09 mai 2012

Etienne Davodeau. Les mauvaises gens.

Etienne Davodeau. Les mauvaises gens.

mauvaises_gensLes Mauvaises Gens est un hommage rendu par Etienne Davodeau à ses parents, Marie Josée et Maurice. C'est leur histoire que l'auteur  raconte sur une trentaine d'années. Enfants de milieu très modeste, ses parents  sont nés pendant la seconde guerre mondiale dans un petit village des Mauges, région dont le nom viendrait de la contraction de mauvaises gens. Dans les Mauges, pays vendéen, le  catholicisme est fortement ancré et la vie politique est dominée par la droite conservatrice.

A quatorze ans Marie-Josée doit quitter l'école et gagner l'usine de chaussures voisine. Maurice est placé comme apprenti et passe son CAP de mécanicien ajusteur. Ils militent tous deux à la JOC ( Jeunesse ouvrière Catholique), c'est dans ce cadre que Marie- Josée et Maurice se rencontrent.  Progressivement leur militantisme social bascule sur le terrain syndical, ils deviennent adhérents à la jeune CFDT et  participent aux premiers grands conflits syndicaux qui secouent la région. Ils voient se construire le Parti Socialiste et Maurice, devenu professeur du technique, sera même candidat sous l'étiquette PS à  une élection cantonale. A travers l'histoire de ses parents, Etienne Davodeau racontel' histoire de militants comme l'indique le sous titre de l'album. Il montre aussi l'évolution du monde catholique, partagé entre conservateurs et militants de progrès, entre patrons paternalistes- exploiteurs et militants pour une plus grande justice sociale.

MauvaisesGensLes_24082005Le lecteur assiste aux étapes de la création de ce roman graphique. Comme certains documentaires, Etienne Davodeau se met en scène en train d'interroger ses parents et leurs amis. Dans une scène, il montre que de longues  discussions ont été nécessaires pour obtenir l'aval de ses parents pour réaliser ce livre. Il n'hésite pas à montrer les points de désaccord qui existent entre lui et ses parents,sur la conception de la société. En particulier Marie Josée et Maurice les catholiques ont beaucoup de mal à accepter que leurs petits enfants ne soient pas baptisés. Mais  dans chaque page due livre transparaît l'amour et l'admiration de l'auteur pour ses parents, militants sincères droits et  honnêtes.

Le livre s'achève sur le portrait de François Mitterand vainqueur de l'élection présidentielle de 1981, premier président socialiste de la république. Mai 2012...

Un très beau roman graphique.

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02 mai 2012

Cyril Pedrosa. Trois ombres.

Cyril Pedrosa. Trois ombres.

imagesTout était simple et gai… Entouré par ses parents, Joaquim est un enfant heureux qui vit au creux des collines, à l'abri des tempêtes… jusqu'au jour où trois ombres surgissent près de la maison. Elles sont venues chercher l'enfant pour l'emporter vers un autre monde, un au-delà. Le père décide de sauver à tout prix l'existence de son fils, il cherche à échapper au destin. Il emmène Joaquim par delà les océans, il est prêt à sacrifier sa propre vie pour sauver l'enfant.

Dans ce magnifique conte fantastique, Pedrosa aborde un sujet grave et douloureux, celui de la mort d'un enfant, avec  intelligence et finesse, évitant toute forme mélodramatique. 


Tous les personnages sont touchants, Joaquim respire la vie, il pétille d'intelligence et finit par accepter son destin. Les parents luttent d'une manière désespérée contre l'irréparable. L'amour leur permet de lutter contre la douleur de la disparition de Joaquim, et la vie peut reprendre son cours .

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Pedrosa, dans ce roman graphique, laisse une très large place à des séquences où la parole est absente , l'image se suffit . Et quelle image! Les dessins réalisés en noir et blanc, au pinceau, à la plume, à l'encre traduisent les différences d'atmosphère, les sentiments des personnages. Quels contrastes entre les scènes de joie très claires, où les personnages virevoltent dans l'espace et la noirceur des scènes de tempête ou du combat épique et inutile menée par le père.  Ce conte, c'est l'histoire de la vie, faite d'instants d'insouciance et de bonheur, qui peuvent à tout moment être menacés. 

Un livre touchant, émouvant. Splendide.

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25 avril 2012

François Schuiten. La Douce.

La_DouceSchuiten signe avec la Douce son premier album sans la participation de son complice de toujours Benoit Peeters.

