Arne Dahl. Europa Blues.
Arne Dahl. Europa blues.
Europa blues de Arno Dahl policier appartient au genre policier que l'on peut qualifier de choral. Il n'existe pas de personnage central ou sa variante le duo classique, mais l'enquête est réalisée par une série d'inspecteurs qui participent à la même résolution de l'affaire. Difficile de ne pas faire penser à Ed Mac Bain et à ses flics du 87°district, et aussi à Martin Beck et ses adjoints sortis des livres des auteurs Sjöwall et Wahlöö.
A Stockholm, une unité spéciale d'une dizaine policiers est chargée de résoudre les crimes de "catégorie internationale". Cette équipe soudée, majoritairement constituée de vieux routiers, est commandée par Jan-Olov Hultin qui semble atteint par un Alzheimer précoce comme l'atteste son incontinence et ses trous de mémoire de plus en plus fréquents.
A Stockholm, l'équipe se trouve aux prises avec une série d'événements qui vont rapidement apparaitre étrangement liés: la mort d'un proxénète dévoré par des gloutons dans le zoo du Skansen et le meurtre horrible d'un vieillard, ancien déporté dans le cimetière juif. Ils sont persuadés que ces affaires se raccordent avec la fuite de prostituées de l'Europe de l'Est et la découverte du cadavre d'un jeune malfrat sous les rames du métro.
Mais toutes les réponses ne se trouvent pas seulement à Stockholm, mais aussi à Odessa, Milan, et Weimar l'ancienne capitale de la première république allemande qui vit passer Schiller, Goethe, Bach… Weimar la capitale culturelle fut aussi le berceau des jeunesses Hitlériennes, et aux portes de la ville, fut construit le camp de concentration de Buchenwald.
Les enquêteurs trouveront dans les archives de l'Histoire les clés de la résolution de leur enquête. Et le livre devient dérangeant. Dans Europa Blues, le Suédois Arne Dahl rappelle les complicités de son pays et de la Finlande voisine avec le régime nazi et ses théories et pratiques racistes.
Dahl construit impeccablement son histoire d'enquêtes parallèles en faisant varier habilement les tonalités, il sait alterner les scènes dramatiques, d'actions et manie régulièrement l'humour. La tension monte progressivement jusqu'au dénouement final.
Arne Dahl confirme avec Europa blues, un titre totalement justifié, ses grandes qualités d'écrivain.
Définition de Blues: complainte du folklore noir américain au rythme lent qui est à l'origine de la musique de jazz. Familier : cafard, mélancolie, idées sombres: Avoir le blues. Dictionnaire Larousse.

Leonardo Padura. L'automne à Cuba.
Leonardo Padura. L'automne à Cuba.
La Havane se prépare à recevoir l'arrivée de l'ouragan Feliz au moment où le Lieutenant Mario Conde décide quitter la police, avant de devenir un cynique ou un insensible, ou un endurci …qui ne fait plus la différence entre voir un cadavre et boire un soda. Le chef de la police promet d'accepter sa démission à la condition que Conde réussisse à boucler une enquête en trois jours. Il doit trouver l'assassin d'un ancien cadre du service des expropriations qui s'est exilé 15 ans plus tôt et a été autorisé à revenir à Cuba pour voir son père malade.
A travers cette histoire, Padura, qui vit à Cuba, revient sur une période marquante de l'histoire de la révolution Cubaine. Le régime dirigé par Castro depuis la chute du dictateur Batista en janvier 1959, adopte progressivement une ligne marxiste, se rapproche de l'Union Soviétique, provoquant l'exil de milliers de bourgeois. Les biens des notables ( domaines, mobilier, oeuvres d'art …) ont été confisqués par l'Etat et ont permis l'enrichissement de fonctionnaires peu scrupuleux. Padura dénonce la corruption qui sévit dans toutes les administrations cubaines, en commençant par la police. Tout s'achète, se monnaie, dans un pays où les habitants connaissent les cartes de rationnement : alimentation, vêtement….
Mario Conde attend l'ouragan avec une certaine impatience, car son passage doit être le départ d'un nouvelle vie. Il devient le symbole d'une nouvelle existence pour Conde et ses vieux amis d'enfance. Lui décide de se lancer dans l'écriture, El Rojo se tourne vers Dieu, Andrés annonce son départ de Cuba.
