23 avril 2012

Fred Vargas . L'armée furieuse.

9782878583762Adamsberg ne croit pas à la culpabilité de Momo qui adore brûler des voitures mais sans passager à l'intérieur. Pour le commissaire, Momo n'est pas un tueur, il va alors user de méthodes peu légales pour le protéger. Mais l'air de Paris devient peu respirable pour Adamsberg, qui va être invité à résoudre les crimes commis dans la petite ville normande d'Ordebec. Qui est le meurtrier, bras vengeur  de l'armée furieuse du seigneur Hellequin, surgie du moyen âge.

Le commissaire, le pelleteur de nuages,  va mener son enquête comme d'habitude se fiant à ses intuitions, sans raisonnement cartésien: des lacets, un sucre, un battement d'aile sont à ses yeuxdes indices supérieurs à des empreintes digitales . Il pourra compter avec ses fidèles qui l'aident même en critiquant ses méthodes: le capitaine Danglard l'encyclopédie vivante qui recharge ses accus au petit blanc, les lieutenants Rétancourt, la géante efficace, et Veyrenc le flic poète, son fils Zerk apparu dans la dernière enquête.

Comme dans les ouvrages antérieurs, c'est le personnage d'Adamsberg qui est au centre de l'histoire, l'anti-Sherlock Holmes, la tête dans les nuages. Depuis que je le fréquente il ne donne guère l'impression d'évoluer, c'est toujours le même rêveur que je rencontre. Comme Tintin, Adamsberg ne prend pas une ride, même  si Vargas s'efforce de nous montrer des évolutions dans la vie du personnage. Il est fidèle à lui même, rien ne semble l'affecter profondément. Il est de livre en livre identique, sans surprise, plongé dans des enquêtes de plus en plus improbables. J'ai eu en lisant le livre l'impression de tomber dans une photocopie de l'ouvrage précédent. Vargas plagie Vargas, l'humour en moins. Si je ne me suis jamais lassé des personnages créés par de Mankell ou Hillerman, c'est que ceux-ci vieillissaient, se transformaient au fil des épreuves  leur vie.  Mankell a abandonné Wallender dans sa Scanie, je lui en veux encore et il m'arrive de songer aux visites que Linda doit faire à son père. Que devient-elle? Quel est l'état de santé de Kurt? Peut- être est-il mort ? Avec Hillerman, j'ai suivi le parcours de Joe Leaphorn, et je me suis réjouis que ce soit  Jim Chee qui ait pris sa succession, car le pays Navajo a besoin d'hommes de cette trempe. Je ne sais plus rien d'eux depuis qu' Hillerman nous a quittés.

Cette longue parenthèse achevée, ceux qui n'ont pas lu tous les ouvrages de Fred Vargas prendront sans aucun doute plaisir à découvrir un roman bien écrit  et un flic atypique: le pelleteur de nuages.

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11 avril 2012

Chabouté. Purgatoire.

Chabouté. Purgatoire.

Purgatoire-IntegraleLes trois  albums de Purgatoire ont  été publiés entre 2003 et 2005, avant d'être  réunis en un seul tome. Le personnage central de l'intrigue, Benjamin Tartouche,  est un un homme de 27 ans qui après avoir hérité de la maison d'une vieille tante a créé une petite société en free-lance, l'avenir semble radieux. Mais le bonheur est de courte durée: sa maison brûle et Benjamin se fait arnaquer par son assureur sans scrupule, qui va même le renverser au volant de sa voiture. Benjamin décède. Il gagne le purgatoire et le gardien du lieu lui fait savoir que pour gagner le paradis, il doit retourner sur terre pour sauver une âme, devenir  la bonne conscience d'un vivant. Et Benjamin revient sur les lieux mêmes de sa disparition. La ville est alors en campagne électorale.

