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Les prix Rialto du jour sont: Eeguab, Keisha, Miriam, Gwenaelle, Pierrot Bâton, Somaja, Maggie et Dasola.

L'adaptation  de Michael Radford est très fidèle au texte de Shakespeare écrit entre 1596 et 1598. Le "marchand de Venise" se nomme Antonio, armateur, il emprunte à l'usurier juif Shylock une coquette somme pour rendre service à son jeune ami Bassanio qui a besoin de cet argent pour courtiser la princesse Portia.  Antonio accepte de signer une clause au contrat qui le lie avec son créancier : en cas de non remboursement de la somme dans un délai de trois mois, Shylock pourra lui prélever une livre de chair. Et lorsqu'on apprend que la flotte du marchand a été détruite, Shylock exige lors d'un procès le paiement de la dette, l'application de la clause du contrat.

Depuis sa création, cette pièce de Shakespeare a suscité et continue de soulever  de nombreuses interprétations. Pour certains, Le marchand de Venise révèle les préjugés antisémites de l'époque et de son auteur: Shylock n'est qu'un médiocre usurier qui cherche à se venger abominablement des humiliations qu' Antonio lui a fait subir. Cependant bon nombre de scènes montrent que les juifs sont des parias, des victimes permanentes de la haine des catholiques. Et Shakespeare par la voix de Shylock peut apparaître comme le porte-parole d'une communauté méprisée, molestée, brimée.

 

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 "Un Juif n'a-t-il pas des yeux ? Un Juif n'a-t-il pas des mains, des organes,des dimensions, des sens, de l'affection, de la passion ; nourri avecla même nourriture, blessé par les mêmes armes, exposéaux mêmes maladies, soigné de la même façon,dans la chaleur et le froid du même hiver et du même étéque les Chrétiens ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez,ne mourrons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous pas? »

La mise en scène de Michael Redford montre bien la complexité et l'ambiguïté du texte servi par une éclatante distribution. Al Pacino, est un remarquable Shylock, personnage terrible et détestable dans sa soif de vengeance mais aussi un être humilié qui souffre dans sa chair et qui finira ruiné, seul et rejeté par tous. Face à lu,  l'élégant et distingué Jeremy Irons  est Antonio, ce marchand qui peut apparaître comme la victime de l'usurier. Mais intelligemment, Radford montre aussi les contradictions du personnage, ce bon chrétien généreux, vertueux  en apparence crache sur les juifs, les méprise mais n'hésite pas à faire appel à leurs services en cas de besoin, et ce catholique a du mal à cacher ses penchants homosexuels pour son jeune et beau protégé. Joseph Fiennes (Bassanio) et Lynn Collins (Portia) complètent avec talent le casting. Mais la grande vedette du film, c'est peut être Venise: sa lagune, ses canaux, ses palais…qui offre son magnifique cadre naturel . Michael Radford fait du Marchand de Venise un plaisir visuel, jouant sur les décors somptueux,  les lumières, sur la richesse des costumes. 

Une très bonne adaptation.