Leonardo Padura dresse avec talent le portrait de personnages hauts en couleur. Conde est un flic fatigué qui incarne toutes les désillusions du peuple cubain. Dans sa dernière enquête il croise un extraordinaire vieux médecin, un conteur d'histoires fantastiques qui remontent aux temps de conquistadores et de la flibuste. Le vieillard, doué de sens prémonitoire, sait aussi écouter le langage des plantes.
Avec L'automne à Cuba, j'ai fait la découverte d'un excellent auteur. Un très bon livre.
Thorarisson. Le temps de la sorcière.
Einar reporter du journal du soir a été muté dans la petite ville de Akureyri dans le nord de l'Islande par son nouveau rédacteur en chef en compagnie d'un collègue qu'il n'apprécie pas et d'une photographe charmante mais intéressée uniquement par les personnes de son sexe. Dans l'agence, loin de Reyjavick et de sa fille Gunna, Einar qui a décidé de ne plus toucher à un verre d'alcool s'ennuie mortellement. Il déteste rédiger le compte-rendu des réunions électorales, meubler la rubrique de chiens écrasés, poser des questions stupides à des badauds dans la rue pour la rubrique hebdomadaire: de la Question du jour. Sa seule distraction réside dans ses tête à tête avec Snaelda peu bavarde et à la personnalité surprenante (à vous de la découvrir).
Mais Einar va sortir de sinistrose en enquêtant sur la mort déclarée accidentelle d'une femme. La mère de celle-ci est persuadée que son gendre l'a tué :
"Oui, c'était bien un meurtre. Un meurtre commis du sang le plus froid qui puisse couler dans les veines de quelqu'un" . Peu de temps un brillant étudiant Skarphedinn, passionné par l'étude des traditions islandaises, disparaît et son cadavre calciné est retrouvé dans une décharge. Les deux affaires semblent n'avoir aucun lien entre-elles.
Le livre suit le rythme de l'enquête et de ses difficultés. Einar, en bon reporter, cherche à reconstituer le puzzle des événements en cernant la personnalité des protagonistes en remontant dans le passé. Dans ses recherches le journaliste dévoile un certain nombre de maux dont souffre la société islandaise. Des sites magnifiques sont massacrée par des capitalistes à la recherche du profit immédiat. L'industrialisation s'accompagne de l'essor d'une immigration venue de pays proches Polonais, Pays Baltes…mais aussi de toute l'Europe et même d'Asie. L'immigration déclenche chez de nombreux islandais, qui voient s'effriter leur culture, un sentiment de rejet et de racisme déclaré. La drogue, en particulier dans la jeunesse, est devenue un véritable fléau au même titre que l'alcool. Et les actes de violence se multiplient même dans des bourgades autrefois bien calmes.
La force du livre est de dresser un tableau sans complaisance des difficultés sociales de l'Islande actuelle sans dogmatisme. L'intrigue policière n'est jamais délaissée et l'humour traverse tout le livre. Einar analyse en permanence les situations avec dérision et auto-dérision. Ainsi par exemple quand il présente les rapports qu'il entretient avec sa hiérarchie:
"Je m'interroge ensuite sur mon invariable propension à me quereller avec les rédacteurs en chef (…) Est-ce que je pense être meilleur et plus calé que n'importe quel rédacteur en chef en termes de rédaction ? Alors même que je me dérobe quand on m'offre le poste? Et oui, c'est possible que tout soit possible! Je ne voudrais vraiment pas m'avoir comme subalterne."
Thorarinsson signe avec "Le temps de la sorcière" un excellent livre noir.
Kjell Ola Dahl - Faux-semblants.
Présentation de l'éditeur:
Oslo, au cœur de la nuit. Le corps sans vie d'une jeune femme est retrouvé dans une benne à ordures. Nu, le cadavre a été soigneusement enveloppé dans un film plastique, les parties génitales ébouillantées, comme si l'on avait cherché à masquer une quelconque trace de viol.
Dépêché à l'Institut médico-légal, l'inspecteur Frank Frølich est chargé de l'enquête. Quand il découvre le visage de la victime, son trouble est manifeste. Cette femme, il ne la connaît que trop bien : la veille, il l'a arrêtée en flagrant délit de possession de stupéfiants avant de la croiser quelques heures plus tard au bras d'un vieil ami d'enfance perdu de vue depuis des années et qui célèbrait son mariage. On dit souvent que la mariée est trop belle. Celle-ci semble trop mystérieuse...
Tiraillé par ce conflit d'intérêts, et alors qu'une nouvelle affaire éclate avec la disparition d'une jeune étudiante ougandaise, Frank Frølich se rend vite compte qu'il va devoir replonger dans les moments troubles de son adolescence pour trouver les clés de l'énigme...
