Enigme N° 26: Tavernier. L'horloger de Saint Paul. 1973.
Enigme N° 26: Tavernier. L'horloger de Saint Paul. 1973.
L'horloger de Saint Paul est le premier long métrage réalisé par Bertrand Tavernier sur un scénario de Jean Aurenche et Pierre Bost, transposition dans les années 70 et à Lyon d'un livre de Simenon, l'horloger d'Everton dont l'action se déroulait aux Etats-Unis.
Les Prix Gones du Jour sont: Aifelle, Pierrot Bâton, Dasola, Eeguab, Somaja, Keisha, Nanou, Thérèse, Jeneen et Asphodèle.
Pour accéder au blog de Claudialucia , c'est ICI
L'horloger de Saint Paul. 1973.
Michel Descombes est un homme sans histoire, horloger dans le quartier de Saint Paul à Lyon. Sa vie bascule quand le commissaire Guibout lui apprend une fâcheuse nouvelle, son fils Bernard, qu'il a élevé seul, a tué un homme. Bernard est en cavale avec sa petite amie dont Michel Descombes ignorait l'existence.
Dans une France post soixante-huitarde encore marquée par le gauchisme et secouée par des conflits sociaux durement réprimés, Michel Descombes va chercher à retrouver le regard de son fils. Il ne cherche pas à comprendre les motivations du meurtre. Il refuse de se lancer à la quête de témoignages qui permettraient de transformer le meurtre en crime politique ou passionnel puisque son fils Bernard ne le veut pas. Alors l'horloger refuse l'aide que lui propose le commissaire Guibout. Le drame sert de révélateur à Descombes, l'horloger se rend compte qu'il ignore tout de la personnalité, de la vie de son fils. Les deux hommes vivent l'un à côté de l'autre dans le même appartement, s'aiment mais ne communiquent pas, un fossé s'est creusé peu à peu entre la père et le fils. Michel Descombes en exprimant une solidarité sans borne à son fils va renouer progressivement le contact et les deux hommes vont enfin pouvoir se parler à travers les grilles d'un parloir de prison..
Le film de Bertrand Tavernier est servi par de très grands comédiens, à côté de l'excellent Philippe Noiret (Michel Descombes), Jean Rochefort donne au personnage du commissaire une dimension humaine et Jacques Denis (Antoine) incarne avec justesse le rôle d'un ami que tout individu voudrait à ses côtés.

Tavernier filme Lyon, ses rues, ses bords de Saône avec amour, la ville devient aussi un personnage à part entière comme New York l'est dans un grand nombre de films de Woody Allen ou de Martin Scorcese.
L'Horloger de Saint Paul a été couronné par le prix Louis Delluc en 1973 et à remporté le prix spécial du Jury au Festival de Berlin en 1974.
L'Horloger de Saint Paul - Bertrand Tavernier
Clouzot . Quai des Orfèvres.
Réponse à l'énigme N°25:
Il fallait trouver Quai des Orfèvres de Henri-Georges Clouzot adapté du livre de Steeman: Légitime Défense. Le prix Tralala est accordé à: Aifelle, Eeguab, Keisha, Dasola, Miriam, Maggie, Somaja, Pierrot Bâton, Jeneen, Gwenaelle.
Pour accéder au blog de Claudialucia , c'est ICI
H-G Clouzot. Quai des Orfèvres. 1947.
A la Libération de la France, Clouzot est écarté des studios, accusé d'avoir collaboré avec l'occupant allemand. On lui reproche d'avoir montré une image négative et sinistre de la France dans "Le corbeau"(1943). Ce film est maintenant reconnu à juste titre comme un chef d'oeuvre.. A nouveau autorisé à tourner, il décide d'adapter un roman de Steeman: Légitime défense, nouvelle rencontre entre l'écrivain belge et le réalisateur. Mais comme pour l'Assassin habite au 21, il ne reste plus grand chose de l'univers, de la trame du roman. Quand Clouzot commence l'adaptation de Légitime défense il n'est même pas en possession de l'ouvrage. Il écrit la plus grande partie du scénario,avec son ami Jean Ferry, en partant de ses seuls souvenirs. Steeman gardera une certaine amertume de voir ainsi traiter son ouvrage. Il déclara que Clouzot ne peut "construire qu'après avoir démoli au mépris de la plus élémentaire vraisemblance et par goût de l'effet".
