Fredéric Tellier. Les Robins des pauvres. 2010.
"Robin de Sherwood" détroussait les amis du Prince Jean et donnait l'or au peuple pressuré par les impôts. "Les Robins du Cantal" braquent les banques et redistribuent l'argent à tous les exclus de notre société libérale. De quoi rendre nos Robins, les frères Delmas, bien sympathiques. Nous sommes, bien sûr, dans un conte : les pilleurs de banque n'ont pas l'habitude de distribuer l'argent volé et les banques ont plutôt l'habitude de nous tondre pour spéculer sur les prêts douteux. Quand elles perdent quelques milliards, elles demandent à l'Etat (c'est à dire nous) de les renflouer.
Le conte fonctionne, parce que l'histoire s'ancre dans une réalité sociale plausible et les personnages sonnent justes. Les "Robins des pauvres" sont les fils d'un éleveur âgé qui voit disparaître une agriculture traditionnelle à laquelle il a consacré toute sa vie. Les Delmas sont des idéalistes qui pensent aider ceux qui souffrent autour d'eux mais aussi changer le système économique. Le commissaire qui mène l'enquête est touché par tant de naïveté. Dans un film noir, les frères Delmas auraient été abattus sur le bord du trottoir. Nous sommes dans un conte et l'improbable peut arriver.
La réalisation de Frédéric Tellier est particulièrement soignée, aussi bien dans le traitement de l'image et du son que dans la direction d'acteurs. A côtés des excellents comédiens chevronnés que sont Michel Duchaussoy et Hippolyte Girardot, deux jeunes acteurs plein de talent jouent les rôles vedettes, Nicolas Giraud et Aurélien Wilk. Ils semblent tous deux promis à une belle carrière. Une très agréable découverte, un téléfilm de qualité.
Eric Woreth.Le flux et le reflux.Les Petits Meurtres d'Agatha Christie
Les Petits Meurtres d'Agatha Christie. France 2.
Dans cette adaptation du roman d'Agatha Christie sont réunis tous les ingrédients d'un téléfilm à la française. Comme dans de nombreux romans de l'écrivain anglais tout commence par la mort d'un châtelain richissime. Dans le manoir de la victime se retrouvent une famille lésée et une jeune héritière sous l'influence de son frère. Surgit d'un pays lointain un maître chanteur. Le lecteur habitué à l'univers d'Agatha Christie a deviné la suite et la fin de l'histoire à la moitié du récit. Il est vrai que le flux et le reflux est loin d'être le chef d'oeuvre de l'auteur.
Le casting est homogène, de bons comédiens interprètent leur rôle avec conviction, avec une mention toute fois à Dominique Labourier en châtelaine férue de voyance et de divination. La réalisation est sans originalité, conventionnelle. Quelques plans larges, type carte-postale, sur le château pour nous fixer le cadre et nous permettre quelques respirations. Le reste est constitué de scènes dialoguées filmées en plans rapprochés, abondamment éclairées sans nuance. Quelques dialogues ou situations cherchent et parviennent parfois à nous faire sourire et rompre la tonalité dramatique du récit. Un divertissement sympathique et sans surprise. Un élégant téléfilm policier à l'ancienne.
Gilles Barnier .Les beaux Mecs.
Synopsis: En compagnie de Kenz,un petit caïd de cité, Tony le dingue grande figure du banditisme, s'évade de prison. Il a déjà a purgé vingt cinq ans de prison. Le motif de sa cavale est évident: la vengeance.
J'avais vaguement vu que l'histoire des beaux mecs racontait l'histoire d'un truand évadé de cabane après plus de 25 ans passés au placard, et je craignais le pire d'autant que la bande annonce de France 2 avait plutôt tendance à m'effrayer. Mais au hasard de mas lectures, J'ai appris que la série diffusée pendant quatre semaines était écrite par Virginie Brac , alors je n'ai pas pu résister à l'envie d'ouvrir ma télé . En effet j''avais particulièrement apprécié son écriture d' Engrenages, présenté sur Canal+. Et en regardant les deux premiers épisodes des Beaux Mecs je dois avouer que je n'ai pas été déçu, même si le téléfilm n'est pas un chef d'oeuvre inoubliable ( en particulier la musique est souvent pesante). J'ai apprécié le scénario de Virginie Brac et la réalisation de Gilles Barnier. Le plaisir, et la surprise, provient des changements de tonalité permanents des deux premiers épisodes de cette série policière.