Mon avis :
Faux-semblants est le troisième volet de la série d'enquêtes qui réunit le commissaire Gunnarstranda et son adjoint l'inspecteur Frølich, personnage central de la présente histoire. Dahl construit avec habileté son récit. Comme Frølich, le lecteur est entraîné à construire des hypothèses, à suivre parfois des pistes erronées; il est amené à se faire abuser par des faux-semblants. Il est placé dans la démarche quotidienne du policier, réfléchit avec lui. Ici, pas d'effets spectaculaires. C'est un roman d'investigation classique. Mais plus que la résolution des enquêtes policières menées en parallèle, l'intérêt principal du roman provient de la découverte d'un pan du passé douloureux de l'inspecteur Frølich. Comme dans tous les bons romans policiers, l'aspect humain, la richesse des personnages et leurs relations prennent le pas sur l'intrigue. Cependant au cours de la lecture une certaine distance s'établit entre le lecteur et les personnages principaux. En effet, la personnalité des deux policiers n'est pas assez affirmée et développée. Frolich ou Gunnarstanda ne sont pas encore à la hauteur du retraité Wallender de Mankell, il leur manque une once d'épaisseur charnelle qui ferait d'eux, plus que des personnages de roman, des amis qui nous accompagneraient comme s'ils étaient réels!
Le romancier norvégien a pourtant un véritable talent d'écriture, son style est fluide, plaisant et fait de Faux-semblants une lecture agréable.
Merci à Dialogues Croisés.

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Kenzaburo Ôé. Gibier d'élevage.
Alors que la seconde guerre mondiale est en train de s'achever, un avion miltaire américain s'écrase dans une région montagneuse isolée du Japon. Les habitants d'un petit village capturent le survivant, un noir de grande taille, et l'enferment dans une cave. Mais quel sort réserver au prisonnier? les autorités civiles et militaires de la ville voisine sont incapables de fournir une réponse. Pour les adultes, l'étranger devient une bouche à nourrir et laissent aux enfants le soin de surveiller et de s'occuper du Noir.
Le narrateur est un de ses enfants chargés du prisonnier. Dès le début du récit, il est chargé de lui apporter sa nourriture et il va peu à peu dépasser sa peur et sa méfiance, Il prend même la décision de le libérer l'américain de ses chaînes, qui ainsi devient libre de ses mouvements dans le village. Le Noir est décrit comme une bête immense, attirante et inquiétante. Son odeur est repoussante, ses " bras incroyablement longs", ses mains semblables à des "pattes" "aux phalanges hérissés de poils raides" . Le comportement du prisonnier s'assimile souvent à celui d'un animal. Lors de son premier repas le prisonnier "flairait " le lait de chèvre avant de l'engloutir avidement "la gorge du noir gougloutait comme un tuyau de vidange" et le lait débordait "dévalait le long du cou, mouillait la chemise ouverte, coulait sur la poitrine, s'immobilisait sur la peau gluante…et le noir avalait le poisson séché "broyé avec les arêtes et tout, par les mâchoires aux dents éblouissantes." Lors d'une baignade, les enfants du village amènent au noir excité une vieille chèvre: "il sauta hors du bassin et entreprit de besogner la chèvre effarée et bêlante". Parfois "il rugissait".
L'enfant croit pouvoir se faire un ami de l'étranger, mais l'arrivée de l'américain signifie l'irruption de la guerre, de la violence dans le village: "cette interminable et sanglante bataille aux dimensions gigantesques, allait sûrement se prolonger encore. Cette espèce de raz de marée qui, dans les pays lointains, emportait les troupeaux de moutons et ravageait les gazons fraîchement tondus, cette guerre là, qui eût jamais pensé qu'elle dû parvenir jusqu'à notre village." Et l'enfant devient tristement un adulte. Gibier d'élevage est un conte cruel, dérangeant et prenant.
Pour Gibier d'élevage, Kenzaburo Ôé a reçu le prix Akutagawa ( l'équivalent de notre prix Goncourt ) en 1958.
Andrea Camilleri. Intermittence.
Andrea Camilleri. Intermittence.