A Paris, une jeune chanteuse ambitieuse d'origine modeste, Jenny Lamour n'hésite pas, pour lancer sa carrière, à accepter de se rendre dans la villa d'un "vieux dégoûtant", Brignon. Celui-ci fait photographier des jeunes filles nues dans le studio de Dora, amie de Jenny et de son mari Maurice Martineau, pianiste-accompagnateur. Publiquement, Martineau, mari jaloux, profère des menaces de mort contre Brignon. Et quand celui-ci est retrouvé assassiné dans sa villa, tout accuse le musicien. L'inspecteur Antoine est chargé de l'enquête.
Clouzot décrit avec minutie un Paris de l'après-guerre, des lieux, des atmosphères : les arrières-cours des immeubles, le milieu du music hall.... Pour s'imprégner de l'ambiance du quai des orfèvres, Clouzot a passé plusieurs semaines dans les locaux de la Pj en compagnie des inspecteurs, partageant leur quotidien. Contrairement à ce qu'à écrit Steeman le cinéma de Clouzot n'est pas celui de l'effet, il s'appuie sur le réel, il observe l'âme humaine.
Jenny Lamour est une femme complexe, à deux facettes. D'un côté elle apparaît volage, séductrice, cherchant à attirer le regard des hommes, semblant prête à tout pour réussir sa carrière.Mais derrière cette façade se cache une épouse fidèle, aimante même si son mari n'a rien d'un élégant séducteur. Martineau est un mari jaloux qui admire cependant le côté femme fatale de son épouse. Sous l'aspect d'un pauvre bougre maladroit se cache un être capable de se construire un alibi avant de se rendre chez Brignon avec l'intention de l'assassiner. Dora, l'amie du couple est amoureuse sans espoir de Jenny comme l'a compris l'inspecteur Antoine qui déclare à la photographe: "Vous m'êtes particulièrement sympathique Mlle Dora, vous savez pourquoi?...vous êtes un type de mon genre, avec les femmes vous n'aurez jamais de chance."
Antoine , le vieil inspecteur venu des colonies, n'a pas fait une brillante carrière dans la police du fait de son caractère et de ses modestes origines sociales. Derrière sa carapace de flic bourru se cache un être sensible, un père adoptif d'un jeune garçon. Antoine observe les protaganistes de l'histoire, cerne leur psychologie, traîne un regard désabusé sur la société. L'homme a ses yeux n'est ni Bon ou Mauvais, il est Noir et Blanc en même temps. Quai des orfèvres bénéficie d'une distribution éclatante. De Suzie Delair ( Jenny Lamour) à Simone Renant (Dora), de Bernard Blier (Martineau) à l'extraordinaire Louis Jouvet (Antoine).
Avec ce film Clouzot confirme qu'il est des plus grands metteur en scène et directeur d'acteurs que le cinéma français ait connu.Dans quai des orfèvres, il s'est entouré des plus grands techniciens de l'époque : le chef opérateur Armand Thirard, W-R Sivel au son, le décorateur Max Douy et Francis Lopez pour la musique.
Le film primé à la Mostra de Venise de 1947, a permis de relancer la carrière de Clouzot. Pour notre plus grand bonheur.
Quai des orfèvres -Clouzot- dialogue en musique
Les gifles de Clouzot.
Clouzot a gardé la réputation - justifiée - d'être un remarquable directeur d'acteur mais aussi de se comporter sur le plateau d'une manière désagréable, tyrannique et parfois violente. Dans Quai des Orfèvres, mécontent du jeu de Bernard Blier, il gifla l'acteur qui, par ailleurs, ne fut pas la seule victime de la colère de Clouzot. Suzy Delair, alors compagne du réalisateur, eut le droit au même traitement lors d'une scène qui se satisfaisait pas Clouzot. A la fin du film, Suzy Delair décida de quitter le metteur en scène. La gifle de trop ?
Avec Son Tralala
Suzy Delair interprète deux chansons composées pour le film, avec des paroles de André Hornez sur une musique de Francis Lopez. Ces deux chansons connurent un très grand succès populaire. Avec son tralala a été traduit dans de nombreuses langues et a triomphé sur tous les continents.