Le scénario m'a déçu car très manichéen,  Chabouté  divise la société en deux camps radicalement opposés. Les bons sont les faibles et les opprimés victimes des puissants, des odieux capitalistes et financiers, du système administratif qui broie l'individu. L'assureur concentre sur sa personne tous les défauts des nantis. C'est le portrait du salaud intégral: menteur, voleur, manipulateur, phallocrate,misogyne, raciste, violent…A sa mort c'est sûr il prendra l'ascenseur dans le sens de la descente vers les enfers.  Si Tartouche passe par la case purgatoire avant d'espérer gagner le ciel, c'est qu'il a été sur terre un peu machiste, un tantinet raciste, un chouia égoïste…mais pas trop cependant!  Chabouté a une vision un peu puérile et primaire de la religion. 

purgatoiret3_1La fin de l'album faite pour surprendre, n'étonne pas les lecteurs habitués aux contes de fée et amateurs de Blanche Neige en particulier.  La dernière phrase de Purgatoire pourrait être : ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants…

Reste la qualité du dessin de Chabouté et de l'utilisation habile des encrages et de la colorisation qui permet de distinguer les "Consciences" invisibles, en noir et blanc, qui errent autour du monde coloré des vivants. Pour oublier ma déception, Je vais de ce pas replonger dans la lecture des remarquables: "Tout Seul" et "Construire un feu".

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29 mars 2012

Simenon. Maigret à New York.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale,  Simenon s'installe au Canada avant de gagner les Etats Unis, qu'il traverse de part en part .Durant cette période américaine qui va de 1945 à 1952, Simenon va écrire pas moins de 35 ouvrages. dont Maigret  à New York, écrit en une semaine en mars 1946 lors de son séjour dans la ville.

 

Présentation de l'éditeur:

Paisiblement retiré à Meung-sur-Loire, le commissaire Maigret se laisse convaincre par un tout jeune homme, Jean Maura, de l'accompagner à New York.Maura s'inquiète pour son père, un homme d'affaires d'origine française, qui semble en proie à de graves soucis.Maigret va se trouver aux prises avec une ténébreuse affaire.Le jeune Maura disparaît inexplicablement.Bien des années plus tôt, Maura père a débarqué à New York avec un ami, Daumale, violoniste de son état. Qu'est-ce qui les a séparés ? Qu'est devenu l'enfant mis au monde par Jessie, à l'époque la maîtresse de Maura ? Un lourd secret expliquerait-il que l'homme d'affaires soit victime d'un chantage ? L'affaire sera élucidée, mais le commissaire, sur le bateau qui le ramène en France, se demandera ce qu'il est allé faire, au juste, dans la métropole américaine qui ne l'a guère emballé...

Mon avis:

Maigret se trouve confronté à un autre univers, l'immense métropole New Yorkaise, "la cité monstrueuse" et tout d'abord il regrette d'avoir franchi par bateau l'Atlantique. Dans la brume qui enveloppe le port et la ville, pour gagner son hôtel il traverse des quartiers sales et laids "à en donner la nausée". le malaise de Maigret persiste au fil des pages. Il découvre que locataires des immeubles ignorent l'identité de leur voisin, qu'ils disparaissent sans laisser d'adresse. Alors qu'à Paris au lendemain de la libération , les habitants  des quartiers se connaissent. Le commissaire se sent mieux à Greenwich village, "une petite ville encastrée dans la ville"  .  Maigret  finit par prendre ses habitudes dans Broadway . Et l' enquête  progresse au rythme de l'appropriation de l'espace urbain par Maigret. D'un lieu à un autre,  le commissaire noue  progressivement les fils du passé, les fils de la mémoire. En ce sens Maigret est un européen qui se réfère en permanence à des socles, des valeurs bien fixées et il se heurte à une autre vision du monde celui de la mobilité.

Certainement pas le meilleur Maigret, mais un roman bien agréable.

 

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13 février 2012

Labère. Frey. Calle del Barco.


Nelly Labère. Aurélia Frey. Calle del Barco 13:

presentationIl est des parutions d'ouvrages que vous marquez d'une pierre blanche.C'est évidemment le cas  quand sort le premier livre de votre  fille photographe. Le texte, bilingue français et espagnol,  est rédigé par Nelly Labère et les photographies d'Aurélia Frey. Impossible de réaliser une critique de ma part, elle n'aurait aucune valeur objective. 