Présentation de l'éditeur:
La Manuelli, l’une des plus grandes entreprises d’Italie, est à un tournant : ses dirigeants préparent la fermeture de certains établissements en même temps que l’absorption d’une autre société, l’Artenia. À cette occasion, les cruels jeux du pouvoir et de l’argent vont voir s’affronter le vieux Manuelli, père fondateur, tout imprégné de son importance historique, son fils Beppo qu’il méprise, De Blasi, directeur, vrai patron de la société et requin impitoyable, sa secrétaire Anna, amoureuse d’un gigolo, la très troublante et ambitieuse Licia, fille du fondateur de l’entreprise absorbée, un sous-secrétaire d’Etat avide et bigot, des ouvriers en grève et des hommes de main sans scrupules. Andrea Camilleri aborde ici un nouveau genre, le thriller économique, et réussit une fois de plus à nous surprendre.
Mon avis:
L'auteur nous emmène dans les coulisses d'une grande entreprise italienne, dirigé par son fondateur, le vieux Manuelli. Tous les personnages principaux , capitaines d'industrie et politiciens qui leur sont attachés, présentent au public une face lisse, un côté docteur Jekill. Ce sont des notables policés sur qui repose la santé économique et l'avenir de l'Italie. Dans les coulisses ces dirigeants sont des loups qui s'entredéchirent, pour le pouvoir et l'argent, c'est leur côté Mr. Hyde. Ils sont sans foi, sans morale, sans scrupule. Supprimer 500 ou 1000 emplois n'a guère d'importance, la vie d'un homme se calcule en fonction des conséquences économiques qu'elle peut engendrer, seul compte le profit et la réussite personnelle. Ces hommes ont besoin d'assouvir leurs appétits sexuels, le sexe est un défoulement à leur soif de puissance. Si certaines femmes sont des victimes des comportements machistes, des perversions et des manipulations de ces hommes, d'autres participent cyniquement à leur jeu de prédateurs.
Andrea Camilleri écrit un thriller économique très nerveux, au ton souvent ironique, remarquablement écrit et très bien dialogué. Le rythme est rapide sans aucun temps mort.
Un très bon roman.
Merci à Dialogues Croisés.
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Kjell Ola Dahl. L'homme dans la vitrine.
Kjell Ola Dahl. L'homme dans la vitrine.
Présentation de l'éditeur
En ce petit matin glacé, un vieil homme assis nu dans la vitrine de son magasin d'antiquités à Oslo. Il a été assassiné, étranglé avec un cordon rouge, une inscription mystérieuse et tracée au feutre bleu sur son torse... Le commissaire Gunnarstranda et l'inspecteur Frølich sont chargés d'enquêter sur la victime, Reidar Folke Jespersen, et ses proches qui ne semblent guère affectés par sa mort. À force de chercher au coeur des petits secrets jalousement gardés et de dévoiler les pires mensonges, les deux policiers vont mettre au jour une terrible histoire d'amour et de vengeance.
Mon avis:
L'antiquaire Reidar Folke Jespersen en 80 ans d'exigence ne s'est pas fait que des amis. Sa disparition ne provoque pas franchement de regrets dans son proche entourage: épouse, fils, belle fille, frères ne sortent pas les mouchoirs…car le bonhomme de son vivant était plutôt désagréable et tyrannique. Gunnarstranda et son lieutenant Frolich mènent une enquête traditionnelle qui consiste à enregistrer et confronter les témoignages. Ils progressent pas à pas, vérifient les alibis, cernent progressivement la personnalité des suspects potentiels. Dans cette lente avancée vers la vérité c'est surtout la personnalité de Reidar Folke Jespersen qui se révèle. Les policiers mettent à jour des pans du passé de l'antiquaire. ILs remontent à la surface des événements qui se sont produits lors de l'occupation de la Norvège par l'Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale.
Gunnarstranda et Frolich constituent une paire classique de policiers de la littérature en ce sens que s'ils se différencient par leur âge, leur stature ou leurs goûts, ils sont totalement complémentaires dans le travail.
Un livre agréable, bien écrit. Pour les amateurs de la littéraire policière d'investigation.
Percival Everett. Désert Américain.
Présentation de l'éditeur
Professeur à l'université de Los Angeles, marié, père de famille et convaincu, à l'heure des funestes bilans de la quarantaine, de n'être qu'un loser, Théodore Larue est en route vers son suicide quand un camion heurte de plein fouet sa voiture et projette son corps à travers le pare-brise, le laissant fort proprement décapité. Les services funéraires recousent tête et corps à la va-vite, mais voici qu'au beau milieu des funérailles Ted se redresse et s'assied dans son cercueil... Qu'il prenne pour cible les médias, le fanatisme religieux ou les consternantes pratiques des milieux universitaires, Percival Everett livre ici la satire aussi grinçante que jouissive d'une société américaine parfaitement déboussolée tout en proposant une troublante méditation sur notre condition de vivants.