Dans une scène j'ai eu l'impression de me retrouver face à Gabin avec des textes d' Audiard ou de Simonin puis d' apercevoir les borsalinos de Belmondo ou Delon au milieu des tapineuses. Et dans la séquence suivante des personnages abandonnent l'argot des années cinquante , et se mettent à jacter en verlan avec saveur. Le spectateur est emporté par un fou-rire, cette histoire de truands en cavale est souvent drôle. Le caïd moderne est un lève tard , il a du mal à sortir de son lit après une teuf mémorable et oublie de faire le plein de sa tire poussive…rien à voir avec les "beaux mecs" d'un autre temps, les planificateurs de la cambriole, les truands au code d'honneur. Mais attention, les petits caïds à la cervelle de moineau restent toujours dangereux et la violence guette à tout instant. N'oublions pas qu'un truand reste dangereux, d'une époque à l'autre. La distribution est remarquable Simon Abkarian incarne Tony un malfrat de la vieille école qui doit s'associer avec l'inénarrable voyou des cités ( formidable Soufiane Guerrab). Que dire de l'interprétation de Victoria Abril en pute de luxe dominatrice….
Un bon divertissement.
La cinquième femme. Téléfilm de Richard Cottan . d'après Mankell.
Trois hommes autour de la cinquantaine sont retrouvés assassinés. Ils sont morts dans dans d'atroces circonstances. L'inspecteur Kurt Wallender est persuadé qu'il existe un lien entre les trois meurtres même si les victimes ne se connaissaient pas. Au cours de l' enquête le père de Wallender décède devant une de ses toiles inachevées . L'intérêt du film tient avant tout dans la qualité de l'interprétation de Kenneth Branagh .Il nous fait ressentir les tourments, la douleur intérieure du personnage, thème majeur des trois téléfilms proposés par la série. Mais la faiblesse de cet épisode, vient de cette omniprésence de l'acteur à l'écran. L'histoire devient totalement secondaire, une simple trame. Les autres personnages sont réduits au rôle de figurants sans consistance, ils servent de révélateur au drame personnel de Wallender. Les rapports de Kurt et de sa fille Lisa si importants dans l'oeuvre de Mankell sont occultés. Une adaptation décevante.
L'homme qui souriait. Teléfilm de Andy Wilson. D'après Mankell.
Kurt Wallender a tué un assassin en état de légitime défense ( dans l'épisode précédent Meurtriers sans visage), mais il ne se le pardonne pas. Cet incident l'a plongé dans une profonde déprime, il songe à quitter la police. Un vieil ami avocat vient lui demande d'enquêter sur la mort mystérieuse de son père, il refuse. Mais quand son ami meurt à son tour Wallender décide de reprendre du service. La trame policière, souvent complexe voire confuse dans le roman, est habilement simplifiée. Elle sert à dresser le portrait d'un Wallender au bord du gouffre, qui va tenter de renaître à la vie en réussissant à résoudre une affaire particulièrement sordide. Dans cette enquête Wallender croise son double, un ancien flic qui a tué par accident une jeune fille et va l'inciter à continuer à travailler dans la police. Quand on est flic on ne sait faire que ça. La lente et douloureuse renaissance de Wallender est symbolisé dans.une très belle scène. Kurt après de longs mois d'absence décide de reprendre sa voiture. Au dessus de son véhicule, un nid avec des oisillons; la voiture qui n'a plus servie depuis longtemps hésite à repartir mais se met finalement en marche: en quelques plans la vie reprend son cours. Kenneth Brannagh est remarquable en Wallender fatigué, hésitant, titubant parfois, qui retrouve peu à peu sa place dans la société qu'il avait quitté. L'adaptation est intelligente et la réalisation particulièrement soignée.
Meurtriers sans visages Mankell. téléfilm de Hettie MacDonald
Après une série de trois épisodes produits et diffusés par la BBC il y a un an . Kurt Wallender interprété par Kenneth Brannagh revient sur nos écrans. Ce téléfilm est une adaptation du premier opus de la série des enquêtes de Wallender ,commissaire à Ystad en Scanie. Mankell a dit avoir écrit son livre au retour d'un exil volontaire de 18 mois, il dresse un constat amer: la société suédoise construite sur le principe de tolérance n'existe plus.
