affiche-La-Derniere-seance-The-Last-Picture-Show-1971-2Peter Bogdanovitch signe avec le film La dernière séance sa meilleure réalisation. Au début des années cinquante, dans une petite ville paumée du Texas battue par les vents, des jeunes gens s'ennuient. Les garçons partagent leur temps entre la fin de leurs études, des petits boulots, le billard, le football, et le sexe. Dans le cinéma du bourg ou sur la banquette d'une auto, ils peuvent peloter sans retenue les seins des filles qui cherchent cependant à conserver leur virginité pour le mariage, comme l'ont fait avant elles leurs mères, des femmes mal mariées et frustrées qui cherchent en dehors du mariage à assouvir leurs besoins sexuels et affectifs. Les plus riches d'entre eux iront continuer leurs études à Dallas, les plus modestes finiront ouvriers sur une plateforme pétrolière ou choisiront de rejoindre l'armée engagée en Corée. Le fossé des différences sociales n'est pas prêt de se combler. C'est donc une chronique triste et désabusée en noir et blanc du Texas intérieur que nous livre Bogdanovitch. Avec nostalgie, il nous fait partager la fin d'un monde, la télévision triomphante chasse la cinéma qui vit ses dernières séances.  Le metteur en scène rend hommage aux cinéastes  de son  enfance : Ford, Mann, Hawks… Le Texas n'est plus celui de Red River (La rivière rouge) : fini les épopées à cheval, le Rio Grande se traverse en voiture et le retour du Mexique se fait avec une gueule de bois.

Bogdanovitch a réuni et confronté deux générations d'acteurs. Cybill Sheperd, Timothy Bottoms et Jeff Bridges alors au début de leur carrière sont remarquables de vérité, à la recherche d'eux-mêmes, de leur avenir. Cloris Leachman et Ellen Burstyn incarnent des femmes d'âge mur fort différentes mais qui sont passées à côté de l'amour. Sam le lion est un des personnages clef de l'histoire. Il  est joué par un Ben Johnson vieillissant, acteur fétiche des westerns de John Ford. La mort de Sam dans le film peut être interprété comme la mort d'un certain type de cinéma hollywoodien mais aussi comme la fin d'une époque à jamais disparue. L'image de Robert Surtees est splendide, la bande son remarquable.

Un excellent film.


THE LAST PICTURE SHOW trailer