Mon avis:
Vivre avec une tête recousue, un coeur et des organes internes qui ne fonctionnent plus est un cas inexpliqué, surprenant, et inquiétant. Avoir un mari ou un père ressuscité est difficile à vivre surtout quand la presse avide de sensationnel assiège votre maison. Est il encore de ce monde par la volonté divine, ou la volonté du diable? existe-t-il une explication scientifique?
Le point de départ de l'intrigue est totalement irrationnel, farfelu. Mais Ted Larrue, personnage inexistant de son vivant devient le centre du monde après sa mort. Dans sa nouvelle existence, Ted se rend compte de son égoïsme passé, de la médiocrité de ses comportements antérieurs, il se trouve transformé, devient plus posé, lucide. A travers le regard de son personnage, Percival Everett dresse le tableau peu reluisant de la société américaine, en commençant par le monde de l'université que l'auteur connait bien. En effet, Everett est professeur à la Southern California University, et certains de ses collègues ont dû rire jaune en lisant l'ouvrage. L'auteur s'attaque avec humour mais aussi avec virulence, aux médias charognards, au fanatisme religieux et aux sectes, aux services secrets américains ,à la recherche scientifique réalisée par des apprentis sorciers sans conscience.
Le livre commence dans un éclat de rire, progressivement la tonalité devient cependant plus grave même si les situations improbables et loufoques provoquent encore le sourire. Ted comprend que sa place n'est plus du côté des vivants, mais qu'il doit rejoindre le royaume des ombres. Un livre très agréable.
Merci à Keisha.
Stephen Humphrey Bogart. Le remake. As time goes by.
Présentation de l'éditeur:
R.J. Brooks, détective privé, est le fils de deux monstres sacrés. Et comme si gérer cette légende dorée n'était pas assez difficile, voilà qu'une productrice de Hollywood prépare le remake de leur film culte. Il ne peut s'empêcher de couvrir d'invectives cette ogresse, de menacer de mort tous ceux qui travaillent avec elle... Lorsque, de surcroît, sa petite amie Casey annonce qu'elle part pour Los Angeles travailler sur le film, la trahison est totale. Mais si sombre que lui paraisse le tableau, il va encore se noircir. Les membres de l'équipe du tournage deviennent la proie d'un serial Killer. Et R.J. se retrouve lui-même au premier rang des suspects...
Mon avis:
Le remake est un bon polar dont une partie de l'intrigue se situe dans le monde du cinéma, dans des studios hollywoodiens. Mais l'intérêt du roman réside dans la personnalité de son auteur Stephen Humphrey Bogart, le fils de Lauren Bacall et de l'immense Bogey. Le titre original du livre "As time goes by" fait référence à la chanson de Casablanca interprétée par Doodley Wilson dans film mythique de Michael Curtiz, avec Ingrid Bergman et Humphrey Bogart:
You must remember this
A kiss is just a kiss, a sigh is just a sigh.
The fundamental things apply
As time goes by.
Le héros du roman est un peu le double de l'auteur. R.J Brooks est une copie de Marlowe le héros de Chandler interprété par Bogart, Brooke est le portrait craché son père, comme Stephen est la copie conforme de Humphrey. Etre le fils d'une star idolâtrée et lui ressembler est difficile à supporter:
Toute sa vie, il avait été harcelé par les fans de son père, et il en était arrivé,à un point où ils ne le dérangeaient plus. Il avait traversé une période où le fait d'entendre le nom de son père éveillait chez lui de la colère, puis de violents élans protecteurs, de la paranoïa, de l' amertume, de l'amusement, et enfin de l'indifférence. Il savait maintenant qui il était; il ne marchait plus sur les brisées de son père, et tout ce qui l'intéressait encore dans ces manifestations d'admiration, c'était de qui elles venaient.
Avant de trouver cet équilibre, cette sérénité et de se faire un prénom, Stephen Bogart a connu des périodes difficiles plongeant dans l'alcool et la drogue. Il a pu sortir de cet enfer grâce à l'aide de sa compagne devenue son épouse Barbara, dont il a trois enfants Richard, Jamie , Brooke (d'où le nom de son héros) et en suivant une thérapie. Il a fui la Californie qu'il n'aime pas:
...ça manque d'air et ceux qui y vivent me donnent des boutons
Il a choisi de vivre dans le New Jersey et adore New York:
il y avait une énergie incroyable à New York…une véritable énergie concrète, qui faisait qu'on se sentait lucide et infatigable. Rien que d'être là, RJ marchait plus vite, réfléchissait mieux, travaillait un peu plus efficacement.
