Réponse à l'énigme N° 6


filmIL fallait  trouver : Cyclone à la Jamaïque. Un livre de Richard Hughes, un film de Alexander Mackendrick. Pour vous mettre sur la voie vous avez pu reconnaître sur la photo extraite de Tueur de dames:  Alec Guiness en compagnie de Kathie Johnson.

Les Césars d'Or du jour: Eeguab, Keisha, Gwenaëlle, Lireaujardin 

César d'argent pour Thérèse pour avoir trouvé le titre du roman.

Pour consulter le billet de Claudialucia sur le livre c'est ICI l

Alexander Mackendrick. Cyclone à la Jamaïque.1965.

Le film, qui n'a pas bénéficié de sortie en salle pendant 45 ans, est adapté du  livre éponyme de Richard Hughes paru en 1929. A la Jamaïque , après le passage d'un cyclone dévastateur sept enfants anglais sont renvoyés par leurs parents vers la mère patrie. Leur navire est attaqué par des pirates commandé par le capitaine Chavez. Sans le savoir les flibustiers embarquent à leur bord les enfants en plus du butin. Rapidement le navire devient un terrain de jeu pour la marmaille peu effrayée par les boucaniers. Mais le joyeux voyage tourne au drame après une escale à Tampico. Si le film respecte en apparence les codes du film de pirate, c'est avant tout une réflexion sur  l'innocence présumée des enfants. Mackendrick  s'attarde en particulier à présenter les relations ambiguës qui se nouent entre le capitaine Chavez et Emily, une gamine d'une douzaine d'années, véritable héroïne du film. Les rapports complexes entre l'adulte et  l'enfant (mais est-ce encore une fillette ?) sont traduits par des jeux de regard, des gestes, des attitudes, rarement par la parole. Dans le film, aux variations permanentes de tonalité, tout sonne juste. Les acteurs sont remarquables, Anthony Queen tout en nuances incarne un Chavez qui retrouve une âme d'enfant sous le regard ironique de James Coburn, son second. Emily est interprétée avec talent par la petite Deborah Baxter. L'image en technicolor signée par Douglas Slocombe est  magnifique. Un chef d'oeuvre méconnu.

images Alexander Mackendrick.1912-1993.

alexandermackendrick

1912 Naissance à  Boston (USA) de parents d'origine écossaise.

1917 Mort de son père . Grippe espagnole. Sa mère le renvoie en Ecosse chez ses grands parents pour y être élevé.

1926 - 1929 Il  suit les cours de la Glasgow School of Art

Il travaille ensuite dans une agence de publicité puis auprès de réalisateurs de films d'animation

1937 engagé comme scénariste aux studios de Pinewood.

Pendant le seconde guerre mondiale il réalise  quelques films de propagande  anti-nazi et des documentaires pour l'armée.

1946.Il est engagé comme scénariste aux studios Ealing. 

1949  Il commence sa carrière de  réalisateur avec une comédie Whisky à gogo. 

1951. Premier grand succès :  L' Homme au complet Blanc avec Alec Guiness. Un inventeur crée le tissu inusable. De quoi mettre en péril l'industrie textile et provoquer le chômage!

1952: Mandy

1954: Maggie.

1955:  Tueur de dames. Comment une vieille dame met en déroute des malfrats pseudo-mélomanes.

Il quitte ensuite l'Angleterre pour retourner  aux USA

1957 Le grand chantage. Avec Burt Lancaster et Tony Curtiss

1963 Sammy going South

1965 Cyclone à la Jamaïque.

1967 Comment réussir en amour sans se fatiguer.

A l'âge de 55 ans il décide d'abandonner la réalisation devant les difficultés qu'il rencontre pour produire des oeuvres personnelles . Il déclare: Si vous devez passer 95% de votre vie à monter la production d'un film et les 5% qui restent à la réaliser, vous n'êtes plus dans la profession qui vous convient. Mackendrick se tourne  alors vers l'enseignement

 

Fragments d'analyse.

