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Il fallait avoir du nez ce samedi pour trouver la solution à l'énigme 64. Les vainqueurs du jour sont :  Dasola,  Eeguab, Keisha, Marie Josée, Pierrot Bâton, Ta  loi du ciné, Thérèse ... Merci à tous!

Le film présenté lors du festival de Cannes de 1990 obtint un très grand succès critique et public, en France mais aussi à l'étranger. Jean Paul Rappeneau et Jean Claude Carrière ont adapté habilement le texte de Edmond Rostand, n'hésitant pas à couper dans le texte original et à écrire de nouveaux dialogues en alexandrins. Ce brillant travail s'est effectué dans l'esprit de l'oeuvre originale qui garde toute sa force et sa puissance romantique. Les scénaristes ont fait de la pièce un véritable film, le cinéma a sorti Cyrano hors des murs d'un théâtre. La caméra donne une ampleur au texte grâce à l'intelligente mise en scène discrète, méticuleuse de Rappeneau et la beauté des images signées par Pierre Lhomme. La réussite du film repose aussi sur la qualité de l'interprétation de Cyrano, un personnage truculent et  tragique. Le bretteur toujours prêt à dégainer sa lame est aussi un poète qui souffre d'un amour qui le ronge. Gérard Depardieu nous fait sentir toute la richesse, la complexité de Cyrano, toutes ses souffrances. Depardieu avouera que ce rôle fut l'un des plus difficiles à interpréter dans toute sa carrière d'acteur, car chaque vers, chaque mot devait être senti et ressenti car toute la richesse du texte surgit dans de minimes variations d'intonation. Rappeneau a pu réunir autour de Depardieu une brillante distribution: Anne Brochet (Roxane), Jacques Weber (de Guiche) Vincent Perez (Christian). 

Le film a été largement récompensé aussi bien à l'étranger qu'en France (Dix Césars en 1991 dont celui du meilleur film). A titre personnel, Depardieu obtint la Palme d'or au festival de Cannes et 

 le César du meilleur acteur et fut nominé pour  un Oscar à Hollywood. 

Un film devenu un classique.

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"Le nez de Cyrano." Acte I, extrait.

Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme ! 

On pouvait dire... Oh ! Dieu !... bien des choses en somme... 

En variant le ton, -par exemple, tenez: 

Agressif : "Moi, monsieur, si j'avais un tel nez, 

Il faudrait sur-le-champs que je me l'amputasse !" 

Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse 

Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap !" 

Descriptif : "C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap ! 

Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule !" 

Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule ? 

D'écritoire, monsieur, ou de boîtes à ciseaux ?" 

Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux 

Que paternellement vous vous préoccupâtes 

De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?" 

Truculent : "Ca, monsieur, lorsque vous pétunez, 

La vapeur du tabac vous sort-elle du nez 

Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ?" 

Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée 

Par ce poids, de tomber en avant sur le sol !" 

Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol 

De peur que sa couleur au soleil ne se fane !" 

Pédant : "L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane 

Appelle Hippocampelephantocamélos 

Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os !" 

Cavalier : "Quoi, l'ami, ce croc est à la mode ? 

Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très commode !" 

Emphatique : "Aucun vent ne peut, nez magistral, 

T'enrhumer tout entier, excepté le mistral !" 

Dramatique : "C'est la Mer Rouge quand il saigne !" 

Admiratif : "Pour un parfumeur, quelle enseigne !" 

Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ?" 

Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on ?" 

Respectueux : "Souffrez, monsieur, qu'on vous salue, 

C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue !" 

Campagnard : "Hé, ardé ! C'est-y un nez ? Nanain ! 

C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain !" 

Militaire : "Pointez contre cavalerie !" 

Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ? 

Assurément, monsieur, ce sera le gros lot !" 

Enfin parodiant Pyrame en un sanglot: 

" Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître 

A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître !" 

- Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit 

Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit : 

Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres, 

Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres 

Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot ! 

Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut 

Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries, 

Me servir toutes ces folles plaisanteries, 

Que vous n'en eussiez pas articulé le quart 

De la moitié du commencement d'une, car 

Je me les sers moi-même, avec assez de verve, 

Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.