"La Douce" c'est le surnom donné par un Leo Van Bel mécanicien des chemins de fer à sa somptueuse locomotive à vapeur : l''Atlantic 12004, qu'il bichonne avec amour. Mais les locomotives diesels et électriques remplacent progressivement et inexorablement les machines à vapeur. Leo ne peut accepter de voir partir à la casse sa "Douce" et décide de tout mettre en oeuvre pour la sauver de la destruction.

A partir  de la réalité,  la transformation à la fin des années cinquante du mode  de traction ferroviaire,  Schuiten construit une histoire poétique qui glisse souvent vers le fantastique. A travers l'histoire du vieux Leo Van Bel et de la jeune Elya qui a croisé son chemin, Schuiten nous invite à réfléchir sur notre société. Les progrès technologiques ne doivent pas signifier la destruction d'un patrimoine culturel, et l'avenir ne doit pas se couper du passé.

preview_pageJ'ai été particulièrement sensible à cet album pour plusieurs raisons. Tout d'abord le scénario s'inscrit dans l'univers des BD créé en collaboration avec Peeters et  Schuiten confirme tous ses talents  extraordinaires de  dessinateur,  capable de créer des mondes fantastiques. D'autre part, je me suis replongé dans mon enfance. J'habitais un quartier , appelé le quartier du chemin de fer où la majorité des habitants travaillait à la SNCF. Des logements, un stade, un gymnase, une bibliothèque, un dispensaire… étaient dépendant de la société. Les seigneurs des lieux étaient, les "Roulants" le machino et son mécanicien, qui étaient admirés lorsqu'ils revenaient du dépôt, de la rotonde portant sur l'épaule leur "Caisse", leur boîte à outil. Lors de la traversée du quartier, chaque mécanicien avait une manière particulière de manier le sifflet de sa loco pour prévenir de son arrivée en gare. Nostalgie.

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Bande dessinée présentation de l'album original La Douce de François Schuiten. - Sujet par sujet - RTL Vidéos

 

Je vous invite à vous rendre sur le site, pour découvrir l'univers de la Douce.

http://www.12-ladouce.com/


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18 avril 2012

Léonard Chemineau, James Carlos Blake. Les amis de Pancho Villa.

Léonard Chemineau, James Carlos Blake. Les amis de Pancho Villa.

amis-pancho-villa-lart-en-bulles-44-nantesAvec Les Amis de Pancho Villa, Chemineau signe sa première BD adaptée d'un livre d'un auteur mexicain, spécialistes de romans noirs: James Carlos Blake. L'album est une chronique fidèle de l'histoire du révolutionnaire Francisco "Pancho Villa " de 1910 à sa mort en 1923.
Le récit est raconté par un personnage, Rodolfo Fierro , sorti de de prison après une condamnation pour meurtre. Nous sommes en 1910 et Le Mexique est alors plongé dans la guerre civile. Fierro rejoint les troupes de Pancho Villa dont il va devenir un des principaux lieutenants. Très vite il est surnommé "El Carnicero", le boucher. C'est un combattant courageux, brave, un tueur sans état d'âme. Son engagement du côté de la révolution n'a rien d'idéologique, il voit dans la situation chaotique du Mexique une aubaine:" La révolution nous a donné des armes, les meilleurs chevaux, des bottes, des vêtements et des chapeaux texans. A manger et à boire autant que nous voulions? Elle nous a fait voir du pays, elle nous a donné de l'or et des femmes…elle nous a donné la liberté". Si la révolution est née d'un souhait de délivrer la population de l'oppression, Pancho Villa et ses hommes sont devenus rapidement des brigands de grands chemin, ils trouvent leur plaisir dans le meurtre, le pillage. La guerre civile libère les plus bas instincts de l'être humain. Fiero comme bon nombre de ses compagnons ne souhaitent pas la fin des combats car le retour de l'ordre politique signifierait le retour de la loi.
Le problème posé par le scénario réside dans l'adaptation d'un roman de plus de trois cent pages en un album de 128 pages pour un public qui dans sa grande majorité n'a qu'une vague idée de l'histoire du Mexique au début du XX ème siècle. Les événements se succèdent sans que le lecteur en définisse clairement les enjeux. J'ai d'ailleurs après la lecture de la BD cherché à en savoir plus sur Villa et la révolution mexicaine en feuilletant des articles de Wikipédia. J'en conclus malheureusement que j'aurais dû les consulter avant de me lancer dans la lecture de l'album.
La mise en page de Chemineau est dynamique, le dessin rend parfaitement la , la violence d'une époque. Saluons le travail de colorisation réalisée par Scarlett Smulkowski et Sophie Dumas qui rend sensible la beauté et la chaleur des paysages mexicains.

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04 avril 2012

Will Eisner. Dropsie Avenue.