Présentation de l'éditeur:

Calle del Barco 13 est un livre utopique qui réunit 13 portraits littéraires et photographiques d'un quartier énigmatique de Madrid, entre Chueca et Malasaña. Photographies, citations, textes poétiques se mêlent pour suggérer la vie et l'âme d'une rue à la fois réelle et fantasmée. Fruit de la collaboration entre Nelly Labère, auteur, et Aurélia Frey, photographe, Calle del Barco 13 invite à entrer dans l’imaginaire d’une ville secrète et sensuelle, Madrid.

Ouvrage disponible:

Sur le site de la CASA DE VELÁZQUEZ: http://www.casadevelazquez.org

Sur le site de la FNAC: http://livre.fnac.com

Sur le site d'Amazone:http://www.amazon.fr

 

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17 janvier 2012

Clara Dupond-Monod. Nestor rend les armes.

67634066Présentation de Clara Dupont-Monod

« Lui, c’était un homme d’excès. Un homme qui n’avait pas peur des outrances, prêt à vivre avec un corps et une mémoire démesurés. Il mangeait trop, dormait en criant, ne passait pas les portes et ne faisait aucun effort pour se lier. »

Résumé de l'éditeur:

Clara Dupont-Monod, avec ce nouveau portrait d’un être des marges, poursuit une œuvre forte et singulière. Nestor est obèse. De cet homme désigné au regard des autres comme un monstre, elle tente, avec une paradoxale économie de mots, de saisir le mystère. Au fil des pages, et comme à l’insu du lecteur, le gros père prend la dimension d’un être humain riche de son histoire. Celui dont le seul horizon est la photo d’un phare du bout du monde devient sous nos yeux un personnage : argentin, arrivé en France pendant la dictature, il y a retrouvé une jeune femme qu’il a épousée et avec qui la vie était douce. Jusqu’au drame qui inexorablement les a éloignés l’un de l’autre, au point qu’il finisse enfermé dans la rassurante forteresse de sa propre chair. À force de patience et de tendresse, une jeune femme médecin parviendra peut-être à conjuguer sa propre solitude à celle de ce patient peu ordinaire. La langue riche et précise de Clara Dupont-Monod agit comme un charme puissant pour suggérer l’indéfinissable attachement qui naît entre ces deux-là. L’écrivain se garde bien de conclure : trois issues s’offrent au lecteur, comme s’il était impossible qu’une histoire aussi improbable et bouleversante finisse mal.

Mon avis:

Nestor est un argentin qui a fui la dictature militaire des années 7O. Il est en apparence un bon mari, qui se rend tous les jours en bus  à l'hôpital au chevet de son épouse Mélina  plongée dans le coma. Mais en réalité  Nestor est indifférent à la situation de sa femme "Melina meurt et je m'en fous"  . Au retour de l'hôpital,  il fait ses courses et  dans sa cuisine on n'se prépare à manger et avale d'énormes quantités de nourriture. Manger c'est le moyen de lutter contre la maladie que l'opère pas, la solitude, comme il le déclare: "Je suis horriblement seul". Nestor est devenu obèse, son physique lui permet de s'isoler du reste du monde car "un gros c'est repoussant, au sens propre, au sens sale aussi…".  Nestor ne s'aime pas: "Je suis un salaud …un bon gros vrai salaud, incurable et assumé, qui se fiche de tout, sauf de son déjeuner." 

 L'auteur nous livre  peu à peu les raisons de cette attitude. Le départ d'Argentine pèse sur les épaules de Nestor car "l'exil était cet écrasant pouvoir de fatigue…Partir, c'est moins douloureux qu' être parti". Mais un drame a surtout provoqué l'éloignement entre Nestor et son épouse et l'a plongé dans cette terrible solitude. Alice,une jeune femme médecin, solitaire elle aussi, arrivera à fendre la carapace de chair épaisse dont s'est entouré Nestor.