L'enquête de la police d'Ystad commence après la découverte du corps d'un couple de vieux paysans sauvagement torturés. la dernière parole de la vieille femme est : étranger. Ce sauvage double meurtre déclenche une vague de xénophobie, de racisme. La chasse aux immigré s commence.
Dans Meurtriers sans visages, Kenneth Brannagh est omniprésent, laissant peu de place aux autres personnages. Le choix de l'adaptation est de filmer les tourments, les souffrances intérieures du personnage de Wallender. Il doit résoudre le plus vite possible les meurtriers du vieux couple pour arrêter les incidents racistes. Mais en même temps il doit tenter de gérer sa vie personnelle, ses relations difficiles avec son père atteint de la maladie d'alzheimer et sa fille Linda. Quand Linda lui présente son compagnon, Wallender se raidit, l'homme est d'origine syrienne. Il réussit tant bien que mal à contrôler sa réaction xénophobe. Brannagh incarne magistralement ce personnage solitaire qui souffre de ne pouvoir communiquer.
La réalisation est soignée, elle laisse une place aux paysages de la Scanie, aux vastes étendues de champs de céréales qui ondulent sous le vent. Un vieux cheval solitaire s'ébroue sur le chemin. Un autre Wallender.
Detroit 1-8-7 . Episodes 1&2
La brigade criminelle de Détroit ne risque pas de se retrouver au chômage. Quand les flics cherchent une douille de 9mm dans un caniveau, ils la trouvent parmi d'autres de tous calibres. La police est superbement équipée de la voiture à l'hélicoptère. Les détectives ont la détente facile, question de survie. Les équipes spéciales anti-gang sont toujours sur le pied de guerre. Joyeuse ville de Détroit.
les deux premiers épisodes sont construits sur le même schéma, deux enquêtes parallèles menées par des équipes de deux policiers. Ces duos sont d'origine culturelle , de physique, d' âge, voire de sexe différents. Ces oppositions permettent de pimenter l'intérêt des enquêtes, d' introduire des éléments humoristiques.La série tourne autour d'un personnage central, le détective Fitch. Remarquable enquêteur, il a une connaissance de la psychologie des truands mais ses relations avec sa hiérarchie est souvent tendue, comme elle l'est avec ses nouveaux collègues. Mais qu'on ne s'y trompe pas derrière le flic il y a un homme sensible. Comme dans toutes les séries le jeu consiste à se demander qu'elle sera l'avenir des personnages. Le vieux sergent va-t-il prendre sa retraite? Quel est l'avenir du duo constitué par la belle latino et le charmant inspecteur juste débarqué? etc…
Les acteurs sont bons .La réalisation et le montage efficaces. Les histoires cent fois vues et revues. De la bonne série américaine, divertissante. J'avoue préférer la lecture d'un bon roman noir.
Détroit 1-8-7
"Drames familiaux, crimes crapuleux, assassinats racistes…tel est le quotidien d'une unité d'enquêteurs de choc dans les quartiers défavorisés de Détroit".
C'est ainsi que Canal+ annonce la diffusion d'une nouvelle série policière américaine Détroit 1-8-7. La ville détient le triste privilège d'avoir le taux de criminalité le plus levé des Etats-unis. On la surnomme "Murder City" (la cité du crime) ou " Devil City" (la cité du diable).
Comment expliquer cette situation peu enviable?
La ville de Detroit est la principale ville du Michigan avec environ 900 000 habitants; l'agglomération compte près de 4, 5 millions d'habitants. Le d éveloppement économique au XIX ° siècle a été favorisée par sa situation géographique, elle est devenue le lieu d'échange privilégié des grands lacs. Mais surtout, c'est là que se sont installées les grandes firmes automobiles américaines (General Motors, Chrysler et Ford). Ce qui explique le surnom de la ville : Motown, contraction de Motor et de Town. Le développement industriel a attiré une population noire du sud, mais aussi des minorités d'origine européenne ou asiatique.
La ville compte à son apogée 1,8 million d'habitants contre moins de la moitié actuellement. Comment expliquer cette chute brutale de la population? A partir des années 50, l'industrie automobile américaine va commencer à accuser le coût de la concurrence étrangère, en particulier japonaise, elle va chercher à réduire ses coûts salariaux en modernisant ses chaînes de production, en réduisant sa main d'oeuvre. La crise financière et économique de ces dernières années a aggravé les difficultés du secteur automobile. Les entreprises ont réduit le personnel et ont fait recourt au travail
partiel. Des milliers d'ouvriers qui avaient acheté à crédit leur logement n'ont pu faire face à leurs échéances et ont été expulsés. Le dépeuplement s'explique aussi par le départ des populations blanches plus aisées, par peur et par racisme, vers les banlieues pavillonnaires. Le mouvement s'est accéléré après le soulèvement des quartiers noirs de 1967 durement réprimé par l'armée fédérale.