Dropsie-avenue-t01Dans ce magnifique roman graphique, Will Eisneir réalise la chronique de Dropsie Avenue, une rue du Bronx un des cinq quartiers de New York, à travers l'histoire de personnages hauts en couleur.

En 1870, le Bronx est encore un territoire agricole mis en culture par les colons hollandais. Puis la campagne va céder sa place à la ville. A travers le temps Anglais, Irlandais et Italiens vont se disputer le quartier d'une manière souvent violente. Les premiers occupants se considèrent intellectuellement supérieurs aux nouveaux immigrés. Quand arrivent les juifs chassés d'Europe par le nazisme, l'accueil des occupants du Bronx, toutes origines confondues, n'est guère enthousiaste. Avec l'arrivée des noirs et des latinos la paupérisation du Bronx s'accentue, et les tensions sociales s'aggravent. Quand un groupe ethnique devient majoritaire, il amène le départ d' une grande partie des populations installées antérieurement qui migrent vers de nouveaux quartiers. Le "melting pot" souvent si vanté par les américains  est comme nous le montre  Eisner en grande partie un leurre. 

Tous les grands événements de l'histoire des Etats unis ont bien sûr eu des répercussions sur la vie des habitants du Bronx. Les deux guerres mondiales ont ravivé des tensions entre communautés. La guerre de Corée et surtout celle  du Vietnam ont causé des traumatismes dans la population. Quartier populaire, le Bronx a toujours été  un lieu de trafic privilégié: dans les  années 20 les bootleggers tiennent le haut du pavé, soixante ans plus tard le trafic de la  drogue a remplacé celui de l'alcool. La police est impuissante.

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Le paysage urbain évolue au cours des temps car le Bronx est en perpétuelle métamorphose: les maisons disparaissent, cèdent la place à des immeubles qui eux aussi font place à d'autres constructions. La ville américaine est comme le cycle de la vie, en perpétuelle mutation, elle voit le jour, grandit, meurt,et renaît.  

Will Eisner réalise un ouvrage foisonnant aux tonalités multiples: comiques, dramatiques ou tragiques, l'amour côtoie la haine. Eisner est un observateur sans complaisance, sans jugement, de l'âme humaine. Quel plaisir de parcourir les 170 pages de l'ouvrage,  au  dessin soigné à l'admirable mise en page. Un grand roman graphique.

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21 mars 2012

Will Eisner. New York Trilogie. BD

9782756009513FSWill Eisner . New York. Trilogie.

Au début des années 80, Will Eisner  réalise une trilogie sur la ville de New York et ses habitants: La Ville, L'Immeuble , les Gens.  

La trilogie se compose d'une série d'observations regroupées par thème: un objet, un lieu, une sensation…  parfois Eisner réalise un seul  dessin ou  au contraire il  écrit une  véritable nouvelle  en plusieurs planches.  A aucun moment Eisner ne se trouve prisonnier de la page, il  joue , jongle avec l'espace . Certains des  pages  sont muettes ou au contraire Eisner choisit d'accompagner ses dessins par  des dialogues toujours justes , des pensées intérieures des personnages. Eisner  croque avec  justesse la vie quotidienne des  gens modestes. Il reconstitue avec talent , les petits riens, les moments de bonheur, les histoires cocasses ou  dramatiques  qui se déroulent dans la rue, le métro ou derrière les fenêtres des immeubles. Eisner est comme Jeff de Fenêtre sur cour de Hitchcock, un voyeur sans d'appareil photo en main. Eisner dispose d' une feuille de papier et un crayon et cela à suffit à notre bonheur car  de ses dessins et de ses textes se dégagent  une musique et une poésie: New York respire. Une belle invitation au voyage.

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 NEWYORK03_6Eisner.  Citations.

Vu de loin, la plupart des grandes cités ne sont que des accumulations de bâtiments, de populations nombreuses et de vastes superficies. Pour moi, cela ne représente pas "la réalité". la grande ville telle qu'elle est vue par ses propres habitants constitue en revanche le véritable reflet de cette réalité.

 Très jeune déjà, dans les rues de ma ville, j'étais déconcerté par l'anonymat des gens autour de moi. L'indifférence qu'ils se témoignent dans les lieux bondés me paraissait contredire l'idée communément admise selon laquelle les villes ont été créées poire garantir la sécurité.

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06 mars 2012

Loisel. Peter Pan. La tempête & Mains rouges.

 Loisel. Peter Pan. La tempête.

