Lord Jim. Richard Brooks. 1964.

lord_jim,1Lord Jim est une adaptation d'un roman de Joseph Conrad, par Richard Brooks qui a réalisé la mise en scène du film. Jim, jeune officier de marine, est engagé comme second sur un vieux cargo le Patna chargé de convoyer 800 pèlerins à La Mecque. Dans le brouillard le rafiot heurte une épave et prend l'eau alors que la tempête se déchaîne. Jim fuit le navire avec les membres de l'équipage abandonnant les passagers à leur destin. Mais le bateau ne coule pas. Jim est le seul à se présenter au procès des membres de l'équipage. Jim est alors radié de la marine britannique. Poursuivi à jamais par le scandale, il erre de port en port, accepte n'importe quel travail pour survivre.

En Malaisie, Jim trouve une chance de prouver son courage. Un riche négociant, lui propose d'amener des armes à la population du Patusan soumise à la tyrannie d'un cupide "Général". Jim va s'affirmer comme un habile stratège, un courageux combattant et devenir le héros de la population locale. Mais lorsque des brigands tentent de s'emparer du trésor du village, Jim prend des décisions qui l'amènent à sa chute.

Lord Jim est le type même du roman difficile à adapter, comme l'a précisé Brooks: 

Lord Jim est presque uniquement composé de retours en arrière. C’est grâce aux souvenirs d’un personnage, Marlow, que nous prenons connaissance des faits. C’est une succession de récits imbriqués dans le récit principal et parfois il est difficile de savoir qui raconte I'histoire. Comme Dostoïevski, Conrad utilise le narrateur pour présenter et expliquer le personnage de Jim. Jim, par lui - même, est extrêmement flou, fuyant. Ce fut un très délicat problème d’en faire un héros cinématographique sans altérer le sens de l’oeuvre. En fait, le véritable problème de l’adaptation c’est que nous avons affaire à des moyens d’expression radicalement différents dans leurs structures. Le roman, tel que le conçoivent Conrad, Henry James ou Dostoïevski, est toujours affaire de mots. Au cinéma, le stimulus, c’est l’image. 

Brooks a choisi de raconter l'histoire de Jim en choisissant la forme d'un récit linéaire. Précédé d'un prologue, l'histoire se construit en trois grandes unités, trois actes: le Patna et la naissance du remords, le secours des populations du Patusan ou la recherche de la rédemption, la chute et la mort. 

Dans le prologue, La formation de Jim brillant élève de l'école de marine est racontée en voix off par le commandant Marlow sous formes d'images en flash backs. Jim nous est présenté comme un excellent élève, courageux, qui rêve de gloire et d'honneurs.

 Avec l'engagement de  Jim  sur le "Patna" , Brooks devient le narrateur du récit. En abandonnant le navire et les pèlerins, Jim trahit  ses rêves de gloire se sent coupable de lâcheté il est gagné et rongé par le remords. En mettant sa vie en péril au service de populations asservies, Jim tente de se libérer du poids de sa culpabilité, il souhaite se libérer des chaînes de son propre esclavage. Dans le dernier acte, Jim accepte de mourir pour avoir pris des décisions qui ont amené la mort du fils du village, alors qu'il pouvait partir. Comment interpréter cette attitude, ce suicide? L'interprétation la plus simple est que Jim ne veut pas simplement revivre une nouvelle fois une fuite devant le danger, mais la situation est totalement différente de l'épisode du Patna, son départ n'aurait jamais été interprété comme un acte de lâcheté. Jim pêche surtout par orgueil, en se donnant une brillante mort en public, il se crée une image glorieuse, celle de Lord Jim. Ses rêves deviennent réalité.

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Brooks réalise un grand film d'aventure, le scènes de la tempête et des combats sont splendidement réglées. Brooks n'a pas été entièrement satisfait par le jeu de Peter O' Toole qui, à ses yeux, manquait parfois de nuances et ne rendait pas assez la complexité du personnage. Les seconds rôles sont tous tenus par des acteurs de talent: Curd Jurgens, Jack Hawkins, Paul Lukas…avec une mention particulière pour le toujours excellent James Mason , qui éclipse Peter O'Toole dans la dernière partie du film.

Un très bon film.