Texte réalisé dans le cadre l'atelier du Skriban. Il fait partie du recueil, à paraître peut-être ou jamais, intitulé : "Mémoires d'un tueur à gages".

J'aime pas l'ordre! moral, social, les conventions, les maisons bien rangées…j'aime buter sur une pile de bouquins, d'objets hétéroclites…les jardins à la française m'agacent je préfère m'égarer dans la nature sauvage. Mais attention,à petite dose, car la campagne m'ennuie, je déteste me faire réveiller par les emplumés de toutes sortes, je préfère ouvrir l'oeil sur une mélodie de camion poubelle…Dans ma maison je me suis aménagé sous les combles mon cabinet particulier, une petite pièce avec une fenêtre ouvrant sur la mer, la vraie, la seule celle qui s'étend entre l'Afrique, l'Asie et  la Provence. Les murs sont tapissés de livres , de revues, de photos le tout classé suivant l'intangible  principe  des  strates géologiques, le plus ancien en dessous.  Et toujours au dessus : Voyage au bout de la nuit. Au centre de cet antre, un bureau d'un style indéterminé comme son âge…paléolithique supérieur? dans le  tiroir je garde mes secrets.

Mes objets de travail reposent dans un coffret: faux passeports de diverses nationalités: suisse, belge, canadien voire même français…avec des noms d'emprunt: Peyron, Konztanss, Marlowe… et bien sur ma collection de surins. Un bon ouvrier se remarque à la qualité de ses outils, à la manière dont il les entretient. Le nettoyage est une opération délicate. Je me vois mal filer le tétanos à ma victime à cause d'une tache de rouille. A côté, je garde de fins  gants de soie pour enfiler les jours de froid, ils vous permettent d'assurer la prise de la lame et accessoirement d'éviter de laisser ses empreintes.J'ai pris cette habitude depuis mon passage dans les commandos de marine.Quand j'étais tueur mensualisé assujetti à la sécu.

Je  suis attaché à deux cartes postales. La première représente la baie de Douarnenez sous le soleil. Le gars qui a pris cette photo devait avoir une sacrée patience ou avoir le C… comme la porte d'Aix , car 99 jours sur 100, tu vois pas le bistrot d'en face quand tu es sur le quai. Crachin. La deuxième, c'est une recette de gâteau au nom improbable…Il faut à ce stade de mon récit, pour ceux qui n'auraient pas la chance incommensurable de me connaître, dire que mon métier m'amène régulièrement à exercer mes talents en Bretagne. Dans ce pays islandais encore très marquée par le poids de la religion, le divorce n'est pas encore facilement accepté par une partie de la population. Alors j'aide discrètement mes clients à se séparer d'une manière définitive.

J'aime feuilleter un  carnet noir boursoufflé. Ado, sur ses pages  je collais les tickets de cinéma des films que j'allais voir au Select, le cinéma de Quartier…à côté de chaque ticket, je notais la date du visionnement et le titre du film. En tournant les pages défilent devant moi: Le Stenson de Boggy, les colts d' Alan Ladd, le flegme de Mitchum…les Lolos de Gina et ceux de Marylin. Je garde soigneusement la seule photo de ma mère dans sa jeunesse entourée de ses amies: Maria la Brésilienne et Izmir la Mauresque. Elles rient à l'objectif . Cette photo a été prise dans une maison close. Ma mère était putain.