Couv_136727Peter  devenu le chef du pays imaginaires se fait des indiens, par son attitude peu diplomatique, des ennemis jurés. Son habile et ingénieux stratagème pour faire partir Crochet  de l'île échoue. Lors d'un combat avec les pirates en pleine tempête, Pan son ami est blessé d'une balle de pistolet dans la poitrine. Peter retourne alors à Londres pour récupérer la trousse médicale  du vieux Kundal, alité et bien malade. Avant de retourner au pays imaginaire  il décide de rencontrer sa mère, il  retrouve  une prostituée alcoolique, haineuse et violente. C'est la dernière fois qu'il va la voir.

La Tempête est dans l'histoire de Peter Pan racontée par Loisel  un épisode beaucoup  plus dramatique, beaucoup plus sombre que les précédents. La scène nocturne du combat, au coeur de la tempête, qui opposent  les flibustiers et le duo Pan et Peter est extrêmement  réaliste. et violente, bien loin des duels imaginés par Disney.  Mais surtout les dernières images de l'album nous laissent sous un véritable choc. 

 Loisel. Peter Pan. Mains Rouges.

1508952_5519935Peter  devient Peter Pan. Mais quel prix ? celui d'avoir perdu son plus grand ami et de se sentir coupable de sa disparition. Fou de chagrin il s'enfuit dans la forêt. Quand  Lys  Tigré le retrouve, Peter est pris de violentes fièvres. La petite  indienne va le sauver de la mort. Le capitaine des pirates va enfin justifier son nom: Crochet, car dans un duel qui l'oppose à Peter Pan, il perd la main droite que rejoint dans l'estomac du crocodile le réveil matin des pirates. Pour Crochet l'objectif s'est transformé, il ne s'agit plus de récupérer un trésor mais d'assouvir sa vengeance. Pour les combats qui se préparent, Peter Pan a besoin de troupes, il décide de ramener les orphelins de son quartier de Londres. Dans les rues de la capitale, il croise Jack l'éventreur qui accomplit sa triste besogne.

Peter Pan de Loisel apparaît bien comme un "roman d'apprentissage" car Mains Rouges est une nouvelle et fondamentale étape de la vie de Peter. Le petit garçon, parfois désagréable et prétentieux jusqu'alors, souffre. Il a découvert  profond du mot amitié. Et dans sa douleur Il apprend à mieux  écouter les autres, est sensibles aux conseils, à manifester de la  reconnaissance. La sagesse de Pan s'est glissée dans l'âme de Peter.

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03 mars 2012

Loisel. Peter Pan. Opikanoba

Loisel. Peter Pan. Opikanoba.

9782869675780g1Pirate! Peter se réveille de son long voyage au dessus des océans au milieu des flibustiers du Capitaine Crochet. Ravi, Peter rêve d'en découdre, de manier le sabre, d'étriper quelques adversaires. Crochet souhaite utiliser Peter, qui s'avère capable de voler, afin de s'emparer du trésor du pays imaginaire. Lorsque Peter  découvre que sa faculté de voler est liée au seul pouvoir de la fée Clochette et craignant alors pour sa vie, il décide d'aider les créatures qui peuplent l'île : centaures, sirènes, satyres, elfes, trolls, korrigans…. et Pan le dieu lune aux pieds de chèvres et à la flute mélodieuse, des êtres sortis tout droit des mythologies grecques, scandinaves et celtiques. Les hauts plateaux de l'île sont peuplés par des  indiens de la belle Lys Tigré.


imagesLe deuxième album est enlevé. Aux scènes d'action, parfois violentes, et aux situations cocasses agrémentées de dialogues savoureux et de réflexions hilarantes répond l'inquiétante traversée de l'Opikanoba, le domaine des brumes éternelles, hanté par nos phobies et nos terreurs où seule la mort est une délivrance. 

Dans cet album le lecteur apprend que les créatures fantastiques ont des comportements semblables aux êtres humains. Quelle soit Indienne, sirène ou fée, la femme reste un être très jaloux, d'un naturel boudeur. Peter le gamin apprend, souvent à ses dépends, que dans la vie toute chose se mérite.

 

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02 mars 2012

Loisel. Peter Pan. Londres.


Loisel. Peter Pan. Londres. 


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Qui dans sa jeunesse n'a pas souhaité s'envoler vers le pays imaginaire avec Peter Pan et ses compagnons nés sous la plume de J-M Barrie . Quand on parle de Peter Pan surgissent devant nos yeux les images du dessin animé de Walt  Disney.  

Dans ses albums consacrés à la transposition de l'histoire de Peter Pan, Loisel s'interroge sur les non-dits du récit de Barrie. Dans le premier tome d'une série qui en comporte six, l'auteur nous raconte l'enfance de Peter et sa rencontre avec la fée Clochette. 

