Texte réalisé dans le cadre l'atelier du Skriban. Il fait partie du recueil, à paraître peut-être ou jamais, intitulé : "Mémoires d'un tueur à gages".

La porte! oui mais laquelle ?

J'aime pas le boulot à l'exportation surtout chez les British…c'est pas que j'cause mal la langue de Shakespeare, mais c'est une affaire d'accent. Paraît que je prononce comme les finistériens du sud, va savoir? Quand j'ai reçu mes consignes, ma cible, j'en revenais pas : l'Ecosse, Edimbourg, la planète du chardon et du mohair… J'ai senti le coup tordu, faux passeports, voyage aller en passant par Bale, Londres retour via Dublin et Francfort, un cocktail d'avion et de train. Faut pas être sorti de la cuisse de Jupiter pour piger que nos services secrets étaient dans le coup…quand ils coulent un navire, ils sont sur la quai, quand ils ne restent pas sur le navire. Pour du travail propre ils font affaire à des spécialistes dans mon genre. Impossible de refuser, les espions c'est plutôt du genre susceptible. L'avantage c'est qu'on est bien payé, nettement au-dessus du tarif syndical, ils ont les moyens, c'est sûr. Pour ce coup là c'était le Jackpot, la cagnotte de l'euromillion. Mais j'avais pas grand chose, un  nom A. G….(je vous donne pas les vraies initiales par respect pour les morts, sauf que A c'est un prénom de fille), une adresse, des clefs et l'heure du trépas. Comment les OSS 117 pouvaient-ils savoir que la victime serait chez elle à cette heure là comme si elle allait me filer un rencard? ils font appel régulièrement à des voyantes extra-lucides quand ils sont dans la panade mais tout de même. 

A huit heures, je me pointe dans la ruelle, j'entre dans le hall de l'immeuble et je jette un oeil sur les boîtes aux lettres. Oh surprise, deux A.G….je sors les clefs et ça fait tilt ! bingo!  Vous avez suivi, non? vous travaillez pour la DST ou quoi? C'était pas une mais deux gonzesses qu'il fallait refroidir dans la foulée. Logiquement, j'ai décidé de commencer par l'étage supérieur. La musique hurlait du Johnny Halliday, preuve que ma victime c'était du franco-belge parce que c'est pas exportable. Je pénètre dans le studio genre fille de bourge friquée, les meubles venaient pas d'Ikea et l'ordi était encore sous garantie le dernier cri de chez Apple ( j'fais pas de publicité mais j'suis plutôt big pomme.) La chaine Hi-fi, je l'aurais aussi chouravé volontiers, je trouvais que c'était bien du gâchis de se payer du haut de gamme pour entendre les hurlements d'un vendeur de lunettes.  Elle était sous la douche, alors là j'ai été envahi d'un flot de pur bonheur, j'allais rejouer la scène de Psychose. En toute modestie j'ai été nettement supérieur à Anthony Perkins, le premier coup avait fait le travail, j'en ai rajouté pour le fun, type sadique. La brunette pissait son sang dans la baignoire.

J'suis passé à l'étage d'en dessous, la clef tourne, j'entre et là le choc : les mêmes tapis, le Mac Book sur un  bureau Regency identique, les mêmes cris hystériques sortis de la même chaîne…je rêve?. Et la douche? idem, le cauchemar. Là, je vous l'avoue j'avais plus le même enthousiasme, adieu Hitchcock j'étais tombé dans Scream, je flirtais avec l'horreur. Mais bon, quand on est un véritable pro, on ne recule pas, même quand la fille m'a regardé de son air étonné, le clone de sa voisine du dessus. 

Toute la semaine suivante la presse s'est déchaînée. Deux soeurs jumelles A &A assassinées sauvagement au moment où elles devaient témoigner à charge contre leur beau-père conseiller ministériel et porteur de valise. Non lieu.