filmRéponse à l'énigme n° 3. 

D'origine irlandaise, John Martin Feeney est plus connu sous le nom de John Ford, le seul metteur en scène a avoir obtenu à ce jour quatre Oscar de meilleur réalisateur à Hollywood. Pour son interprétation de Ma dans les Raisins de la colère adapté de Steinbeck , Jane Darwell fut très justement récompensée par  un Oscar de meilleure actrice de second rôle.

Les vainqueurs du jour: Cagire, Maggie, Dasola, Kathel, avec mention spéciale pour keisha, Gwenaelle et Jeneen qui ont donné le titre du roman et du film, mais aussi le nom du réalisateur et celui de l'actrice.Mais la grande triomphatrice est Aifelle qui la première avant le lever du jour avait répondu à toutes les questions sur ma boite  mail que je n'avais pas consulté ! Shame on me.

the_grapes_of_wrathLe film de John Ford

L'écriture

Lorsque Le producteur Zanuck propose à John Ford de réaliser le film adapté du roman de Steinbeck paru au début de l'année 1939, celui-ci accepte sans hésitation: " Cette histoire me plaisait, une histoire de gens simples, qui me rappelait celle de la famine en Irlande pendant laquelle les gens étaient expulsés et se retrouvaient sur les routes à crever de faim". Pour porter le roman à l'écran, Ford bénéficie de la collaboration d'un des plus grands scénaristes américains, Nunnely Johnson. Les deux hommes avaient d'ailleurs déjà travaillé ensemble sur le film qui connut un grand succès public "Je n'ai pas tué Lincoln". 

Tournage et montage.

Le tournage commence au début octobre 1939 sous une énorme pression populaire. Le producteur reçoit dans ses bureaux 15000 lettres pour conseiller les scénaristes. Ford pour éviter que la population intervienne sur les lieux de tournage fait savoir qu'il réalise un film nommé "Highway 66". Le tournage est extrêmement rapide, il s'effectue en 43 jours. Ford ne multiplie pas les prises, 2 ou 3 au maximum, après de courtes séances de répétition. La scène de la séparation entre Ma et Tom est  filmée une seule fois, sans autre garantie. Le grand John Ford comprend que la scène se révèle à la première prise  parfaite et qu'il ne peut  rien espérer obtenir  de plus de ses acteurs! Avec son chef-opérateur, Greg Toland, (qui a signé l'image de Citizen Kane de Welles) Ford met  au point un plan de travail très rigoureux. Le matin et le soir, pour bénéficier de la lumière rasante, le réalisateur filme les plans larges, les plans d'ensemble. Les plans rapprochés sont mis en boîte dans le reste de la journée. Toland cherche dans ses images à reproduire l'univers des images de la photographe Dorothea Lange qui avait fixé sur la pellicule la misère des Oakies, ces paysans originaires de l'Oklahoma jetés sur les routes par la misère. 

Sortie du film

Dès la fin du tournage, Ford commence le montage, la précision de l'écriture et de la mise en scène permet d'aller très vite. Le 20 janvier 1940, le film est projeté pour la première fois à New York. Il est accueilli très favorablement par le public et la critique. John Ford reçoit, pour la seconde fois après Le Mouchard, l'oscar du meilleur réalisateur et Jane Darwell qui interprète le rôle de Man, l'oscar du meilleur rôle secondaire féminin. Steinbeck déclare être entièrement satisfait de l'adaptation de son roman.

La sortie du film se passe dans un contexte préélectoral, c'est l'année de l'élection présidentielle. Ford et les producteurs affichent sans ambiguïté leur soutien à Roosevelt, le candidat démocrate. Dans le film, en Californie, les camps gérés par le gouvernement fédéral, sont entièrement idylliques - un accueil sympathique, de bonnes conditions de vie, une hygiène irréprochable - alors que ceux des grands propriétaires terriens sont absolument inhumains…  Notons, cependant, que le nombre des camps du gouvernement n'était que de 2 en 1940! Il est vrai que Roosevelt se heurtait à une position virulente de la part des grands propriétaires qui bénéficiaient de l'appui des républicains.

L'adaptation . Les différences

Dans leur adaptation John Ford et son scénariste Nunnely Johnson ne conservent par rapport au roman que l'histoire des Joad, alors que la moitié du roman Steinbeck évoque la vie d'autres paysans, en particulier les Wilson qui se joignent pendant un temps aux Joad. Casy est le seul étranger à la famille conservé .

Pour Ford, les Joad sont la représentation de toutes les familles qui subissent le même sort :   l'errance à la recherche d'une terre promise. Dans cette quête, la misère peut détruire le ciment familial, et par là même le cohésion de la nation. L'amour peut faire place à la violence, à la haine et à la mort. De ce fait, Ford privilégie les relations entre Ma et son fils Tommy. Dans un monde qui se désagrège Ma représente la stabilité familiale et sociale. Ford (comme Steinbeck) rend d'ailleurs un bel hommage aux femmes dans la séquence finale. Elles sont  disent-ils le fleuve de la vie. Face aux aléas de la vie les hommes sont plus vulnérables

Ford atténue la violence des propos du livre de Steinbeck. Les raisins de la colère de Steinbeck sont une acerbe critique de la religion, du capitalisme et du système  démocratique  libéral américain. Le romancier justifie totalement la montée de la colère des exclus des maltraités face à la crise, il prône une réponse par la solidarité des exclus, des maltraités. Ford ne remet pas en cause le système économique et social, il est un fils d'immigré qui doit tout au pays qu'il admire, chaque homme est responsable de la Démocratie.

 Dans le livre, Casy, le pasteur, a perdu la foi mais trouve une raison d'exister dans l'amour des autres et le combat social. Il meurt parce qu'il est victime des puissants mais Tom et beaucoup d'autres prendront la relève. Dans le film, Casy, interprété par John Carradine, est un illuminé. Ceux qui doutent ne peuvent résister à l'épreuve, Casy, est condamné à mort parce que sa foi vacille.

 Chez Ford, le peuple américain peut dépasser la crise, l'espoir est permis, car, avec l'aide de Dieu, la démocratie est invincible. Le propos de Ford est donc beaucoup moins pessimiste que celui de Steinbeck. Dans le roman, la fin offre peu d'espoirs, elle est tragique : le bébé de Rosasharn meurt à la naissance et la pluie détruit le campement des Joad. 


Les Raisins de la Colère