Analyser un film signifie que le film a été visionné auparavant. Les remarques suivantes ont été rédigées pour servir de base à une discussion lors d'une séance de Ciné-club.

 

Le détournement d'un  genre

Le film de pirate obéit à un certains nombre de conventions. Les flibustiers  sont des êtres redoutables, maniant les armes avec dextérité, ne faisant pas grand cas de leurs adversaires. A terre, le pirate boit beaucoup, aime le jeu, les femmes faciles. Les scènes clefs de ce genre de film sont les scènes d'action : l'abordage et la capture de navires ennemis, avec parfois en prime une mutinerie et une belle tempête. Les thèmes largement développés sont ceux de la vengeance, de la trahison, de la cupidité… Le spectateur est amené à s'identifier à un héros qui triomphera très logiquement du mal. Qui dit pirate dit aussi codes visuels: bandeaux, jambes de bois et crochets, sabre, couteaux, mousquets…et perroquet.  Et Tonnerre de Brest vous avez le droit en plus à tout le vocabulaire de la marine à voile.

Dans Cyclone à la Jamaïque, le capitaine Chavez n'apparaît guère comme l'héritier de Barbe Noire. Il a certes le poing facile mais quand il torture il se contente de brûler le bas du pantalon de sa victime. Les enfants deviennent rapidement les maîtres du navire, allant jusqu'à les effrayer les matelots. Chavez arrive difficilement à se faire respecter et le navire prend souvent l'allure d'un centre de colonie de vacances. D'ailleurs les enfants se posent même la question de savoir s'ils ont affaire à de véritables pirates. Ils finissent par en accepter l'idée pour deux raisons essentielles : le capitaine a volé et mangé leurs bonbons et surtout Chavez est capable d'avaler du poivre de Cayenne à la cuillère à soupe, acte de courage inouï. Mackendrick occulte les grandes scènes d'action. Le premier navire pris par les pirates, l'a été par quatre forbans déguisés… en femmes.  Nous ne voyons pas l'abordage  d'un navire Hollandais; la caméra reste à l'intérieur de la cabine de Chavez qui veille sur Emily malade.Le son off nous permet de comprendre la victoire des pirates. Nous n'avons même pas le droit d'assister à l'arrestation de Chavez et de ses hommes par les anglais . 

L'enfance, le temps de l'innocence? 

Cyclone à la Jamaïque est avant tout une réflexion sur l'enfance. Est-ce que les enfants sont bons par nature? ou au contraire sont-ils déjà porteur du péché originel ? Mackendrick s'est expliqué sur sa vision de l'enfance:"Pour moi,un enfant , c'est quelqu'un qui n'a pas eu le temps d'être corrompu. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas quelque chose de mauvais ou de diabolique en lui. Il lui arrive d'agir avec plus de méchanceté qu'un adulte, mais cette méchanceté est naturelle". 

Les enfants n'ont pas la même perception du monde que les adultes. La mort même de personnes proches les laisse assez insensibles. Emily se préoccupe davantage de la disparition de son chat que du domestique, qui l'a élevé, tué lors du cyclone.  Lorsque leur frère John disparaît à Tampico, les enfants s'intéressent surtout à la couverture qu'il a abandonnée. Leur enlèvement n'est pas pour eux source de drame, mais source de jeu. C'est eux qui finissent par fixer les règles du fonctionnement du navire..

Chavez au contact des enfants découvre un monde inconnu. Il se met à jouer, fabriquer des marionnettes sous le regard goguenard de son second. Il se prend particulièrement d'amitié pour Emily et joue inconsciemment le rôle du  père, mais il est aussi attiré par la fillette qui profite alors de son pouvoir de séduction. Est-ce simplement de la naïveté ou de la manipulation de la part d'Emily? Car elle n'est plus tout à fait une gamine dans le temps de l'adolescence, pas encore une jeune femme, elle est dans un entre deux. C'est un personnage complexe que Hughes définissait ainsi dans le livre: elle pouvait vivre des semaines entières dans une heureuse inconscience….mais en même temps elle savait, sans aucune espèce de doute, au fond de son être elle savait… qu'elle était condamnée, qu'il n'y avait jamais eu personne de si méchant qu'elle depuis le commencement du monde". Entre les deux personnages se tisse des liens parfois troubles, soulignés par des jeux de regard et des attitudes parfois équivoques. 

