images

Le prix "Big Sleep" est accordé à: Aifelle, Keisha, Eeguab, Dasola, Pierrot Bâton, Asphodèle.

En 1944, Howards Hawks après le succès du Port de l'angoisse décide de réunir à nouveau le couple Lauren Bacall-Humphrey Bogart dans une adaptation du livre de Raymond Chandler : Le grand sommeil (The big sleep).

 

 

Synopsis très très simplifié....et brumeux :

 A Los Angeles, le privé Philip Marlowe est engagé par un général à la retraite (ex alcoolique qui boit par procuration)  pour enquêter sur un sombre individu Geiger qui fait chanter sa fille cadette Carmen, un peu nymphomane et très alcoolique. Marlowe retrouve le maître chanteur sans vie, son cadavre disparaît aussitôt après. La soeur aînée de Carmen (un peu alcoolique et très nymphomane),Vivian (très sexy) est liée à des truands. Elle souhaite que Marlowe abandonne l'enquête (nota : Marlowe tombe amoureux de Vivian).  Bientôt le général (rappel: celui qui a engagé Marlowe), les flics, le procureur (nota: toutes les autorités policières et judiciaires de Los Angeles) le poussent aussi à se dessaisir du dossier. Mais l'intègre Marlowe continue ses investigations contre vent et marée. Il découvre un deuxième maître chanteur, Eddie Mars, beaucoup plus dangereux que le premier. Marlowe attire Mars dans la maison de Geiger (rappel: premier maître chanteur dont le corps a disparu), et habilement le fait tuer par ses propres hommes de main. Happy end: Carmen va entrer en clinique pour soigner ses problèmes (rappel: elle est très nymphomane et très alcoolique) et l'avenir s'annonce radieux pour Vivian et Philip.

Si  vous n'avez rien compris au résumé, cela n'est pas bien grave, parce que Hawks et Chandler  en étaient au même point que vous! D'ailleurs pendant le tournage Hawks  a télégraphié à Chandler pour lui demander :

Qui a tué Untel? 

Chandler lui répond avec assurance :

- Georges.

Nouvel échange télégraphique, Hawks fait remarquer à Chandler que Georges a un alibi. Chandler conclut :

 Dans ce cas, je ne sais pas non plus. (cf : Hawks par Hawks de J. Mac Bride. Editions Ramsay).

 Si vous ne vous êtes pas endormis à la lecture du résumé, un peu gueule de bois au petit matin d'une soirée très arrosée, c'est que vous êtes fait pour accepter  les codes du film noir, sinon dodo.

 

174219

Un classique du film noir

L'histoire complexe, confuse, correspond au style de Chandler qui beaucoup plus intéressé par le comportement de ses personnages dans une situation donnée que par l'intrigue. Le roman comme le film est constitué  comme une succession de scènes, sans suite logique toujours clairement apparente. L'intrigue adopte le point de vue de Marlowe, détective  privé, ni flic ni truand mais à la charnière des deux mondes. Le personnage n'est pas un être naïf, il peut être aussi violent que la société dans laquelle il évolue, mais sa violence réside plus dans son attitude sarcastique que dans ses actes. Le film et le roman noir font une grande place au décor urbain et nocturne, la nuit révèle le côté obscur, caché, pourri de la société. Sans femme fatale, le film noir ne serait pas! Adam ne peut exister sans Eve, le Paradis sans l'enfer. Marlowe accepte la pomme tendue par Vivian, il faut toujours goûter au fruit défendu.

 

Le talent de Hawks

Le talent de Hawks  et de ses scénaristes, Brackett et Faulkner, est d'avoir su rendre l'atmosphère du roman. Les dialogues servent l'esprit de Chandler. Dans les scènes entre Marlowe et Vivian ou celle entre Marlowe et la libraire, les joutes verbales à double sens transgressent la rigide censure morale de l'époque.

La postérité du film repose sur le choix du couple Lauren Bacall et Humphrey Bogart, aussi complices à l'écran que dans la ville.  Bogart  n'a pas le physique de Marlowe mais il transmet sa personnalité : son indépendance, sa violence intérieure, son regard ironique sur les individus et la société.

 

Un chef d'oeuvre à lire et à relire, à voir et à revoir jusqu'au grand sommeil.