couv-621-3Einar reporter du journal du soir a été muté dans la petite ville de Akureyri dans le nord de l'Islande par son nouveau rédacteur en chef en compagnie d'un collègue qu'il n'apprécie pas et d'une photographe charmante mais intéressée uniquement par les personnes de son sexe. Dans l'agence, loin de Reyjavick et de sa fille Gunna, Einar qui a décidé de ne plus toucher à un verre d'alcool  s'ennuie mortellement. Il déteste rédiger  le compte-rendu des réunions électorales, meubler la rubrique de chiens écrasés, poser des questions stupides à des badauds dans la rue pour  la rubrique hebdomadaire: de  la Question du jour. Sa seule distraction réside dans ses tête à tête avec Snaelda peu bavarde et à la personnalité surprenante (à vous de la découvrir).

Mais Einar va sortir de sinistrose en enquêtant sur la mort déclarée accidentelle d'une femme. La mère de celle-ci est persuadée que son gendre l'a tué :

"Oui, c'était bien un meurtre. Un meurtre commis du sang le plus froid qui puisse couler dans les veines de quelqu'un" . Peu de temps un brillant étudiant Skarphedinn, passionné par l'étude des traditions islandaises, disparaît et son cadavre calciné est retrouvé dans une décharge. Les deux affaires semblent n'avoir aucun lien entre-elles.

Le livre suit le rythme de l'enquête et de ses difficultés. Einar, en bon reporter,  cherche à reconstituer le puzzle des événements en cernant la personnalité des protagonistes en remontant dans le passé. Dans ses recherches le journaliste dévoile un certain nombre de maux dont souffre la société islandaise. Des sites magnifiques sont massacrée par des capitalistes à la recherche du profit immédiat. L'industrialisation s'accompagne de l'essor d'une immigration venue de pays proches Polonais, Pays Baltes…mais aussi de toute l'Europe et même d'Asie. L'immigration déclenche chez de nombreux islandais, qui voient s'effriter leur culture, un sentiment de rejet et de racisme déclaré. La drogue, en particulier dans la jeunesse, est devenue un véritable fléau au même titre que l'alcool. Et les actes de  violence se multiplient même dans des bourgades autrefois bien calmes.

La force du livre est de dresser un tableau sans complaisance des difficultés sociales de l'Islande actuelle sans dogmatisme. L'intrigue  policière n'est jamais délaissée et l'humour traverse tout le livre. Einar analyse en permanence les situations avec dérision et auto-dérision. Ainsi par exemple quand  il présente les rapports qu'il entretient avec sa hiérarchie:

"Je m'interroge ensuite sur mon invariable propension à me quereller avec les rédacteurs en chef (…) Est-ce que je pense être meilleur et plus calé que n'importe quel rédacteur en chef en termes de rédaction ? Alors même que je me dérobe quand on m'offre le poste? Et oui, c'est possible que tout soit possible! Je ne voudrais vraiment pas m'avoir comme subalterne."

Thorarinsson signe avec "Le temps de la sorcière"  un excellent livre noir.