GibierElevageAlors que la seconde guerre mondiale est en train de s'achever, un avion miltaire américain s'écrase dans une région montagneuse isolée du Japon. Les habitants d'un petit village capturent le survivant, un noir de grande taille, et l'enferment dans une cave. Mais quel sort réserver au prisonnier? les autorités civiles et militaires de la ville voisine sont incapables de fournir une réponse. Pour les adultes, l'étranger devient  une bouche à nourrir et laissent aux  enfants le soin de surveiller et de s'occuper  du Noir.

Le narrateur est un de ses enfants chargés du prisonnier. Dès le début du récit, il est chargé de lui apporter sa nourriture et il va peu à peu dépasser sa peur et sa méfiance, Il prend  même la décision de le libérer l'américain de ses chaînes, qui ainsi devient libre de ses mouvements dans le village. Le Noir est décrit comme une bête immense, attirante et inquiétante. Son odeur est repoussante, ses " bras incroyablement longs", ses mains semblables à des "pattes" "aux phalanges hérissés de poils raides" . Le comportement du prisonnier s'assimile  souvent à celui d'un animal. Lors de son premier repas le prisonnier "flairait " le lait de chèvre avant de l'engloutir avidement "la gorge du noir gougloutait comme un tuyau de vidange" et le lait débordait "dévalait le long du cou, mouillait la chemise ouverte, coulait sur la poitrine, s'immobilisait sur la peau gluante…et le noir avalait le poisson séché "broyé avec les arêtes et tout, par les mâchoires aux dents éblouissantes."  Lors d'une baignade, les enfants du village amènent au noir excité une vieille chèvre: "il sauta hors du bassin et entreprit de besogner la chèvre effarée et bêlante". Parfois "il rugissait".

L'enfant croit pouvoir se faire un ami de l'étranger, mais l'arrivée de l'américain signifie l'irruption de la guerre, de la violence dans le village: "cette interminable et sanglante bataille aux dimensions gigantesques, allait sûrement se prolonger encore. Cette espèce de raz de marée qui, dans les pays lointains, emportait les troupeaux de moutons et ravageait les gazons fraîchement tondus, cette guerre là, qui eût jamais pensé qu'elle dû parvenir jusqu'à notre village." Et l'enfant devient tristement un adulte. Gibier d'élevage est un conte cruel, dérangeant et prenant.

Pour Gibier d'élevage, Kenzaburo Ôé a reçu le prix Akutagawa ( l'équivalent de notre prix Goncourt ) en  1958.