autopsie_d_un_meurtre,3Le scénario est adapté d'un roman écrit par un juge John D Voelker, qui s'est inspiré d'un fait réel. L'ex procureur Paul Biegler , devenu avocat passe plus de temps à la pêche que dans son cabinet. Sous la pression de son ami Parnell, il accepte de défendre un officier, le Lieutenant Manion, auteur du meurtre d' un propriétaire de bar qui a violé sa femme, Laura.

A sa sortie, le film a subi les foudres des ligues puritaines, Preminger osait parler de slip, de petites culottes et de viol !

Le metteur en scène  dresse un tableau sans concession de la justice américaine. au cours du  l'accusation refuse d'aborder les causes du meurtre, le viol, et veut s'en tenir uniquement à la question :  Manion a-t-il tué de sang froid, ou au contraire était-il dans un état de choc? 

Le prétoire est avant tout le lieu d'une joute oratoire entre Biegler et Danver l'assistant du procureur.  Entre les deux hommes tous les coups sont permis :  déstabilisation des témoins, perfides insinuations, acerbes plaisanteries. Tous les deux adoptent la même stratégie : salissez, il en restera toujours quelque chose. Ces échanges verbaux provoquent même  une réaction surprise de l'accusé, qui demande à son avocat: "Comment faire oublier aux jurés ce qu'ils ont entendu" et Biegler répond  cyniquement : "On ne peut pas justement". Dans l'esprit du procureur Danver, aux idées conservatrices, la femme est la vraie coupable. S'il y a eu viol, ce qu'il cherche à nier, c'est l'attitude provocante de Laura qui en est responsable. 

Le procès offre à Beagler et à son ami Parnell une forme de rédemption. Beagler n'avait jamais accepté d'être écarté de son poste de procureur. En défendant Manion, il retrouve le goût du travail. Parnell, juriste lui aussi,  abandonne le whisky pour replonger dans les livres de droit et se met au soda.

Le film bénéficie d'une distribution exceptionnelle réunie autour de James Stewart qui incarne un   Beagler élégant, désabusé et de Lee Remick qui joue avec brio le rôle de d'une femme-enfant, séductrice, sensuelle. Tous les seconds rôles sont remarquablement dirigés par Otto Preminger, maître de son art, ( Ben Gazzara, George Scott, Arthur O'Connel, Eve Arden) avec une mention spéciale à un acteur débutant Joseph N Welch, avocat de son métier dans le rôle du juge du tribunal. Welch s'était fait remarqué par ses plaidoiries pour la défense de victimes du Maccartysme.

Si vous ajoutez : une image splendide en noir et blanc de Sam Leavitt, un générique signé Saul Bass, la musique de Duke Ellington (qui fait une courte apparition à l'écran) au final  vous obtenez un très grand film.


Autopsie d'un Meurtre