item_453_1Je n'avais pas revu Hana-Bi depuis sa sortie en salle en 1997, et j'ai ressenti le même choc émotionnel  lors de son re-visionnement en salle. L'histoire de Hana-Bi, feu d'artifice, est un faux polar. Même si les personnages principaux sont des flics ou des Yakusas, et si on assiste à la guerre menée par la police contre les truands, c'est le drame intérieur de l'inspecteur Nishi qui est le thème central du film. Nishi est un excellent flic, traumatisé par des problèmes personnels, la mort de son enfant et la maladie incurable de sa femme. Il quitte la police après la mort d'un de ses collègues et la blessure survenue en service de son ami Horibe, cloué à vie sur un fauteuil roulant. Nishi pour rembourser ses dettes, braque une banque et emmène son épouse dans un dernier voyage à travers le Japon. La construction du film est complexe, le récit est souvent non linéaire. Le regard de Nishi se perd et surgissent par bribes à l'écran les images violentes de ses collègues criblés de balles. Pour survivre,  Horibe se met à peindre, alors les dessins et les toiles s'intègrent dans la narration, deviennent acteurs de l'histoire. 

Hana-Bi est une critique assez acerbe de la société japonaise. Toute la société est construite sur le même moule, les rapports entre les êtres sont hiérarchisés, les subalternes doivent une obéissance aveugle à leurs supérieurs, dans la police comme dans la mafia, les yakusas. Flics et voyous recourent aux mêmes méthodes, à la violence brutale, sauvage qui peut surgir à tout moment. Nishi quitte la police pour organiser le braquage d'une banque parce qu'il s'est endetté pour soigner sa femme, et n'a pas les moyens de rembourser ses créanciers, des Yakusas. Le système libéral de santé japonais n'est pas fait pour les gens modestes. Horibe paralysé après sa blessure contractée en service ne peut   même pas s'acheter son matériel de peinture, l'état et la société rejettent ceux qui ne sont plus en état de travailler, de servir. Nishi attaque une banque symbole du système capitaliste tout puissant.

Le film est surtout un magnifique film d'amitié et d'amour. Nishi n'a pas pillé une banque pour vivre dans l'opulence mais pour payer ses dettes, fournir une aide à la veuve du flic tué, réduite à devenir serveuse, pour donner à Horibe le matériel de peinture qu'il ne peut s'acheter. Horibe en maniant les pinceaux redonne peu à peu un sens à sa vie. Nishi ne sait pas communiquer par la parole, il ne trouve pas les mots pour exprimer ses sentiments. Il ne sait pas dire je t'aime, alors il agit. Il offre à sa femme rongée par la maladie un beau et dernier voyage vers la délivrance.

Le film a été justement récompensé par de nombreux prix d'interprétation pour Kitano (Nishi) et Ren Osugi (Horibe) et a reçu Le Lion d'Or du festival de Venise en 1997.

 Nota : Kitano non content d'être le réalisateur, le scénariste, le monteur et l'acteur principal du film est aussi l'auteur des toiles filmées à l'écran. Il s'est mis à la peinture lors d'une convalescence survenue après un accident.


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