Akutagawa-Ryunosuke-RashomonRyûnosuke AKUTAGAWA (1892-1927). Rashômon et autres contes.

Né à Tokyo, Akutagawa, auteur de plus de 200 récits très courts,  est considéré à juste titre comme un des écrivains majeurs du Japon. Brillant élève et étudiant il se nourrit à la fois des classiques Chinois et Japonais et de la littérature occidentale (il fut le traducteur de Yeats et d'Anatole France). Il publie sa première nouvelle en 1914 (Vieillesse). Enseignant, il décide  de se consacrer entièrement à l'écriture en 1920, il cherche dans ses textes à réaliser la fusion entre  la culture classique orientale et la littérature occidentale, fusionner  tradition et modernité. Un grand nombre de ses nouvelles parlent du Japon médiéval, mais l'écriture est très moderne et personnelle. Les récits sont rigoureusement construits, la langue souvent poétique est épurée, chaque phrase est calculée pour obtenir les effets et le émotions  recherchés. Dans ses récits historiques, ses contes Akutagawa parle certes de son pays, mais aussi de lui-même,  de sa vision de l'homme, de ses propres angoisses. Souffrant d'hallucinations,l'écrivain mettra fin à ses jours à l'âge de 35 ans.

Dans le livre paru en format de poche, l'éditeur  a réuni quatre contes qui  nous permettent d'approcher l'oeuvre de l'écrivain.

Rashômon  est des premières nouvelles écrites par Agatagawa en 1915. A l'époque médiévale, à Kyôto ravagé par lune suite de calamités,  un homme de basse condition s'est réfugié pour échapper à la pluie à le portique (=Mon) du démon (= Rashô) transformée en charnier. Là il rencontre une vieille femme fantomatique qui arrache les cheveux aux cadavres. Horrifié il dépouille  la vieille femme de ses vêtements. Pour survivre il s'est  décidé à devenir voleur. 

Dans le fourré (1922), à la suite d'un meurtre survenu en forêt, témoignent devant la justice: un bûcheron, un moine, un mouchard, un brigand, une vieille femme, la femme de la victime, et l'esprit du mort par l'intermédiaire d'une sorcière . Les témoignages apparaissent contradictoires le brigand et l'épouse s'accusant du meurtre, la victime parle de son suicide. Quelle est la vérité ?

Dans Figures Infernales (1917) Akutagawa nous raconte l'histoire de la réalisation du Paravent des Figures infernales par l'artiste  Yoshihidé, qui ne peut peindre que ce qu'il voit. Mais comment peindre l'Enfer sans l'approcher ?

La dernière nouvelle nous présente  le portrait d'un ridicule sous-officier qui souhaite se rassasier d'un mets royal, un Gruau d'ignames (1915) à la cannelle.

Quatre nouvelles d'un très grand écrivain.


77038MK DEVILLE. Philippe NICLOUX. Rashômon.

 Ce roman graphique est une  adaptation  deux contes de Akutagawa Dans le Fourré et de Rashômon, nouvelle qui donne le titre à l'ouvrage. La transposition de l'oeuvre en BD est très fidèle aux récits du romancier japonais. Pour faciliter l'enchaînement des deux histoires, MK Deville a ajouté aux textes originaux  un personnage étrange, un joueur de flute au visage caché qui devient la voix poétique du narrateur et permet d'éviter les longs textes explicatifs. Le scénariste  a eu l'idée  de faire de l'homme sans nom qui s'est réfugié à la Porte Rashô (Rashômon) et du  brigand Tajômaru de la nouvelle Dans le fourré un même personnage. Tajômaru est accusé du viol d'une femme et du meurtre de son mari, mais lors de son procès les témoins et protagonistes du meurtre racontent des versions très différentes et souvent contradictoires de l'événement. Ce qui pose une série de questions :Existe-t-il une vérité objective? Quand  commence le mensonge ? 

rashomon4L'influence du film Rashômon de Kurosawa sur les dessins de Nicloux est particulièrement sensible dans le traitement des personnages. En particulier le  bandit Tajômaru prend les traits de l'acteur du film, Toshiro Mifune. Cependant la mise en page s'éloigne des cadres et du montage de Kurosawa et s'apparente plus à la calligraphie japonaise. Cette impression se renforce avec le choix du traitement noir et blanc à base de lavis d'encre de Chine.

Un très beau roman graphique. Un travail original

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rashomon1bisAKIRA KUROSAWA. Rashômon. 1951.

Kurosawa s'inspire de deux nouvelles de Akutagawa,  Rashômon et Dans le fourré. Il situe l'intrigue  dans le Japon du Xii ème siècle, une période de troubles et de guerres civiles.

Sous le portique (Mon) du démon (Rashô)  trois hommes sont venus de mettre à l'abri  car la pluie tombe  violemment. Un moine et un bûcheron discutent d'un procès auquel ils ont assisté et témoigné. Le troisième homme les incite à raconter l'histoire. Le corps d'un samouraï, Takehiro, a été retrouvé sans vie et son épouse Masago a été violée par un bandit de grand chemin, Tamojaru. Mais le procès ne permet pas de reconstituer avec certitude les faits, les conditions du meurtre du Samouraî, car les six témoignages  recueillis lors du procès donnent des versions largement  contradictoires. Qui dit la vérité ? Tamojaru qui s'accuse du meurtre et du viol ? Mais peut -on parler de viol ? Masago était-elle consentante ?  a-t-elle tué son mari ? Tikahiro, qui parle de l'au- delà par l'intermédiaire d'un médium s'est-il suicidé ou a-t-il cherché à fuir et a été abattu comme un lâche? et qu'a vu réellement le bûcheron, seul témoin extérieur au meurtre ? Lorsque la pluie cesse. Les trois hommes se séparent, mais les cris d'un enfant abandonné attirent le bûcheron qui décide de l'adopter. Le moine le remercie: "Ton geste a restitué ma foi en l'humanité".

Pour Kurosawa: "Les hommes sont incapables d'honnêteté envers eux-mêmes. Ils ne peuvent pas parler d'eux sans embellir leur image.Ce film est comme un tableau enroulé qui, en se déroulant, dévoile le Moi humain." Cette déclaration  peut paraître très pessimiste, mais  le dénouement  du film (différent du  conte de Akutagawa)  nuance le propos. Quand le bûcheron emmène l'enfant,  Kurosawa nous affirme qu' il ne faut jamais désespérer de l'âme humaine.

1659888956_601ca7bb63Kurosawa et son chef opérateur Miyagawa font preuve dans ce film d'une grande virtuosité, on est frappé par la beauté de la photographie, les savants jeux d'ombres et de lumières par les fluides mouvements  de caméra qui alternent avec  plans fixes soigneusement cadrés. La scène du meurtre est  filmée plusieurs fois, suivant les points de vue des protagonistes, la caméra adopte la subjectivité des récits. Le jeu des acteurs est varié, parfois introverti ou au contraire extraverti en particulier celui de Toshiro Mifune, le bandit des grands chemins.

Rashômon marque une date dans l'histoire du cinéma. Présenté au festival de Venise, il obtint le Lion d'Or avant d'être récompensé par l'Oscar du meilleur film étranger. Le monde occidental découvrait la richesse insoupçonné jusqu'à lors du cinéma japonais.


Rashômon - Akira Kurosawa - Trailer by Janus film