Dans le roman , Stephen Bogart fait allusion à la rencontre de ses parents sur le tournage du Port de l'Angoisse en 1945 de Howard Hawks:
"A vos beaux yeux" était le film sur lequel travaillaient ses parents lorsqu'ils s'étaient connus. Le scénario était formidable, et l'alchimie entre les acteurs- en particulier entre ses parents- avaient été d'une qualité dont rêvent tous les professionnels du cinéma.
Le titre fictif du film, A vos beaux yeux, fait référence au surnom que l'on a donné à Lauren Bacall au moment du tournage: "The look", car elle joue souvent la tête baissée et ne lève le regard que pour fixer Humphrey Bogart.
Les relations difficiles entre Stephen et sa mère sont évoquées à quelques reprises dans le roman . A la mort de son mari Lauren Bacall a repris son métier d'actrice ne consacrant qu' un temps limité à l'éducation de ses deux enfants:
Voilà qui l'avait bien fait rire bien des fois au fil des années, l'idée qu'un flic de Los Angeles eût plus de temps à lui consacrer que sa propre mère. Enfin c'était du passé tout ça. Il en avait pris son parti et n'y pensait plus depuis belle lurette.
Stephen s'est fait un prénom. C'est un producteur de télévision, auteur de plusieurs romans noirs et d'une biographie de son père.
Arnaldur Indridason. Betty.
Betty ou Le facteur au pays des geysers.
Présentation de l'éditeur:
"Dans ma cellule je pense à elle, Betty, si belle, si libre, qui s'avançait vers moi à ce colloque pour me dire son admiration pour ma conférence. Qui aurait pu lui résister. Ensuite, que s'est-il passé ? Je n'avais pas envie de ce travail, de cette relation.J'aurais dû voir les signaux de danger.J'aurais dû comprendre bien plus tôt ce qui se passait.J'aurais dû ...J'aurais dû ...J'aurais dû…Maintenant son mari a été assassiné et c'est moi qu'on accuse. La police ne cherche pas d'autre coupable. Je me remémore toute notre histoire depuis le premier regard et lentement je découvre comment ma culpabilité est indiscutable, mais je sais que je ne suis pas coupable." (extrait du roman)
Mon avis:
Si Betty est dernier livre de Indridason publié en France, sa parution en Islande est beaucoup plus ancienne et date de 2003. Il n'appartient pas à la série des enquêtes du commissaire Erlendur qui ont rendu célébre l'auteur. Betty est un coup de chapeau au roman noir américain en général et à James Cain en particulier. D'ailleurs Indridason choisit de placer un extrait de Le Facteur sonne toujours deux fois, en guise de préambule à son livre:
« Ceci devrait être un meurtre tellement désolant que ça n’en serait même pas un, mais seulement un banal accident de voiture qui arrive quand des hommes sont soûls et qu’il y a de l’eau-de-vie dans la voiture et tout ce qui va avec . »
Indridason réalise une transposition de l'intrigue du Facteur ou d''Assurance sur la mort en Islande. Un narrateur en prison nous raconte à la première personne comment par amour fou pour une femme, Betty, littéralement ensorcelé il a participé au meurtre du mari de celle ci, un riche armateur. Betty est le type de la femme fatale au passé misérable, diabolique, avide de richesse qui n'aime pas son époux et veut simplement faire main sur sa fortune. Méticuleusement elle prépare le meurtre de son mari qu'elle maquille en accident, elle veut réaliser le crime parfait .
A la suite de James Cain, on ne compte plus le nombre de romanciers et de cinéastes qui ont repris cette trame, et le déroulement de l'histoire d' Indridason semble d'ailleurs bien conventionnel jusqu'au milieu du roman. Mais lorsque le lecteur découvre un pan insoupçonné de la personnalité du narrateur il se rend compte que l'écrivain l'a subtilement manipulé. Betty nous apparaît encore plus machiavélique et plus perverse que nous le pensions, et le narrateur une marionnette bien naïve. Autre surprise, Indridason se démarque du dénouement traditionnel propre à ce type d'histoire.
Un livre très agréable qui se lit d'une traite.