Avec Son Tralala (extrait) :
Elle habitait Séville
Et dans toute la ville
C'était la plus habile
De toutes les gitanas
Il en était de plus belles
Mais elle avait pour elle
Une chose exceptionnelle
Que les autres n'avaient pas
Avec son tra-la-la
Son petit tra-la-la
Elle faisait tourner toutes les têtes
D'un coup de tra-la-la
Elle faisait tra-la-la
Et chacun rêvait d'être dans ses bras
Ce qui les troublait à l'extrême
Et les rendait fous de désir
C'était pas la chose en elle-même
C'était la façon de s'en servir
Avec son tra-la-la
Son petit tra-la-la
Elle n'avait pas besoin de castagnettes
Car son p'tit tra-la-la
Etait si tra-la-la
Que nulle part y en n'avait une comme ça
DANSE AVEC MOI (extrait)
Danse avec moi
Grisons nous tous les deux
De l'instant merveilleux.
Fermons les yeux
Danse avec moi
Profitons de l'accord
Qui fait vibrer nos corps
Dansons encore.
Que le destin
Dans nos coeurs fasse naître
Ce que demain
Nous chercherons peut-être
En vain
Danse avec moi
Que s'efface la nuit
Rien ne compte aujourd'hui
Que toi et moi
La nuit s'emplit de confidences
N'écoutons plus que nos deux coeurs
Laissons la musique et la danse
Nous entraîner vers le bonheur
Un singe en hiver. Verneuil. Enigme n°20
Un singe en hiver (1962)
Henri Verneuil a tourné son film Un singe en hiver en Normandie, en particulier dans la commune de Villerville. Ce film marque l'unique rencontre à l'écran de deux grandes figures du cinéma français : Jean Gabin et Jean Paul Belmondo.
Le prix "Bebel du Jour" est accordé à: Dasola, Aifelle, Eeguab, Keisha, Miriam, Nanou, Lireaujardin, Somaja, Pierrot Bâton, Jeneen, Asphodèle.
A Tigreville, petite cité balnéaire de la côte normande, Albert Quentin tient avec son épouse Stella un petit hôtel, ses rêves sont peuplées de souvenirs de la Chine. Albert a arrêté de boire en juin 1944, au moment du débarquement il a promis à se femme d'abandonner la boisson si l'hôtel échappait à la destruction.
Un jeune publicitaire, Gabriel Fouquet, vient loger à l'Hôtel Stella, il est venu voir sa fille Marie pensionnaire dans un établissement privé. Gabriel noie dans le picon-bière le départ de son épouse pour l'Espagne. Gabriel va entraîner Albert dans deux jours d'ivresse mémorable car les deux hommes n'ont pas "le vin petit et la cuite mesquine". Deux jours où Gabriel rêve d'Espagne et de corridas et où Albert redescend le Yang Tsé, la séquence se termine avec en point d'orgue un feu d'artifice tiré sur la plage. Puis Gabriel récupérera sa fille et Albert reprendra sa place à l'hôtel près de Suzanne.

Le film a permis la rencontre, et la seule, de deux générations d' acteurs : Gabin et Belmondo. Sortis de la bouche de Gabin les mots nous emportent à plusieurs milliers de kilomètres au coeur de la Chine: " Le Yang-tsé kiang n'est pas un fleuve, c'est une avenue. Une avenue de 5000 kilomètres qui dégringole du Tibet pour finir dans la Mer Jaune, avec des Jonques et des sampans de chaque côté". Belmondo est inoubliable en toréador ivre, sa veste lui servant de muleta et les autos remplaçant les taureaux.
Un singe en hiver - La corrida
Comme restent inoubliables la séquence de Gabin et Belmondo en goguette terminant par la scène du feu d'artifice. Suzanne Flon, Paul Frankeur, Noël Roquevert participent au charme de ce film dialogué par Michel Audiard. Certaines réparties méritent de figurer dans l'encyclopédie universelle des citations, comme Gabin montrant à Belmondo un bâtiment: "Les gastronomes disent que c'est une maison de passe et les vicelards un restaurant chinois". Henri Verneuil à la fin du film justifie son titre. Gabin reprend presque mot pour mot un passage final du roman:
"En Chine, quand les grands froids arrivent, dans toutes les rues des villes, on trouve des tas de petits singes égarés sans père ni mère. On sait pas s'ils sont venus là par curiosité ou bien par peur de l'hiver, mais comme tous les gens là-bas croient que même les singes ont une âme, ils donnent tout ce qu'ils ont pour qu'on les ramène dans leur forêt, pour qu'ils trouvent leurs habitudes, leurs amis. C'est pour ça qu'on trouve des trains pleins de petits singes qui remontent vers la jungle."
