La farce de Maître Pathelin . Cie Du Jour au lendemain.
La farce de maître Pathelin est une pièce écrite au milieu du XV°. D'un auteur inconnu, c'est l'un des chefs d'oeuvre de la littérature médiévale, une des premières grandes pièces du théâtre français. Elle nous donne le mot patelin: Qui est d'une douceur insinuante et hypocrite, un air patelin et l'expression "revenons à nos moutons".
Maître Pathelin avocat désargenté décide de se refaire une garde-robe pour lui et son épouse en dupant le marchand d'étoffes Joceaulme. Quand le drapier vient réclamer l'argent de sa vente, Pathelin feint d'être avec l'aide de son épouse Guillemette et le marchand dépité repart sans son dû. Pauvre Joceaulme! il traîne devant le tribunal son berger Agnelet qui lui a dérobé une trentaine de moutons, mais le procès tourne a l'avantage du voleur! Celui-ci conseillé par Pathelin répond à toutes les questions en bêlant. Pas question de condamner un idiot! Mais quand maître Pathelin réclame son salaire d'avocat au berger, celui-ci lui répond : bêêêê…. C'est l'histoire du trompeur trompé dont l'effet sera repris sans cesse dans la comédie.
Tous les personnages de la farce sont des canailles qui cherchent à tromper, à duper l'autre. Joceaulme est un marchand nanti, il vole ses clients en vendant ses tissus bien au-dessus de leur valeur réelle. Il a exploité Agnelet en lui versant un maigre salaire. Pathelin, avocat sans diplôme et sans le sou, est un habile manieur de mots, et triomphe du bourgeois Joceaulme. Mais il est victime de sa rouerie car Agnelet a vite appris sa leçon: pour ne pas payer il suffit de bêler. La morale de cette farce pourrait être : Tel est pris qui croyait prendre ou A malin, malin et demi.
Le texte est servi par de bons comédiens qui nous emporte dans un tourbillon de situations et de dialogues cocasses. Pathelin est tour à tour cauteleux, flatteur, patelin à souhait, brillant avocat lors du procès du berger. La scène où il feint de mourir pour duper le drapier est d'un comique irrésistible. On finirait par plaindre le pauvre Joceaulme, dupé de tous les côtés et qui se rend compte de sa stupidité. Agnelet bêle sur tous les tons pour notre plus grand plaisir, Guillemette et le juge sont à la hauteur de leurs partenaires. L'intelligente scénographie et la mise en scène dynamique de Agnès Regolo font de La farce de Maître Pathelin un bon spectacle, une comédie enlevée.
Texte de Claudialucia et Wens.
Théâtre des Halles. Avignon. Mardi 31 janvier et jeudi 2 février 19 heures.
Cie Du Jour Au lendemain
Mise en scène Agnès Regolo
Avec: Nicolas Chatenoud, Nicolas Geny, Pascal Henry, Kristof Lorion et Catherine Monin.
Cie Subito. Requiem pour Miss Blandish d'après James Hadley Chase
La Compagnie Subito présente son spectacle comme un polar-oratorio. Cette définition a de quoi surprendre, il semble à priori inconciliable de réunir sur scène la littérature noire et l'oratorio,drame lyrique sur un sujet en général religieux (Le Robert). Pourtant la Cie Subito réussit son pari.
L'Oratorio obéit à certaines règles. Ce drame lyrique, sans décor ni costume, repose sur les voix des solistes et des choeurs et la présence d'un orchestre. Parfois un narrateur résume le récit qui peut être religieux mais aussi profane. C'est cette forme que la Cie Subito a choisi pour adopter un roman noir de James Hadley Chase, Pas d'Orchidée pour Miss Blandish. Miss Blandish, jeune héritière fortunée, est enlevée par une bande de malfrats dirigée par Mam, une femme violente et sans scrupule. Slim, le fils de Mam, tueur sadique tombe amoureux de la jeune otage et empêche son exécution. Mais comme dans tous les polars de Chase la fin ne laisse aucun espoir. Sur un plateau vide, trois excellents comédiens endossent plusieurs rôles devant un orchestre de jazz. Une partie de l'histoire se déroule dans un cabaret , cette évocation du lieu permet à l'actrice et chanteuse Doumée de faire admirer son talent. En particulier dans son interprétation du classique "My Man". Dans l'adaptation présentée, c'est une danseuse qui exprime la peur et la douleur de Miss Blandish qui ne résiste pas à l'épreuve de son enlèvement et choisit de se donner la mort. En ce sens, la pièce est un Requiem, une messe des Morts.
