Pigeon frileux dans Manhattan

Les yeux un peu tristes, mal cachés sous tes verres 

D'écail,

Tu balades ton cafard

De galeries d'art moderne en cinés de quartier.

 

Anti-héros d'une autre Amérique

Tu ne ressembles à personne.

Trente-neuvième rue, d'un club s'échappent

Les plaintes de ta clarinette.

Je reconnais quelque vieil air de jazz

"Stardust memories" de Louis Amstrong.

 

Toi l'intello, adulé, mécompris

Tu te cherches encore

Malheureux comme Zelig, coincé comme Danny Rose.

Mais tu sais comme Bergman peindre les intérieurs

Et nous émouvoir d'une rose pourpre

Comme Chaplin d'un bouquet de violettes

 

Un soirde mai on se verra, c'est sûr

Cinquième avenue

J'aurai rencontré l'après midi Annie Hall pour la 

Huitième fois:

Tu sortiras de ta psychanalyse

Comme tous les jeudis depuis vingt-trois ans.

 

Moi, Woody, j'aime le fragiles, les incertains

Et à vingt-quatre images de là

On boira un lait fraise chez Joey's

En disant du bien de Bogie, de Lubitsch et du Septième

Sceau,

Mais des autres on ne dira rien.

                              Claude Baugée. Le spectateur triste.

woody-allen