Le roman présente un double narration. Un narrateur extérieur. nous décrit avec une précision parfois quasi- scientifique, le comportement, le  moindres geste de Nestor, et nous fournit les clés de l'histoire.  Régulièrement Nestor intervient, nous livre ses pensées, se juge sans complaisance. Nestor est un être fascinant, que vous ne voulez pas quitter un seul instant quand vous avez commencé la lecture du roman.Seul bémol au roman, j'ai eu beaucoup moins d'empathie pour Alice, personnage auquel j'ai eu du mal à croire.

Nestor rend les armes est un grand roman, Clara Dupont-Monod un véritable auteur.

Merci à Jeneen

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16 janvier 2012

Fajardie . Les hauts Vents

les-hauts-vents_couvPrésentation de l'éditeur:

Une bourrasque un peu trop violente les a sortis du circuit. Un accident, une dérive...Thomas, seize ans et déjà en galère, Louis, l'ancien ajusteur alcoolique, Patrick, l'ancien démineur de la guerre du Golfe, Moïse, Lister et les autres...Ils ont atterri aux «Hauts Vents», une ferme isolée, transformée en refuge pour ceux dont même les institutions ne veulent plus.De la racaille... De la vermine pour le chef Barrier, vieux routier de l'extrême droite et ses adjoints, chargés de monter dans la région une «Ecole des cadres du Parti».Entre les marginaux et les fachos, ça chauffe dangereusement !. La découverte du corps d'une femme massacrée à coups de hachette allume définitivement l'incendie...Massoulier, le flic, saura-t-il aussi jouer les pompiers ?. 

Mon avis:

Fajardie ne fait pas dans la dentelle. Dans son coin du sud-ouest le monde se divise en deux camps. Dans la ferme des Hauts vents vivent les Bons, vraiment bons, dix hommes exclus et en marge de la société: un intello-ex maoïste, un beur, un noir, un chômeur, des jeunes sans emploi, un immigré portugais…  En face dans le Château, se retrouvent une quarantaine de  méchants , vraiment méchants, d'un parti de l'extrême droite.

Les bons sont intelligents, vraiment intelligents. Les méchants racistes sont bêtes, vraiment bêtes, à commencer par le chef chargé de leur préparation physique. dont la taille du cerveau doit atteindre  celle d'un petit pois extra-fin. Heureusement les boites crâniennes des fachos sont protégées par le béret qu'affichait la milice pendant la seconde guerre mondiale.

Profitant de l'aubaine de la bagarre des deux camps, un violeur et tueur en série après dix ans d'abstinence se remet au boulot. Il faut avoir les oeillères du capitaine de gendarmerie Massoulier pour ne pas trouver le coupable. N'ayant rien d'un Sherlock Holmes j'ai simplement procédé par élimination: le tueur n'appartient pas au camp des Bons par principe, il ne fait pas parti des Méchants qui tuent sur ordre, alors il ne me restait plus dans l'histoire qu'un personnage solitaire en apparence bonhomme. 

La nouvelle écrite avec humour il y une dizaine d'années peut ravir tous ceux qui comme moi n'apprécient guère le bruit des bottes, les héritiers de l'Ordre Nouveau, les nostalgiques de la période coloniale…c'est très agréable de voir ridiculiser une clique raciste et réactionnaire, mais les Méchants maintenant ne sont pas aussi stupides et ont troqué  l'uniforme de la milice pour le costume trois pièces ou le tailleur Chanel et leurs idées se banalisent.

 

 

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15 décembre 2011

Daniel Pennac. Des chrétiens et des maures.

Chr_tiens_et_mauresPrésentation de l'éditeur.

Un matin, en regardant le dernier-né de la tribu Malaussène dans son hamac, le Petit réclame son papa à lui. D'abord insouciant, Benjamin est bien obligé, en le voyant pâlir et maigrir à vue d'oeil, de comprendre qu'il ne mangera pas tant qu'il n'aura pas rencontré son géniteur…..

Mon avis.

