affiche_germinalLa réponse à l'énigme n° 19 : Germinal de Claude Berri avec Renaud dans le rôle de Etienne  Lantier. Le prix Anthracite est accordé à: Aifelle, Maggie, Eeguab,Miriam, Keisha, Somaja, Dominique, Dasola, Gwenaelle, Lireaujardin, Nanou, Asphodèle.

Par tirage au sort Gwenaelle est l'heureuse gagnante d'un séjour d'un mois au fond d'une mine de Sibérie. Le voyage est à la charge de l'heureuse triomphatrice.

Synopsis  :Sous le Second Empire, Etienne Lantier, un jeune chômeur devenu mineur, découvre dans le Nord la misère des travailleurs exploités par le capitalisme. Il s'engage dans un combat socialiste. La direction des mines réagit, les salaires baissent. Une grève immense survient, affameuse et meurtrière, mais aussi porteuse d'espoir.

 En 1992, Claude Berri entreprend dans le Nord de la France le tournage de Germinal d'après le roman de Emile Zola paru en 1885. L'adaptation est très fidèle, elle garde la structure , la chronologie  des  événements majeurs du roman, laissant seulement de côté quelques éléments  secondaires.  Pour le réalisateur l'objectif était de montrer que  le propos de Zola restaient toujours d'actualité à l'époque  du tournage :

" Le problème du chômage, c'est celui de l'exclusion….Le chômage, c'est la conséquence de la cupidité du capitalisme qui trouve de la main d'oeuvre pour pas cher dans le Tiers monde. C'est pour le profit. "  

"J'espère toucher le grand public sans démagogie et le faire réfléchir. De grands progrès ont été faits depuis le XIXe siècle. Mais au XXe siècle il reste toujours beaucoup d'injustices et beaucoup de progrès sociaux à réaliser."

 Pour réaliser de telles ambitions et rendre le souffle du roman  il aurait fallu une toute autre mise en scène, mais Claude Berri n'a rien d'un Eisenstein.  Son  film est académique, il est une adaptation à la lettre  du texte de Zola  mais pas conforme à l'esprit qui imprègne chaque page, chaque phrase. Le film manque cruellement de style. L'image de Yves Angelo est superbe, bien (trop ?) léchée ,  les décors et les costumes soigneusement reconstitués. Mais on n'étouffe jamais sur le carreau de la mine ou dans les galeries magnifiquement éclairées, la lampe des mineurs ne semble faite que pour la décoration ou repérer le coup de grisou. Les scènes des débats idéologiques  entre Lantier et Souvarine le nihiliste sont  filmées platement en champ contre champ . La discussion semble se passer dans un salon de thé, chaque protagoniste bien élevé récitant sagement sa leçon. Où est passé l'anarchiste de Zola:

"En parlant , Souvarine devenait terrible. Une extase le soulevait de sa chaise, une flamme mystique sortait de ses yeux pâles, et ses mains délicates étreignaient le bord de la table à la briser."

Les acteurs sont bien décevants à commencer par Renaud (que j'aime particulièrement comme auteur-interpréte) qui n'a pas les épaules pour endosser le rôle d' Etienne Lantier . On a du mal à voir dans le chanteur, l'ouvrier rebelle autodidacte, converti au socialisme, capable d'user de ses poings et de basculer dans la folie  meurtrière:

"ses poings se fermaient, ses yeux s'allumaient d'un fureur homicide, l'ivresse se tournait chez lui en un besoin de tuer" Et quand le fluet Renaud-Lantier rosse la brute Chaval, le sourire vous vient aux lèvres. 

Zola fait d' Etienne, l'ouvrier,  un meneur qui sait haranguer et galvaniser les foules: 

"Il n'avait pas l'abondance facile et  coulante…Les mots lui manquaient souvent, il  devait torturer sa phrase, et en sortait par un effort qu'il appuyait d'un coup d'épaule. Seulement à ces heurts continuels, il rencontrait des images d'un énergie familière qui empoignaient son auditoire…Tous le disaient , il n'était pas grand, mais il se faisait écouter".   

Renaud n'a malheureusement rien d'un orateur pouvant captiver les foules, et la scène du vote de la grève n'a rien à voir avec le lyrisme du roman. Les autres acteurs sont au diapason, Miou Miou (la Maheude) montre toutes ses limites dans le domaine tragique, Jean Carmet est déguisé en Bonnemort et récite paresseusement son texte, Milo ( Chaval) grogne, menace et  vocifère. Gérad Depardieu (Maheu)  et  Judith Henry (Catherine) arrivent à tirer leur épingle du jeu.

Allez…je reprends le livre de Zola  en écoutant un CD de Renaud.

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 Renaud parle de son expérience. (Propos recueillis à la sortie du film.)

"Pendant des années, on m'a proposé des rôles, mais rien qui m'ait donné envie de lâcher la proie pour l'ombre et de renoncer à la chanson (…) Et un jour, Germinal. Alors là, Germinal, tu peux pas refuser. Parce que c'était Berri, c’était Zola, la mine et parce que c'était Lantier....Mais c'est aussi et surtout une manière de rendre hommage à mon grand-père mineur."

J'ai dit «oui» mais j'ai eu peur sans cesse. Je m'identifiais entièrement à cet Etienne Lantier mais je ne me sentais pas les qualités nécessaires pour exprimer ses sentiments devant une caméra. Sur le tournage, j'étais terrorisé. Berri était très autoritaire, et je le comprends, vu l'ampleur de son projet. L'ambiance était parfois tendue et moi, pas très à l'aise pour jouer sereinement la comédie. 

Renaud a même ajouté que le tournage: "avait été abominable, que j'avais beaucoup souffert d'avoir été surdirigé, que j'avais eu l'impression de n'être qu'un pantin. J'ai été un peu excessif".


Extrait Germinal