69366672_pEnigme N° 22. Il s'agissait de trouver La chevauchée fantastique de Ford, transposition dans l'ouest américan d'une nouvelle de Maupassant, Boule de suif. Les gagnants du Scalp Chiricahua sont: Aifelle, Eeguab, Keisha, Jeneen, Somaja, Nanou, Lystig...et Maggie (uniquement la nouvelle)...merci à Dominique.



John Ford . La chevauchée fantastique. Stagecoach. 1939.

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 "Je m'appelle John Ford et je fais des westerns" aimait déclarer le cinéaste. Cependant  en 1939 au moment de la réalisation de La chevauchée fantastique, Ford n'est pas un réalisateur cantonné dans ce seul registre. Il a déjà signé des oeuvres majeures qui n'ont rien à voir avec la conquête de l'Ouest : La patrouille perdue (1934) et surtout Le mouchard (1935), qui remporta 4 oscars à Hollywood, réalisation, scénario, musique et le prix d'interprétation pour Victor Mac Langlen, un des acteurs fétiches du metteur en scène. 

Dudley Nichols signe le scénario de La chevauchée fantastique d'après une nouvelle, Stage to Lordsburg, d'un très bon auteur de "western stores", Ernest Haycox. Nichols et Ford ont toujours affirmé qu'ils n'avaient jamais lu Boule de suif  de Maupassant, ce qui n'était certainement pas le cas de Haycox. La transposition de la nouvelle de l'écrivain français dans l'ouest américain n'a pas échappé aux critiques, et un tâcheron du cinéma Budd Schulberg, jaloux du succès de Ford, fait dire à un de ses personnages: "Je connais un type qui s'est fait quelques sacs avec une histoire qu'il a trouvé dans Maupassant, l'autre jour. Et tout ce que ça lui a coûté, ç'a été de changer le véhicule et de décrocher la carriole française pour la remplacer ". La campagne normande enneigée et glacée de Boule de Suif, sans âme qui vive, est remplacée par les sables et la poussière du désert, par une chaleur caniculaire. Comme dans Maupassant, Ford nous montre une nature magnifique mais qui s'avère un milieu hostile aux protagonistes de l'histoire. Les envahisseurs prussiens quittent leurs uniformes chamarrés et sont remplacés par des apaches sur le pied de guerre, conduit  par Géronimo. 

Pour Maupassant la patache réunissait des représentants de la société normande qu'il détestait : des notables bien pensants, avec comme seule valeur le pouvoir et l'argent, deux religieuses en cornette représentantes de l'église catholique toute puissante. Tous ces nantis doivent voyager avec des personnes qu'ils jugent indésirables le républicain Cornudet et surtout Boule de Suif la prostituée. Dans la diligence de l'Overland Line, Ford met en scène des membres de  la société de l'ouest américain des années 1880. La prostituée ne se nomme pas Boule de Suif mais Dallas. Autour d'elle se trouvent des gens de bonne éducation : un banquier qui s'avère être un escroc, une femme enceinte épouse d'un officier de l'armée et un ancien cadre de l'armée sudiste devenu joueur professionnel. Ces personnages affichent un mépris pour leurs autres compagnons de voyage. Le brave docteur alcoolique lorgne de très près les échantillons de whisky, d'un représentant en alcool. Le shérif a lui un oeil sur Ringo, son prisonnier, jeune et beau hors la loi qui cherche à venger son père assassiné par des malfaiteurs.

Pendant le trajet, les menaces qui pèsent sur le groupe révèlent la réelle personnalité de chacun. Chez Maupassant, les méprisables bourgeois poussent Boule de Suif dans le lit d'un officier Prussien. Chez Ford, comme toujours, les personnages, les plus courageux et les plus altruistes sont issus des classes les plus modestes. Le réalisateur aime dresser le portrait des exclus : Dallas, la prostituée ou Ringo, le hors la loi au grand coeur, des marqués par la vie : Doc a côtoyé l'horreur des champs de bataille, des gens simples : Peacock le timide placier en whisky. Lorsque Madame Mallory, l'épouse du militaire, accouche de son enfant -, tous les personnages révèlent leur véritable caractère, leur valeur intérieure. La naissance de l'enfant c'est aussi la vision optimiste sur la vie de John Ford, la mort  nous guette mais les enfants doivent vivre, ils sont l'espoir. Une idée souvent développée chez le réalisateur, comme dans Le Fils du désert.