Quand  "Le Petit" , le dernier né de la tribu Malaussène entame une grève de la faim pour connaître son père, la panique s'empare de Benjamin. Si toute la fratrie a bien la même mère les enfants sont tous de pères différents passés aux oubliettes. Et voilà que "Le Petit" insiste, il est pris d'une crise de Bartlébysme aigüe, déclarant vouloir son père en utilisant le conditionnel ! 

Dans une histoire totalement improbable, le lecteur de Pennac retrouve avec plaisir toute la smala Malaussène et leurs "sympathiques" amis de Belleville. Mais le personnage clef de l'intrigue est un vrai shériff (et son ténia), qui a subi de multiples passages à tabac. Il est  recueilli à trois quart mort par la famille, qui décide unanimement de le ramener non sans mal à la vie. Dans son coma, l'américain polyglotte se met parfois à prononcer  de curieuses phrases  en anglais, hébreu, italien et surtout à crier en espagnol avec régularité: "Cristianos y moros", des chrétiens et des maures. Bien sûr Pennac nous permet de  découvrir le sens caché de ces étranges exclamations et "Le Petit" va pouvoir cesser sa grève de la faim, s'attabler devant un plat de riz et de haricots sans déclarer comme Bartleby de Herman Melville:  "I would prefer not to ". Au fait comment traduire cette expression? 

Un court roman, un hommage à Melville, qui se lit d'une traite dans un éclat de rire.

 

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" Ce que Dieu ne peut plus faire, une femme, parfois le peut."

 

 

 

 

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28 octobre 2011

Christian Roux. Braquages.

9782070313297-gUn mystérieux personnage Hensley recrute quatre SDF,  sans casier judiciaire, pour les amener à braquer des banques. Les néo-truands recevront un logement et un salaire substantiel, en échange ils s'engagent à réaliser cinq Hold Up en deux ans, de quoi repartir de bon pied dans la vie. Après une formation paramilitaire, ils sont expédiés au coeur de Paris pour leur premier braquage. Mais celui-ci tourne mal, il vire à la prise d'otages car les flics sont arrivés rapidement et massivement sur les lieux. Pratiquement au même moment se produit à l'autre bout de Paris une autre attaque de banque. Le commissaire Devrave, qui se débat avec des problèmes familiaux (son fils fréquente des milieux néo-nazis) est chargé de l'enquête.

L'intrigue est habilement construite. Christian Roux arrive à croiser des histoires qui en apparence sont sans lien entre elles. Les personnages principaux sont  attachants, ce sont des êtres brisés par la société libérale. Les grandes entreprises jettent leurs salariés après les avoir exploités pendant de nombreuse années, les jeunes ne peuvent rentrer sur le marché du travail. Ils deviennent des SDF  qui doivent survivre dans la rue, le territoire des invisibles.

Pendant les Trente Glorieuses…Le chômage ne dépassait pas les trois pour cent et la vie à la cloche pouvait passer pour un acte philosophique- combien de spectateurs ont pu rire devant un Gabin goguenard cabotinant à outrance dans le rôle d'un clochard qui, l'hiver venu, collait une baffe à un flic histoire d'attendre le printemps au chaud.

Aujourd'hui s'étiraient les Vingt-Cinq Désastreuses, le clochard n'existait plus, sa multiplication en avait fait une classe sociale dans laquelle on entrait à reculons sous le nom de SDF, et le jeune bourgeois ne vilipendait plus la société de consommation, il la priait de bien vouloir l'accueillir en son sein et ce au prix de sa propre exploitation.

 Le commissaire voit impuissant son fils adhérer à  une idéologie qui prône la haine raciale, la violence. Dans Paris les  groupes néo-nazis ratonnent en marge d'une manifestation, à la sortie des stades de foot et l'extrême droite progresse à chaque élection. Le roman est noir, très noir. Malheureusement notre société n'a pas évolué dans un sens positif depuis la parution du livre en 2002. Des "Vingt-Cinq Désastreuses" nous sommes passés aux "Trente-Cinq désastreuses" . Un très bon roman. 

