Adaptation:  fidélité et trahison.

c-Mairie-de-Villeneuve-lez-Avignon

Lors du festival du polar de Villeneuve était organisé un débat sur les rapports entre la littérature et le cinéma. Un des points qui fut soulevé fut la question classique de la  trahison des romanciers par le septième art. Il ne viendrait à l'idée de personne de poser la question de savoir si Prokofiev a trahi Shakespeare en signant la musique du ballet de  Roméo et Juliette ou si Bizet a  assassiné Carmen de Mérimée. Combien d'opéras sont considérés comme des chefs d'oeuvre, alors que leurs livrets médiocres ont été adaptés de grandes  d'oeuvres littéraires.  Que reste-il de l' Ophélia de Shakespeare dans le   tableau de Millais ou dans le poème de Rimbaud ? Une des raisons, à mes yeux, qui explique ce procès de trahison faite aux adaptations de romans à l'écran vient du jugement d'une partie du public qui considére encore le  cinéma  comme un simple divertissement  et non un art à part entière. Ce qui a le don de me hérisser le poil. Personnellement je ne hiérarchise pas les formes artistiques. Le cinéma, la littérature, la peinture, la musique….sont des  arts différents  aucun n'étant supérieur à l'autre. Je peux préférer un film au livre dont il est tiré, ou le contraire. Des très mauvais livres ont été à l'origine de chefs d'oeuvre du septième art (il suffit de prendre la filmographie d'Hitchcock pour s'en rendre compte) et de grands livres ont donné lieu à des navets à l'écran. François Guérif, écrivain et éditeur, raconte l'histoire de James Cain à qui on posait cette question de la trahison d'un de ses romans, l'auteur répondait d'une manière faussement naïve ne pas comprendre le sens de cette interrogation, en effet son ouvrage était resté le même dans sa bibliothèque avant et après son adaptation au cinéma et qu'il suffisait de le lire pour s'en rendre compte. Régulièrement des écrivains clament haut et fort qu'ils ont été trahis, mais ils ne refusent pas d'encaisser le chèque que leur rapporte les droits d'adaptation à l'écran. Sans compter que toute transposition cinématographique  s'accompagne du gonflement des ventes de l'ensemble des ouvrages de l'écrivain. Matz , écrivain et auteur de BD, avec humour a décidé de faire sienne la splendide formule de Donald Westlake: "Si on adapte un de tes livres, prends l'oseille et tire toi".