Pour la première fois Ford installe sa caméra dans le cadre Monument Valley qu'il va rendre légendaire. Le paysage devient personnage, les indiens se fondent dans le décor désertique, et le danger plane derrière chaque rocher, chaque tourbillon de poussière. La diligence parait bien frêle ballotée dans l'immensité des lieux splendides et sauvages. Les relais de poste ne sont que des lieux de repos bien fragiles. 

Le film est un parfait équilibre entre des scènes d'action et des moments de pause où l'étude psychologique prend le pas dans un calme apparent. On a souvent dit que John Ford était un cinéaste du plan fixe, mais dans le film on peut trouver les plus beaux travellings de l'histoire du cinéma. A la fin du film, La caméra  accompagne dans un long travelling Dallas et Ringo dans leur descente d'une rue. La musique se fait dissonante, les cris sortent des beuglants. Ringo, le cow boy naïf, découvre le vrai métier de Dallas. 

Ford est persuadé que la technique est au service du récit et non l'inverse. Il est un merveilleux monteur, la séquence de l'attaque de la diligence par les indiens est à analyser dans toutes les écoles de cinéma.

5877_1-StagecoachFord est aussi un grand directeur d'acteurs. Claire Trévor (Dallas) trouve là un de ses meilleurs rôles au côté de John Wayne (Ringo) jusqu'alors acteur de série B. A leur côté on remarquera la superbe prestation de John Carradine en ex-officier de l'armée sudiste et de Thomas Mitchell en médecin accolique et humaniste.

La chevauchée fantastique est certainement l'un des plus beaux westerns jamais réalisé. Merci Monsieur Ford, vous me faîtes rêver depuis plus de 50 ans.


 


Géronimo.(1829-1909).

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Géronimo, de son vrai nom Go-Khla-Yeh, est un apache Chiricahua, un Shaman. En 1858, sa mère, sa femme et ses trois enfants sont massacrés par les troupes mexicaines. Il commence alors une guerre de représailles. En septembre 1859, le jour de la Saint Jérome, il extermine des soldats mexicains qui invoquent au moment de mourir Santo "Jeronimo" . Après sa victoire Go-Khla-Yeh se fait appeler Geronimo. L'année suivante, après  l'assassinat des compagnons du chef Cochise, il prend les armes contre les Etats unis. La lutte va durer dix ans jusqu'au moment où Cochise signe un accord de paix qui garantit une réserve en territoire Apache mais les américains ne tiennent pas parole et déportent les indiens dans la réserve aride de San Carlos en 1876. Geronimo et quelques compagnons refusent et se réfugient dans les montagnes d'où ils mènent des raids et vivent de pillages. Arrêté à plusieurs reprises, Geronimo n'a jamais accepté de rester à San Carlos d'où il s'est échappé à plusieurs reprises, lançant des violentes attaques contre les colons blancs. En 1886, il se rend aux troupes de l'armée américaine, il est déporté en Floride avant d'être transféré dans l'Oklahoma. Il devient agriculteur, se convertit au catholicisme. Les touristes viennent lui acheter des arcs qu'il fabrique, le prendre en photo. Il s'exhibe dans des foires.

L'Overland Mail.

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La conquête de l'ouest n'a pu se faire que par le développement d'un réseau de transports. Avant l'installation du télégraphe et la construction des voies ferrées transcontinentales, le transport du courrier et des voyageurs était effectué par des diligences qui appartenaient à de grandes compagnies. Dans le film, les voyageurs utilisent la Overland Mail, qui partait de Saint Louis pour gagner la Californie en 25 jours  en traversant le Texas jusqu'à El Paso au Nouveau Mexique avant de suivre la frontière du Mexique pour atteindre Los Angeles et San Francisco. La moyenne horaire était d'environ huit kilomètres/heure, et les relais distants de 10 miles, soit à peu près 16 kilomètres. Chaque voyageur ne pouvait emporter qu'un bagage léger, car la priorité était accordé au courrier. 

 John Ford et John Wayne.

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Si John Wayne est devenu une star hollywoodienne il le doit essentiellement à Ford. Lors du tournage de Stage coach, Ford se montra tyrannique, il critiquait chaque geste de l'acteur, sa manière de marcher, se moquait de sa manière de parler…. Wayne a d'ailleurs déclaré : "Je l'aurai tué"… mais ses envies de meurtre se sont vite estompées. A partir de ce film est née une amitié sans faille entre les deux hommes qui  a duré jusqu'à la mort de Ford. Parmi quelques titres de films qu'ils ont tourné ensemble, citons : Le massacre de Fort Apache, La charge héroïque, La prisonnière du désert (un pur chef d'oeuvre), l'homme tranquille….