Lors leur virée vers l'ivresse Gabin et Belmondo chantent en coeur quelques couplets d'une chanson de 1922 de Dumont et Benech.
Quand le soleil descend à l'horizon
A Saïgon
Les élégantes s'apprêtent et s'en vont
De leurs maisons
A petits pas, à petits cris
Au milieu des jardins fleuris
Où volent les oiseaux jolis
Du paradis
Tendrement enlacés
Se grisant de baisers
Les amants deux par deux
Cherchent les coins ombreux
Nuits de Chine
Nuits câlines
Nuits d'amour
Nuits d'ivresse
De tendresses
Où l'on croit rêver jusqu'au lever du jour
Nuits de Chine
Nuits câlines
Nuits d'amour
Sur la rivière entendez vous ces chants
Doux et charmants ?
Bateaux de fleurs où les coupl's en dansant
Font des serments
Pays de rêve où l'étranger
Cherchant l'oubli de son passé
Dans un sourire retrouvé
La joie d'aimer
Éperdu, le danseur
Croit au songe menteur
Pour un soir de bonheur
On y laisse son cœur...
Nuits d'amour
Nuits d'ivresse
De tendresses
Où l'on croit rêver jusqu'au lever du jour
Nuits de Chine
Nuits câlines
Nuits d'amour
Sur la rivière entendez vous ces chants
Doux et charmants ?
Bateaux de fleurs où les coupl's en dansant
Font des serments
Pays de rêve où l'étranger
Cherchant l'oubli de son passé
Dans un sourire retrouvé
La joie d'aimer
Éperdu, le danseur
Croit au songe menteur
Pour un soir de bonheur
On y laisse son cœur...
Yann Le Masson.
Adieu Yann.
Tu viens de rejoindre le paradis des cinéastes où tu figures, je le sais, en bonne place.
Yann Le Masson est un des plus grands chefs- opérateurs français, un des plus grands documentaristes de tous les temps. La caméra n'est pour lui que le prolongement du bras, de la main , elle fait partie de son corps elle est la transmission de sa pensée. Yann écrit avec ses objectifs comme l'écrivain avec sa plume. Yann a exploré , analysé le monde, d'une manière engagée. Il faut voir et revoir "J'ai huit ans" (1962) devenu un classique de la diffusion parallèle pendant la guerre d'Algérie, "Sucre amer" su la campagne de Michel Debré à la Réunion de 1964. Yann a magnifiquement filmé les visages et les corps des femmes en lutte pour le droit l'avortement, "Regarde, elle a les yeux grands ouverts" (1979). "Héligonka" (1984) est un film plus intimiste sur son frère atteint de cécité. Car derrière le militant, volontiers provocateur, se cache sous des aspects bourrus un être sensible.
"Kashima Paradise" (1973), co-réalisé avec Benie Deswarte, est sans aucun doute son chef d'oeuvre, un film majeur de toute l'histoire du documentaire. La caméra toujours à la bonne distance nous plonge au coeur de la société japonaise, de ses contradictions, de ses tensions. Merci Yann Le Masson.
Le coffret de 2 DVD est accompagné d'un excellent livret rédigé par Patrick Leboutte.
Editions Montparnasse.
Cyril Mennegun .Louise Wimmer. 2011
Cyril Mennegun, à la fois réalisateur et scénariste, signe avec Louise Wimmer son premier long métrage de fiction et s'affirme déjà comme un cinéaste de talent. Il réalise un inoubliable portrait de femme.
Louise a une cinquantaine d'années qui survit grâce à quelques heures de ménage effectuées dans un hôtel ou chez des particuliers. Endettée, sans appartement elle dort dans sa voiture, se lave dans les toilettes des stations services ou des cafés. Mais Louise n'est pas une femme a se laisser abattre, même si le découragement parfois la gagne, elle cherche toujours à rester digne et trouver sa place dans la société.
Dès le début du film le spectateur est amené à se poser la question: comment Louise en est-elle arriver à cette situation de précarité ? Cyril Mennegun nous donne progressivement la réponse en construisant son récit à la manière d'un puzzle. Chaque pièce s'emboite dans la précédente sans cause à effet, chaque séquence nous livre des éléments d'explication. Et le réalisateur laisse parler l'image, il suit le comportement de Louise au plus près, évite les longs discours ou d'abondants dialogues. Comme son personnage refuse de s'abandonner à son triste sort, le réalisateur refuse de glisser dans le mélo. Ce parti-pris se retrouve dans les choix musicaux, la musique n'est pas là rajoutée pour souligner le côté dramatique de l'existence de Louise. Elle surgit parfois violemment de l'autoradio, elle participe, accompagne le combat de Louise.
