couv-traduc-edith-ochs

Le roman est inspiré d'une histoire vraie, celle de Philippe Halsman, âgé de 22 ans, qui fut accusé d'avoir assassiné son père en 1928 lors d'une excursion au Tyrol Autrichien. Son procès fut une parodie de justice. L'enquête policière était bâclée, elle n'explora pas les pistes évidentes d'un crime crapuleux.  Aucune preuve à charge tangible ne put être fournie par l'accusation, le  seul argument soulevé  par le tribunal était  l'origine juive d'Halsman , la race  juive étant criminelle par nature. Le procès  et la condamnation du jeune homme  eut un retentissement  international. De nombreux intellectuels participèrent à travers l'Europe à un mouvement  demandant la libération d'Halsman, qui fut considéré comme un nouveau Dreyfus. Parmi les soutiens les plus célèbres à sa cause le jeune homme put compter sur Einstein, Freud, Thomas Mann ou Paul Painlevé (ministre de l'Air dans le gouvernement français). En 1931,  l'Autriche sous la pression internationale acceptât de grâcier Halsman qui fut cependant interdit de séjour dans le pays. Halsman se réfugia  d'abord à Paris, il abandonna l'idée de devenir ingénieur pour se consacrer à la photographie. Sa technique différente des autres artistes de l'époque, jouant sur les contrastes en noir et blanc, lui valurent rapidement une grande notoriété. Il signe des portraits de Gide, Malraux, Breton ou Dali. En 1940, n'ayant pu obtenir la nationalité française, il se réfugie aux Etats-Unis. Il ne tarde pas à  s'imposer comme un des plus grands photographes de l'après-guerre, ses clichés font  la Une des plus grands magazines américains.

042710_Philippe_Halsman_Jump_6

Halsman devient le photographe des stars. Audrey Hepburn, Marylin Monroe, Brigitte Bardot, Alfred Hitchcock, Woody Allen... acceptent de jouer les modèles. Halsman est le créateur d'un style de photographie resté comme sa marque de fabrique: la photojumping. Halsman prend le cliché de son sujet lors du saut de ses sujets.

 

 

 

"As-tu rêvé que tu volais?" n'est pas seulement un biographie, c'est  surtout l'oeuvre d' un grand écrivain à l'écriture simple et fluide. Ratner sait nous faire partager les épreuves du jeune Philippe Halsman,  ses souffrances physiques et morales.Les conditions de détention sont épouvantables. Du fait de l'absence d'hygiène, du froid et de l'humidité Halsman est atteint de tuberculose. Lors  de son incarcération, Halsman a tenté à de nombreuses reprises de se suicider. Sa condamnation provoque chez lui non seulement un désarroi une colère contre l'injustice mais aussi, d'une manière surprenante, un sentiment de culpabilité, une haine de soi. Halsman se sent faible, s'aigrit, se déteste. Lors de sa libération, Halsman doit réapprendre à vivre. Ratner nous montre qu'il est impossible de  sortir indemne d'une telle épreuve. Seuls le temps, l'amour et la photographie permettent d'effacer lentement cette blessure. 

Dès son premier roman, Austin Ratner s'affirme comme un écrivain de talent.

joel_halsman_1954

Halsman au travail avec Dali en 1954. Photographie de Joel Yale.