, à entrer dans ce monde de l'absurde qui ne me faisait pas rire (mais je ne suis pas sûre qu'il soit entièrement là pour ça!)  mais peu à peu je me suis laissé gagner par le spectacle.

 

Parallèles & Bipèdes.

Cie Maboul Distorsion.

Festival Villeneuve en scène.

Du 5 au 27 Juillet 2011.

 

 

 

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Peter Weir. Whitness. 1985.

witnessWhitness (le témoin) est le premier film américain du réalisateur d'origine australienne Peter Weir qui a obtenu un large succès public international. Un jeune garçon de la communauté Amish est le témoin d'un meurtre. L'inspecteur John Book découvre que l'assassin  est  inspecteur de police et que son supérieur hiérarchique est l'instigateur du crime. Book rejoint la communauté Amish pour mettre en sureté le garçon.

Book fait la découverte d'une autre culture en marge du monde urbain , dans lequel il est totalement inadapté. Quand Book doit quitter ses vêtements, et endosser ceux d'un Amish, symboliquement Weir l'affuble d'un pantalon et d'un gilet trop petit, le citadin est ridicule dans le moindre de ses gestes. Book quitte la violence du monde urbain et se ressource en participant au travail collectif. Une magnifique séquence montre la construction d'une grange  par toute la communauté réunie et solidaire. Witness est aussi une histoire d'amour impossible entre la mère du témoin , une jeune veuve et Book. Leur attirance est réciproque, leur amour est palpable mais jamais elle ne pourra quitter sa communauté et jamais le flic de la ville ne deviendra Amish. Quand la société moderne et urbaine s'invite dans ce monde rural et pacifiste de Pennsylvanie, c'est pour y amener la violence et la mort. Peter Weir signe un de ses meilleurs films, il dirige avec brio l'excellent   couple formé par Killy MacGillis et Harrisson Ford. La musique de Maurice Jarre participe aussi à la qualité du film.

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06 juillet 2011

Chabouté.Les princesses vont aussi au petit coin.

20GUTT_3514572_1_apx_470_Jorn s'échappe d'un hôpital psychiatrique. Sous la menace d'une arme de poing il prend en otage un couple qui a décidé de vivre en marge de la société et  parcourt la France à bord d'un combi-Wolkswagen. Jorn leur dit être victime d'une conspiration organisée par le cartel du tabac. Commence un road-movie qui se terminera dramatiquement sur une immense plage.

Dans ce récit  noir on s'interroge sur la personnalité du personnage central, est-il paranoïaque ou une réelle victime d'un complot ?  Un autre personnage apparaît régulièrement qui interrompt la narration linéaire, c'est  le scénariste de l'histoire, en fait Chabouté lui-même, car la BD est une réflexion sur l'acte de création. Les différents titres rayés de la couverture renvoie aux tâtonnements de tout créateur, l'intrigue évolue toujours sous l'influence de ses propres personnages. Cependant Chabouté n'arrive pas à écrire des contes de fée et ses histoires sont très tristes.

Planche_bd_15879_PRINCESSES AUSSI VONT AU PETIT COIN (LES)Le scénario et le découpage sont très cinématographiques. Chabouté fait alterner avec talent les séquences dialoguées et les longues scènes sans parole, laissant parler l'image. Il  sait aussi modifier la tonalité d'une séquence à l'autre, aux moments dramatiques succèdent souvent des situations pleines d'humour. La mise en page  des dessins  crée le mouvement interne d'un plan et permet de saisir la durée des actions, on lit d'une certaine manière le story-board d'un film. Un story-board dessiné avec brio. Les dessins en noir et blanc à l'encre de chine sont comme d'habitude chez Chabouté splendides. Une excellente lecture.

 

 

 

 

Initié par Mango

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