Le film est une magnifique rencontre entre un réalisateur et une actrice cantonnée souvent dans les seconds rôles: Corinne Maserio qui trouve là un rôle à la mesure de son talent. Le spectateur l'admire, la soutient dans ses combats quotidiens, il est en empathie totale; il partage ses angoisses, ses colères, ses rares moments de bonheur. Autour d'elle tous les acteurs sont aussi remarquables.
Un film à voir. Un vrai regard de cinéaste.
LOUISE WIMMER : BANDE-ANNONCE VF Full HD
Pierre Schoeller. L'exercice de l'Etat. 2011
Pierre Schoeller nous livre le portrait d'un homme d'Etat, Bernard Saint Jean, ministre des transports dans un gouvernement marqué à droite. L'homme à l'abord sympathique est travailleur, intelligent. Il défend des valeurs, a des convictions partagées par son chef de cabinet, énarque admirateur de Malraux dont il connaît par coeur les grands discours. Mais ce serviteur de l'Etat va devoir choisir entre ses idées et son ambition personnelle. Le président de la République et le premier ministre lui demandent d'entreprendre la privatisation des gares dans l'intérêt de grands groupes de BTP. Cette exigence va contre ses propres idées mais pour Bernard Saint Jean le choix est simple : se soumettre ou se démettre.
Quand on veut faire carrière au sommet de l'Etat, obtenir un fief électoral, se maintenir au gouvernement, il faut accepter de renier sa parole, mettre ses convictions au placard, trahir de longues amitiés, intriguer. Et le sympathique ministre se transforme en bête politique. De proie menacée par les adversaires de son propre camp, il devient un tigre avide de pouvoir. Pour assouvir sa réussite, il s'appuie sur une petite équipe toute dévouée, en particulier son directeur de cabinet qui se refuse cependant à certaines compromissions. Mais faire de la politique actuellement, c'est avant tout occuper l'espace médiatique : courir de tribune en tribune, rencontrer des ouvriers avant de serrer la main à des agriculteurs devant des photographes convoqués, passer à la radio, à la télé, obtenir la Une d'un grand journal…donc posséder un excellent conseiller en communication. Difficile de ne pas voir dans l'Exercice de l'Etat une critique implicite de la politique actuelle du gouvernement et de la présidence de la république.
Pour sa deuxième réalisation, Pierre Schoeller signe un film nerveux, mené tambour battant, parfois stressant. Tous les acteurs réunis autour de Olivier Gourmet (Bernard Saint Jean), sont excellents : Michel Blanc, Zabou Breitman, Laurent Stocker…. Et L'Exercice de l'Etat n'est pas sans rappeler les meilleurs films politiques américains. A voir.
L'EXERCICE DE L'ETAT_Bande-annonce
Pascal Thomas. Mon petit doigt m'a dit. 2005.
Pascal Thomas a adapté un roman d'Agatha Christie qui porte le même nom (en anglais "By the pricking of my thumbs…) en adoptant résolument le ton de la comédie.
Prudence et Belisaire Beresford , dynamiques sexagénaires, sont venus rendre visite à leur tante dans une maison de retraite. Dans cette institution ils rencontrent Rose,une vieille dame qui parle d'enfant emmuré et de disparitions inquiétantes. Quand Rose disparaît, Prudence Bélisaire décide de mener l'enquête….
Le spectateur est emporté par l'énergie, l'entrain communicatif de Prudence, que rien ne semble pouvoir arrêter et surtout pas son mari pris dans la tourmente. L'enquête complexe, tortueuse est prétexte à faire sourire, à déclencher le rire. Le charme de ce film tient à la qualité de la réalisation soignée et aux dialogues savoureux, aux mots d'esprit servis par d'excellents acteurs. Catherine Frot est la virevoltante Prudence qui donne le rythme au film, Dussolier est parfait en mari quelque peu dépassé par sa détective amateur d'épouse (le réalisateur réunira le couple dans une autre adaptation d'Agatha Christie: Le crime est notre affaire.) Autour de Frot et Dussolier, Pascal Thomas a obtenu la participation de comédiens de talent: Geneviève Bujold, Alexandra Stewart, Laurent Terzieff…
Un très agréable divertissement.