L' album s'ouvre sur une image en plongée d'une cour entre quelques maisons et sur le texte suivant: Hiver 1887. A Londres…le froid, la faim et la misère étaient réunis pour peaufiner le décor. Loisel nous fait pénétrer dans le Londres de Dickens, celui des quartiers populaires, où la misère s'accompagne de l'alcoolisme, du vice, de la prostitution, de la violence. C'est dans cet univers sordide que Peter survit. Son père a quitté sa
maison et  sa  mère pocharde le considère comme un être nuisible qu'elle est prête sous l'emprise de l'alcool à tuer. C'est la vision du monde des adultes de Peter. L'enfant n'est pas une tendre victime il a appris à se défendre, il peut être violent et cruel et  son langage s'apparente parfois celui  d'un charretier.  Un vieil homme Kundal veille sur Peter, il lui a appris à lire à compter mais surtout il lui raconte de surperbes histoires, des légendes qui permettent à l'enfant de s'évader du misérable univers quotidien. Peter refuse de devenir un "sale adulte" refuse de grandir, de devenir un homme avec le Temps qui passe. Pour lutter contre le Temps, le Grand Gourmand, qui détruit le monde de l'enfance, Kindal explique à Peter qu' il n'existe qu'un seul moyen: croire au pouvoir de l'imaginaire. Alors Peter ne s'étonne pas de voir apparaître une fée qu'il va surnommer Clochette. Avec elle, Peter s'envole vers le monde imaginaire, mais son voyage se termine sur le bateau du terrible capitaine Crochet qui est encore en possession de ses deux mains. (à suivre les fabuleuses aventures de Peter…)

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22 février 2012

Altibarra-Kim. L'art de voler.

l-art-de-voler_couvMon père s'est suicidé le 4 mai 2001…l'heure de s'envoler… C'est sur ces paroles que s'ouvre ce splendide superbe roman graphique. Rapidement la narration passe à la première personne, de l'imparfait au présent… Le vieil homme nous présente sa vie qui s'étire sur 90 ans, de son enfance à son suicide. Une vie reconstituée par son fils, l'écrivain et professeur d'université Antonio Altarriba, à partir de conversations, de notes éparses… L' auteur est devenu le temps de l'écriture un autre lui-même: son père.

L'histoire du petit paysan de l'Aragon va traverser un siècle de l'Histoire de l'Espagne, marquée avant tout par la terrible guerre civile. Sa vie va être un tissu d'espoirs déçus de grandes désillusions et de frustrations. Antonio, l'anarchiste, rêvait de liberté, d'un avenir radieux sous le ciel de la République. Mais devant les troupes de Franco, il franchit la frontière française, est enfermé dans des camps de fortune, avant de pouvoir trouver un bref moment de bonheur dans une famille creusoise. Dénoncé, il fuit la police de Vichy et rentre dans la résistance. Mais à la libération, il n'y pas de travail pour les espagnols, il vit en faisant du marché noir mais il ne peut se résoudre, lui l'anarchiste, à exploiter la misère du peuple. Il décide de rentrer en Espagne en taisant son passé. Ses anciens compagnons ont changé, sont devenus franquistes par obligation, par conviction, par intérêt. Pour travailler, il entre dans l'entreprise douteuse d'un parent proche. Il participe lui-même à des opérations financières illégales. L'athée qu'il est se marie par devoir social avec une catholique   pratiquante et pudibonde, de cette union nait un fils : l'auteur. La fin de sa vie est  hantée par le cauchemars, rongée par la dépression. Dans un foyer du troisième âge,   il assiste à la déchéance des pensionnaires qui l'entourent, à la mort des seuls amis qu'il s'était fait. Le 4 mai 2001, Antonio met fin à ses souffrances.

Antonio altarriba(6)Dans la post-face de l'édition française, Antonio Altarriba, professeur et écrivain, explique les raisons pour lesquelles il a choisi d'écrire un scénario de BD plutôt que d'écrire un roman : le recours à l'image procure une grande capacité de représentation, au sens étymologique de "rendre présent". Les cases offrent la possibilité de reconstituer avec fidélité des scènes, des costumes des objets, des situations…Mais le choix fut surtout guidé par la décision d'écrire à la première personne: J'eus l'idée alors du transfert, ou plutôt de la transsubstantiation, qui me transformait en mon père

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Le dessinateur, Kim, reconstitue parfaitement les lieux, l'atmosphère des époques traversées et donne corps et vie aux personnages que le temps marque de son empreinte. Il traduit les rêves et les cauchemars qui hantent les nuits d'Antonio.

Magnifique hommage d'un fils à son père. Un très grand roman graphique.

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