Seul bémol au spectacle, l''histoire complexe oblige à de nombreux raccourcis, à l'intervention trop longue des narrateurs qui font parfois tomber l'émotion. Cependant ce Requiem pour Miss Blandish est un Oratorio-polar à voir si vous en avez la possibilité, C'est un beau spectacle original dans sa forme qui fait appel au théâtre, à la musique, au chant et à la danse.
Christine, d'après Mademoiselle Julie. Adaptation d'après Strinberg. Katie Mitchell et Leo Warner.

Katie Mitchell a décidé d'adapter la pièce de Strinberg en se plaçant le regard et l'écoute de Christine, la cuisinière que Jean le valet délaisse pour la fille de la maison, Julie.
Sur un vaste écran est projeté un film qui adopte le point de vue de Christine. Le spectateur est invité à partager son drame profond et intime, à plonger dans un univers étouffant et angoissant digne de Bergman. Pas un cri, mais simplement une attitude, un geste, un regard suffisent à trahir le désespoir et la souffrance intérieure de Christine. Magie du cinéma, on lit tous les sentiments sur le visage de l'actrice grâce aux gros plans, ce qui habituellement est pratiquement impossible à voir
au théâtre, à moins d'occuper les premiers rangs.
Mais sous l'écran, la pièce se joue, elle est filmée en direct. Jusqu'à cinq caméras en mouvement suivent les acteurs au plus près, captent leurs émotions. Le montage image s'effectue en direct avec une rigueur étonnante, tous les raccords sont exceptionnels d'une grande beauté : mouvements, gestes, regards…Ce montage nécessite plusieurs "Chistine" qui est alors doublée par d'autres actrices venant prêter, une partie de leur corps, leurs mains.
Le mixage son est aussi réalisé en "live". Les quelques beaux dialogues sont enregistrés avec des niveaux sonores variables, parfois ils nous parviennent étouffés, perçus à travers une cloison ou le plancher de la chambre de Christine. En effet la perception des dialogues de Jean et Julie est subjective, nous entendons comme Christine en fonction de l'endroit où elle se trouve. Dans quelques scènes, apparaissent des voix off splendides, enregistrées par les comédiens présents sur la scène. La poignante musique originale pour violoncelle, jamais envahissante, de Paul Clark est interprétée devant nos yeux sur le plateau. Les bruitages sont réalisés aussi en direct. L'eau qui coule, le son des verres qui s'entrechoquent, le couteau qui s'enfonce dans un morceau de viande…tous ces simples bruits du quotidien soulignent l'enfermement social de Christine.
Le décor est constitué de deux pièces fermées. L'une est censée être la chambre de la domestique, le spectateur dans la salle de théâtre ne voit pas l'intérieur, il ne le verra qu'à travers l'objectif d'une caméra présente dans la chambre. Christine, très prude, enlève son corsage à l'abri des regards ; nous partageons son domaine intime où sur un mur figure en bonne place un crucifix qui souligne le caractère religieux du personnage. La seconde pièce est la cuisine, l'intérieur n'est visible pour le spectateur que par quelques fenêtres. C'est le lieu de travail de la cuisinière, toute irruption de Jean ou de Julie dans cet espace brise l'équilibre social et moral, brise les conventions. Un couloir relie la chambre et la cuisine. Sur ce sombre corridor s'ouvrent de nombreuses portes que Christine souvent ne fait qu'entrouvrir. A travers l'entrebâillement, elle observe, écoute… parce que dans les dialogues entre Julie et Jean se joue son destin. Deux cloisons mobiles transforment la disposition du décor, et permettent de donner l'impression d'une vaste demeure, l'illusion est telle que nous en arrivons à penser que les chambres sont situées à l'étage alors que tout le décor est de plein pied. La maison n'est pas un lieu clos, elle est ouverte sur une grande rue animée, comme le montre des ombres de passants marchant devant les fenêtres. Une porte s'ouvre : des cris de joie de la fête de la Saint-Jean ou le chant d'un oiseau, la lumière du soleil pénètrent dans le lieu du drame en un terrible contrepoint.