Mon petit doigt m’a dit - Bande annonce FR
Bertrand Tavernier. La princesse de Montpensier. 2010
Réponse à l'énigme N° 13:
Il s'agissait du film "La princesse de Montpensier" adaptée de la nouvelle écrite par Madame de La Fayette et réalisée par Bertrand Tavernier. Le metteur en scène a obtenu de nombreuses récompenses prestigieuses. Entre autre, citons:deux césars du meilleur réalisateur pour "Que la fête commence"(1975) et "Capitaine Conan"(1996), L'Ours d'Or du festival de Berlin pour "L'Appât"(1995).
Les nominés du jour: Keisha, Aifelle, Maggie, Miriam, Lire au Jardin, Gwen, Dasola, Pierrot Bâton, Sabbio. Pour voir la présentation du roman présenté par Claudialucia c'est ICI
LA PRINCESSE DE MONTPENSIER: Interview de Bertrand TAVERNIER
La Princesse de Montpensier

En 1562, Marie de Mézières une des plus belles fortunes de France est follement amoureuse du fougueux Duc de Guise mais son père la force à épouser le Prince de Montpensier qu'elle ne connaît pas. Peu de temps après son mariage, Montpensier est appelé par le roi Charles IX à rejoindre les troupes catholiques menées par son frère le Duc D'Anjou (le futur roi de France Henri III) en lutte contre les protestants, les guerres de religion déchirent alors le pays. Le prince charge son ami et ancien précepteur le Comte de Chabannes de veiller sur son épouse pendant son absence et parfaire son éducation dans son château de Champigny. Mais la beauté et l'intelligence de Marie ont raison du coeur de Chabannes. Après la victoire des troupes catholiques, le Duc D'Anjou fait une halte avec ses compagnons de combats, dont le Duc de Guise dans le château de Montpensier. Les deux hommes cherchent à séduire Marie sous les yeux de son mari.
Le film est avant tout un magnifique portrait de femme. A la fin du XVI° siècle, il n'était jamais question de mariage d'amour mais de mariage d'intérêt, les jeunes filles passaient de l'autorité du père à celui d'un mari qu'elles n'avaient pas choisi. Marie de Montpensier cherche à échapper en partie à la domination du pouvoir masculin, à se réaliser. L'écriture et la lecture sont les deux moyens pour s'affranchir et Chabannes va l'aider à obtenir sa liberté de pensée. Marie est un personnage fort, déterminé, son caractère et sa beauté séduisent les hommes. Elle est partagée entre la raison et les sentiments. Mariée contre sa volonté, elle essaie d'être une bonne épouse mais sa passion pour Guise finira pas être plus forte que les conventions et les obligations sociales. Le Prince de Montpensier souffre car il aime sincèrement son épouse, mais il n'est pas aimé en retour. Quand il pose la question à Marie: "M'aimerez vous" il obtient une cinglante réponse: "Si vous me le commandez". Le Duc D'Anjou souhaiterait la mettre dans son lit il n'y réussira pas, Guise obtiendra les faveurs de Marie avec l'aide Chabannes.
Le Comte de Chabannes est l'autre personnage clef du film, le véritable double de Marie. Plus âgé que tous les autres protagonistes, c'est un homme cultivé, humaniste, qui a rejeté les horreurs de la guerre après avoir tué une femme enceinte, meurtre qu'il se pardonne pas. Il s'affirme comme le confident discret de Marie, il finit par devenir entremetteur entre celle qu'il aime platoniquement et de Guise.
L'alerte mise en scène de Bertrand Tavernier rend compte de cette trouble période historique où la mort rôde en permanence. La haine religieuse provoque de violentes scènes de batailles, de tueries. Tout déplacement d'un lieu à un autre oblige à de longues et harassantes chevauchées. Le dédale des escaliers, des chambres, des couloirs, des portes permettent de faciliter les rencontres ou de les fuir. Les lieux deviennent un terrain de cache cache auquel la caméra participe habilement.
L'image est splendide, elle rend la beauté des extérieur dans de grands plans larges. Le metteur en scène a pris grand soin de reconstituer les intérieurs dans lesquels se déplacent les personnages vêtus souvent de costumes chatoyants. Ors, satins, velours, broderies participent au plaisir visuel.