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10 octobre 2011

Amélie Nothomb. Tuer le père.

tuer-le-pere-amelie-nothomb_94614_w250Affligeant. Avec Tuer le père  je me suis trouvé plongé dans l'un des plus médiocres romans de la collection Harlequin, celui donné en cadeau avec un paquet de lessive. L'intrigue et les personnages sont sortis tout droit d'une histoire du hall de gare.

Norman, le plus grand magicien du monde prend sous son aile Joe, un ado de quinze ans, né de pères inconnus et  rejeté par sa mère. Norman apprend à Joe toutes les ficelles du maniement des cartes et peu à peu il endosse le rôle du père. Cependant Joe est amoureux de la compagne de Norman, Christina. A l'âge de dix-huit ans il profite de l'état de Christina sous l'emprise du LSD pour lui faire l'amour. Norman les découvre enlacés, la lumière du satellite( nota: la lune) dénonça les corps nus des amants(…)et le LSD n'empêcha pas Norman de souffrir (…) Par amour pour Christina il feignit l'insouciance. Il simula l'extase quand, juché avec elle sur la citerne du camion vidangeur des toilettes, ils assistèrent au lever du soleil sur le désert. Norman pardonne à Joe: "C'est mon fils, pensait-il. Il l'est plus qu'avant. Ce qui s'est passé l'a prouvé." 

Pauvre Norman, car Joe n'a jamais considéré le magicien comme un père adoptif. Celui qu'il a choisi est un étranger, un belge rencontré un soir "son regard a l'air de venir de loin, comme si ses yeux étaient enfoncés".  En le voyant ce soir là, Joe l'a supplié: "S'il vous plaît! J'aurai besoin de vous. J'attends de vous connaître depuis si longtemps. Je viens à peine de vous rencontrer."

Tout le roman est à la hauteur du camion vidangeur. Des dialogues inexistants, une écriture souvent bâclée. Une prétention philosophique. Où est l'auteure que j'ai aimée, celle de "Stupeurs et tremblements" ou de la  "Métaphysique des tubes"? Quel a été le temps consacré à l'écriture de l'ouvrage entre deux prestations télévisuelles ou un défilé de chapeaux : 3 semaines? 3 jours? 3 heures? Un gâchis. Une arnaque littéraire.

Merci à:

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30 septembre 2011

Daniel Picouly et Frédéric Pillot. Le grand concert de Lulu.

 

1218928Lulu Vroumette est de retour ! L'intelligente petite tortue doit affronter une nouvelle fois son adversaire le lièvre Rien-ne-sert…et comme dans la fable…il faut partir à point. Qui sera le vainqueur cette année du grand concert de la clairière? Pour triompher Rien-ne -sert, le lièvre fourbe et quelque peu macho (et même pas roux) est prêt à tout. Lulu forme son groupe : Lulu  et les Lulettes, mais la tortue ne sait pas chanter ! Comment apprendre en peu de temps: voir, écouter, travailler sont les clefs de la réussite. A aucun moment je n'ai douté de la victoire de Lulu (il faut dire que je suis tombé follement  amoureux de la petite demoiselle à carapace).Et  je n'ai pas misé un kopeck sur le triomphe de l'affreux et prétentieux coureur de garenne. Daniel Picouly s'amuse et nous aussi, il jongle avec les mots et, de ses textes, surgit la poésie. Et les enfants me direz-vous? Depuis une dizaine d'albums ils partagent les aventures de Lulu, car avec elle ils découvrent le monde. Avec la petite tortue, enfants et parents apprennent que les filles ont comme les garçons le droit de chanter et que chacun à la liberté de s'exprimer en respectant les autres. Le bonheur naît souvent de rencontres d'horizons divers et pas obligatoirement du fruit de la compétition. Le texte est illustré avec talent par Fréderic Pillot. Il faut s'attarder sur chaque dessin, les personnages sont savoureux, drôles, délirants. Les couleurs éclatent. Un best-seller des classes de maternelle et de premier cycle d'école primaire. Bientôt sur vos rayons de bibliothèque.

 

Nota:L'album fait aussi référence par le texte et les images à des groupes de musique qui ont bercé l'adolescence des parents ou des grands parents.

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