Rarement le théâtre peut nous offrir un tel moment de bonheur, quand le plaisir de l'esprit rejoint le plaisir des sens.
Avis de Claudialucia. Blog Ma Librairie
J'ai vu dans le cadre du festival In, la pièce créée par la metteur en scène Katie Mitchell et le vidéaste Leon Warner avec les comédiens du Schaubüne Berlin d'après la pièce de Mademoiselle Julie de Strindberg. Et disons le tout de suite, c'est une réussite tant au point de vue de la réalisation technique que de l'esthétique du spectacle et de l'émotion qu'il procure au spectateur. Un spectacle qui combine étroitement deux arts, le théâtre et le cinéma, avec une égale maîtrise.
Rappelons l'intrigue de la pièce de Strindberg.
Pendant la nuit folle de la Saint-Jean qui lâche la bride aux maîtres comme aux serviteurs, mademoiselle Julie séduit son domestique ou (?) se laisse séduire par lui. Ils croient pouvoir bousculer les rapports de classes traditionnels, remettre en cause la hiérarchie sociale et s'imaginent s'enfuyant ensemble pour refaire leur vie au loin. Mais le lendemain de fête les ramène à eux-mêmes, chacun enfermé dans son rôle social et Julie se suicide.
Le serviteur, Jean, un jeune homme séduisant et ambitieux, beau parleur aussi, est fiancé à Christine, une servante qui joue un rôle secondaire dans la pièce. C'est de ce personnage que s'empare Katie Mitchell pour imaginer ce que la servante a vu, compris ou saisi de l'aventure entre sa maîtresse et son fiancé et quels ont été ses sentiments. Il a donc fallu, en fait, réécrire une nouvelle pièce où Kristin devient le personnage central, tout en restant le plus proche possible de celle de Strindberg.
Grâce à un ingénieux dispositif scénique, le décor de la maison de Julie qui se transforme par des panneaux coulissants entre intérieur et extérieur, on peut se rendre compte que Kristin est à même de voir et/ou d'entendre ce qui se passe dans les pièces où elle n'est pas et aussi à l'extérieur, dans le jardin qu'elle observe d'une fenêtre. Si bien qu'elle suit, et avec quelle douleur rentrée!, l'idylle qui se noue entre les jeunes gens, sans jamais pouvoir exprimer sa révolte, son humiliation, son chagrin, elle, servante soumise au pouvoir de sa riche maîtresse comme à celui de l'Homme, Jean, qu'elle sert avec dévouement.
En même temps que se déroule le drame au théâtre, celui-ci est filmé de près par plusieurs caméras qui suivent les comédiens. Le film se fait devant nous, projeté sur un écran au-dessus du décor, nous permettant d'assister à la représentation théâtrale qui se joue devant nous et à la réalisation filmique! Un enrichissement certain pour le spectateur qui peut voir à la fois la scène de l'extérieur de la maison mais aussi de l'intérieur, un dédoublement spatial absolument étonnant et qui nous éclaire sur les personnages. Grâce au film, le spectateur approche les comédiens de près, observe les gestes quotidiens de la servante qui confectionne un plat pour son fiancé, vaque à ses occupations, puis épie, traque avec obstination les amants. Par l'intermédiaire de gros plans sur son visage transparaissent tous ses sentiments; son silence, car la servante parle peu est plein de douleur et de reproche.
Quant au film qui se réalise devant nous, il faut d'abord souligner l'exploit technique qu'il représente, plusieurs caméras filmant au pied levé Kristin mais aussi sa doublure, et les doublures de ses mains, une Kristin démultipliée qui nous apparaît ainsi sous diverses facettes. Mais ce qui est saisissant, c'est la beauté du film, magnifié par de splendides éclairages, halos des lampes en cuivre qui crée des clairs-obscurs dignes d'un tableau de Rembrandt. Notons aussi la beauté du texte très poétique repris en allemand par une voix féminine puis masculine qui se plaque sur les images.
Peu à peu, nous entrons dans la peau de la servante qui devient si proche de nous que nous sentons l'émotion nous gagner, nous sommes envahis par une pesanteur qui est la sienne et que rien ne peut soulager.