Bertrand Tavernier réunit et dirige avec talent toute une génération de jeunes et bons acteurs : Grégoire Leprince-Ringuet (Montpensier), Gaspard Ulliel (Guise), Raphaël Personnaz (D'Anjou) autour du duo constitué par Lambert Wilson, remarquable Chabannes et de Mélanie Thiérry, radieuse Marie de Montpensier.
La musique de Philippe Sarde sert magnifiquement le propos, discrète mais bien présente, elle souligne les sentiments, en particulier ceux de Marie et de Chabannes. Tavernier a fait appel à Jean Cosmos pour réaliser des dialogues brillants et ciselés, oeuvre d'un orfèvre du mot et de la parole.
Un très bon Tavernier.
LA PRINCESSE DE MONTPENSIER : BANDE-ANNONCE HD
The artist. Michel Hazanavicius. 2011.
Michel Hazanavicius a tenté et réussi un pari audacieux en réalisant un film en noir et blanc et muet au moment où on ne parle que de 3D, d'effets spéciaux, de bande son multipistes. The artist est un hommage au 7ème art, à un moment particulier de l'histoire du cinéma, celui du passage du muet au parlant. Cette période de bouleversement technique et artistique a souvent été une source d'inspiration pour les cinéastes et donné lieu à quelques chefs d'oeuvre, comme Boulevard du crépuscule de Billy Wilder ou Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly.
Le film raconte le destin croisé de deux acteurs Georges Valentin, une star du muet, et d'une jeune et jolie figurante Peppy Miller. L'apparition du parlant plonge Valentin dans l'oubli, Peppy se trouve propulsée au devant de la scène. Pour la réalisation de ce film Hazanavicius a dû retrouver le langage du cinéma créé par Griffith, Lang ou Chaplin… l'histoire ne se raconte pas en mots mais en images. Ce parti pris nécessite une véritable mise en scène et un scénario rigoureux en l'absence de dialogues, et pour éviter de multiplier les intertitres. Les films de la période du muet étaient lors de leur projection accompagnés par des musiciens.The artist bénéficie d'une création musicale discrète et efficace signée Ludovic Bource. La musique joue sur deux registres complémentaires, elle soutient le rythme du montage et souligne les émotions des personnages sans jamais être envahissante. Le film bénéficie d'une excellente distribution: Berenice Bejo est un charmante et dynamique Peppy Miller, Jean Dujardin montre l'étendue de son talent dans le rôle de Valentin (prix d'interprétation masculine à Cannes) et le chien Uggy a largement mérité sa "Palm Dog", prix d'interprétation canine qui lui a été accordé sur la croisette.
Un film unanimement salué par la critique.
Uggy est un "acteur" expérimenté avec 12 films à son palmarès, ici en compagnie de Jean Dujardin.
THE ARTIST : BANDE-ANNONCE HD Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo...
Le bruit des glaçons. Bertrand Blier. 2010.
Charles Faulque est écrivain. Il en panne d'inspiration et a glissé dans l'alcoolisme après le départ de sa femme et de son fils. Il va être confronté à sa propre mort . Son cancer, sous une apparence humaine, un jour pointe son nez à la porte et lui annonce sa fin prochaine. Tel peut se résumer le sujet du film de Bertrand Blier. L'histoire peut en apparence apparaître saugrenue, surréaliste mais cette fable nous renvoie à nos propres angoisses, aux craintes suscitées par la maladie et la mort. Le film est avant tout une confrontation entre deux comédiens de talent, qui bénéficient de dialogues brillants. Jean Dujardin est Charles Faulque toujours accroché à sa bouteille de vin blanc et son seau à glaçons. Jean Dupontel est le Cancer, bien décidé à pourrir les derniers moments de l'existence de l'écrivain. Charles Faulque bénéficie de la surveillance attentionnée de sa gouvernante. Elle aussi atteinte d'un cancer ( Anne Alvaro excellente) et veille amoureusement sur la vie de l'écrivain. Bertrand Blier nous invite à penser que la tendresse et l'amour sont les seuls barrages à la maladie. Pour définir la tonalité du film laissons la parole au réalisateur:"Je traite de sujets graves de façon légère car mon film n'est pas triste". La mise en scène est parfois paresseuse, Blier se contente de filmer ses acteurs, et Le bruit des glaçons manque dans l'ensemble de rythme mais reste agréable à regarder.
LE BRUIT DES GLAÇONS : BANDE-ANNONCE