Détroit est actuellement peuplée à 80% par une population noire. Le chômage officiel avoisine les 30%, et aux Etats-Unis, pas de salaire signifie pas de couverture sociale. Une partie des médecins ont quitté la ville faute d'une clientèle solvable et aussi parce que leur métier devenait trop dangereux. La ville voit ses ressources se raréfier, elle ferme ses services sociaux, supprime des lignes transports collectifs. C'est donc la misère qui est à l'origine de la criminalité.
Le casting.
Dans toutes les séries américaines, les personnages créés cherchent à représenter le visage de l'Amérique. Toutes les minorités sont représentées. Il en va de même dans Détroit 1-8-7. Cependant dans cette série le nombre d'acteurs noirs est beaucoup plus important, les créateurs ont tenu compte de la réalité sociale que représentait le cadre de leurs histoires.
Nous verrons ce soir si la série reflète cette réalité économique et sociale.
Sherlock. Le grand jeu. D'après Conan Doyle
Quand il n'a pas d'affaire criminelle à résoudre Sherlock Holmes s'ennuie! et se comporte comme un sale gamin . Il boude, il grogne, il tire sur les murs de son appartement. Heureusement pour son co-locataire Watson, Sherlock va être sollicité par son frère Mycroft pour enquêter sur les causes de la mort d'un employé de la Défense et retrouver une clef USB contenant des secrets militaires. Au même moment, Holmes est mis au défit, par un message reçu sur un portable, de résoudre des affaires criminelle en un laps de temps record. En cas d'échec de sa part un otage chargé d'explosif sautera. Qui est le le cerveau diabolique à l'origine de ce jeu inhumain? pour les connaisseurs de l'oeuvre de Conan Doyle le nom de Moriarty s'impose.
Dans cette course contre la montre Sherlock Holmes étale toutes les facettes de son génie. Son sens de l'observation, ses facultés de déductions, ses connaissances scientifiques lui permettent de réussir le trois épreuves imposées par Moriarty. Mais Sherlock Holmes ne cherche pas à sauver des vies humaines, il n'a aucune empathie pour les otages. Il laisse même une victime vivre son calvaire, la peur de sauter ,pendant de longues heures pour simplement gagner du temps. Les enquêtes permettent surtout à Holmes de démontrer l'étendu de son talent, d'affirmer sa supériorité intellectuelle. Le seul côté sympathique du personnage vient de sa réelle amitié pour Watson, à qui il confie en partie la résolution de l'enquête sur le vol de documents militaires. C'est cet aspect humain qui le différencie de son adversaire, Moriarty , un pur génie du mal.
Une nouvelle fois on se réjouit lors du visionnement de cet épisode. Scénario habilement construit, dialogues savoureux, réalisation et montage efficaces, brillante distribution: tous les ingrédients réunis pour une magnifique série.
Sherlock. Le banquier aveugle. d'après Conan Doyle.
Le deuxième téléfilm de la série Sherlock a tenu toutes ses promesses. L'histoire semble sortir tout droit de l'imagination fertile de Conan Doyle. Qui pourrait résoudre en quelques jours le mystère de meurtres dans des chambres closes situées aux étages, de signes étranges tagués sur les murs de Londres? Qui pourrait mettre à jour dans la capitale la présence d'une organisation de trafiquants d'objets d'art, une secte chinoise ? Sherlock Holmes bien sûr! toujours aussi perspicace. Watson apporte au génie de la déduction une aide particulièrement efficace, alors que les policiers de Scotland Yard sont dépassés par la complexité de l'enquête. Le téléfilm garde toutes les qualités perçues dans le premier épisode: des dialogues soignés et pleins d'humour, la réalisation de Euros Lyn efficace, une grande qualité de l'image (Londres devient un élément clef de l'histoire),une distribution éclatante. Aux côtés de Benedict Cumberland (Holmes) et de Martin Freeman ( Watson) excellents, on apprécie la qualité d'interprétation des seconds rôles . Dernier épisode samedi sur F4.