Katie Mitchell parle de sa collaboration avec le vidéaste Leo Warner:
Il est très difficile de séparer nos rôles. Je fais tout ce qui concerne le texte, toute l'écriture et la préparation ainsi que la plus grande partie du processus de mise en scène. Leo Warner, quant à lui, dirige les prises de vue cinématographiques....
CHRISTIN, NACH FRÄULEN JULIE
Christine, d'après Mademoiselle Julie
adapté de Strinberg.
Spectacle en allemand surtitre en français et en anglais.
Mise en scène Katie Michell, Leo Warner.
10 millions pour la culture, dès demain: c'est possible !
1. En partant de deux constats simples :
a. Les élus sont mal payés. Une sénatrice écologiste (Alima Boumediene-Thierry) vient de se plaindre auprès du ministre de l'éducation nationale parceque son fils n'a pas été accepté en internat, alors qu'elle, pauvre élue de la nation, n'arrive pas à joindre les deux bouts avec ses médiocres revenus mensuels : 11.600 euros (5400 euros d'indemnité parlementaire + 6200 euros de frais non imposables liés à sa fonction + transports terrestres et aériens gratuits). Il est vrai que les compétences de nos sénateurs dont on ne connaît pas les limites méritent un autre traitement …. Etre élu de la haute assemblée, c'est comme chacun le sait se sacrifier pour le bonheur de ses concitoyens…
Voir article dans Le Monde : Une sénatrice écologiste se plaint de sa "situation financière"
Extrait : Mme Boumediene-Thiery se dit "surprise d'apprendre que l'accès aux internats du service scolaire public relèvent de critères sociaux et que chacun n'ait pas un libre accès quels que soient ses revenus" .
Un postulat qui semble étonnant pour une élue de la République, membre de la commission des lois, le manque de place en internat n'étant pas précisément une situation nouvelle. Sénatrice de Paris, où elle réside, l'élue aurait par ailleurs pu savoir que les critères de placement en internat sont également géographiques.
b. Nous sommes tous des adorateurs d'Obama, nous savons tous que la Démocratie Américaine doit nous servir de modèle. Pour un pays quatre fois plus peuplé les USA ont une assemblée sénatoriale constituée de 100 élus seulement et qui fonctionne réellement, un véritable contre-poids à l'exécutif. Donc, libérons de leur fardeau quelques 250 pauvres élus exploités de notre nation sur un total de 348 actuellement….Souvent âgés et fatigués, ils méritent le repos et notre considération.
Bilan économique: 250 x 11 600 x 12 (mois)= environ 3 500 000 euros annuels
3. Les députés ont aussi le sens des affaires, se plaignant de leur difficile condition, ils préféreront trouver un poste de PDG dans une entreprise à la hauteur de leur niveau exceptionnel… pauvres élus! Assez de sacrifices, et voilà à nouveau 3,5 millions dans le caisses de la culture..
Total sénateurs+ Députés= 7 millions …
4. Nos ministres d'état, nos ministres, secrétaires d'états et sous-secrétaires d'état qui souffrent de ne pas être sous le feu des projecteurs de TF1 et de la 2, pourraient penser que leur présence courageuse et, ô combien nécessaire, pourrait cependant se réduire au nombre de l'équipe du président américain : quinze… Ils emporteraient avec eux leurs zélés conseillers vers d'autres cieux plus rénumérateurs… Le président pourrait libérer ses têtes pensantes sorties de l'Enarchie qui le conseillent sur tout, voire sur rien, ils pourraient devenir enfin eux-mêmes, briller au firmament de la finance. Plus besoin d'une flotte d'avions qui les transportent à 20 000 euros de l'heure, eux , cohorte de porteurs de serviettes, pour accomplir le trajet transcontinental de Paris à Bruxelles…
J'ai dépassé les 10 millions. Vive la culture!
Molière. Le médecin volant, La jalousie du Barbouillé. Théâtre Mu. Marionnettes.
Dans ces deux farces, le spectateur retrouve la trame et les personnages de deux grandes comédies de Molière. Dans le médecin volant, l'avare et stupide Gorgibus veut marier sa fille Lucie à un vieillard. Pour échapper à la noce, Lucie qui aime en secret Valère simule la maladie. Sganarelle le coquin valet de Valère se fait passer pour un disciple d'Hippocrate et comme chacun sait : pour être médecin l'habit fait le moine. L'histoire finit bien, par le mariage de Lucie et Valère. Cette intrigue est déjà celle du Médecin malgré lui.