Margaret, elle, n'est plus dans le temps de l'innocence, c'est une jeune fille plus âgée. Lors de son enlèvement, elle  craint de se faire violer ensuite  elle semble  chercher le contact des pirates. Chavez la retrouve dans sa cabine. Quand le capitaine la rejette elle cherche par son regard à attirer un membre de l'équipage.

Les enfants condamnent les pirates

L'enlèvement involontaire des enfants à bord de leur navire inquiète dès le début  l'équipage du capitaine Chavez, car les gamins bafouent tous les codes de la piraterie. Il n'est pas en effet autorisé de prendre une femme à bord car elle porte malheur. En particulier sa présence peut entraîner de graves dissensions entre les hommes de l'équipage, et Margaret n'est plus à proprement parler une fillette mais à presque l'âge de se marier. Les enfants utilisent le bateau comme un terrain de jeu pratique totalement interdite pendant une traversée. Emily et ses soeurs simulent un enterrement,  ce qui fait trembler tous les marins. Une mort survenue  à bord pouvait entraîner le naufrage du navire. Mais l'incident qui horrifie le plus l'équipage est celui du détachement de la figure de proue. Cette figure féminine protège le bateau, elle rend hommage aux dieux de la mer et  éloigne les mauvais esprits , ceux-là même que la plus petite des enfants a invoqués. Le navire peut devenir maudit.

Après l'accident et la mort de John, le frère aîné, à Tampico, les pirates apparaissent condamnés, car il  leur est impossible d'échapper éternellement à la chasse organisée par les navires anglais pour récupérer les enfants. Leur dernière action de piratage, la prise d'un vapeur hollandais et la mort du commandant du navire vont les envoyer à la potence. Lors du procès, la  vie des pirates repose sur le témoignage d'Emily, la vraie meurtrière du commandant hollandais. Le procureur arrache à Emily une déclaration qui est interprétée comme une accusation contre les pirates. Chavez ne cherche pas à se défendre, il accepte son sort sans sourciller. Mackendrick dénonce la justice anglaise qui avait condamné à mort les pirates bien avant le procès, une véritable parodie. La bourgeoisie cherche toujours à se débarrasser de tous les êtres qui, comme les pirates, mettent en péril l'ordre social.

Le monde des pirates.

Flibustiers.  Ils écumaient les côtes espagnoles entre le XVI° et le XVIII° siècle.

Boucaniers. C'est le nom donné à des  aventuriers français installés à Saint Domingue pour chasser les boeufs sauvages. Les peaux était destinées à l'Europe et la viande était fumée, boucanée. Devant la disparition des boeufs, et pour survivre certains de ces chasseurs se sont reconvertis à la piraterie.

Pirates.L' Age d'or de la piraterie se situe aux XVII et XVIII° siècle. On compte plus de 5000 pirates dans les Caraïbes au début du XVIII ° siècle. L'arrestation d'un pirate signifiait sa pendaison "Haut et Court". Haut sur le plus haut mât du navire, pour être visible par tous et Court pour économiser la corde.

Corsaires. Au service d'une puissance, ce sont des combattants "indépendants" sur leur propre navire qui partagent leur butin  et payent les autorités pour lesquels ils combattent. Les corsaires sont reconnus par une convention internationale, s'ils sont arrêtés ils sont  considérés comme des prisonniers de guerre. Cette convention a été abolie en 1856, sauf par l'Espagne et les Etats-Unis. 


Cyclone à la Jamaïque Bande-annonce