On reconnaît l'histoire de Georges Dandin dans la Jalousie du Barbouillé. Angélique n'aime pas son mari qu'elle trouve grossier, lui, le Barbouillé, enrage. Angélique est attiré par le séduisant Valère. Croyant pouvoir démontrer l'infidélité de son épouse à son beau-père, les apparences se retournent contre le Barbouillé, il est ridiculisé et ne le supporte pas.
Dans ces farces inspirées de la société de son époque, Molière dénonce les mariages forcés, raille les vieux grigous, les médecins charlatans… Il prend parti pour les serviteurs contre leurs maîtres. Molière déclenche le rire.
Hélas dans la représentation de Théâtre Mu la salle assiste silencieuse, un rare sourire s'esquisse parfois devant les déplacements des marionnettes sans vie, sans féerie, sans poésie. Les acteurs se démènent avec énergie mais sans succès. Le spectateur n'adhère pas, même les plus jeunes restent indifférents. Aucune émotion au rendez-vous.
Molière2. Le Médecin Volant+ la Jalousie du Barbouillé.
Théâtre Mu.
Villeneuve en scène
Du 8 au 27 Juillet.
Tchekhov. Plaisanteries.Compagnie: La Créme.

Mon avis:
Trois textes courts de Tchekhov sont regroupées pour constituer une bonne heure de spectacle. Dans un espace digne d'un aquarium de salon, où la mise en scène est réduite à sa plus simple expression et l'éclairage inexistant, tout repose sur la qualité de l'interprétation. Dans "les méfaits du tabac" un vieux conférencier s'adresse à nous pour faire le bilan tragique de sa pitoyable existence. L'acteur s'efforce de dire le mieux possible un texte, avec des attitudes étudiées, des respirations… travail sur le corps et sur la voix certes mais sans aucune émotion, on ne partage jamais la souffrance du conférencier palpable dans le texte. On souhaite ardemment que la conférence cesse, on voudrait allumer une clope même si on n'est pas fumeur. Aucune empathie. Ennui. Le "Tragédien malgré lui" hurle son désespoir d'être une marionnette manipulée par son épouse dans des aigus toniques. Vos oreilles réclament une boule quies. Vous comprenez l'épouse. Aucune émotion. Ennui. Heureusement "l'Ours" apparaît en face d'une veuve tout de noir vêtue, recluse dans son domaine, vous en arrivez à oublier l'inconfort de la salle, vos jambes repliées sur votre menton, les reins brisés et vous commencez à sourire, à rire même. Magie des acteurs. Un très inégal spectacle.
L'avis de Claudialucia. Blog ma librairie
La compagnie La Crème donne dans la chapelle de Notre-Dame à Avignon un spectacle de Tchekov : Plaisanteries composé de trois petites pièces du dramaturge russe : les méfaits du tabac, Tragédien malgré lui et l'Ours. Ces oeuvres n'appartiennent pas au grand répertoire de Tchekhov. Ce sont des comédies courtes et légères du moins en apparence.
Dans Les méfaits du tabac, un professeur vient, sur l'ordre de sa femme, faire une conférence sur les méfaits du tabac pour une association charitable. De digression en digression, l'homme se laisse aller à des confidences et l'on s'aperçoit bientôt qu'il est bafoué par son épouse, traité comme un domestique, soumis et sans défense. Face à sa vie gâchée, il a des rêves d'évasion qui ne se réaliseront jamais! Pas si légère, finalement cette courte pièce!
Hélas! je n'ai pas été convaincue par l'interprétation qui ne fait pas passer le tragique de l'échec du personnage.
Avec Tragédien malgré lui nous retrouvons sensiblement le même thème. Un homme expose à son ami la manière dont sa femme et toute sa famille l'exploitent, le ridiculisent. Le monologue -car l'ami reste quasi muet- ne s'achève qu'à la chute finale qui provoque le rire malgré sa cruauté. Là encore pas assez de nuances dans cette mise en scène et cette interprétation qui manquent de subtilité. Elle ne rend pas vraiment compte du comique et ne souligne par le tragique sous-jacent.
Enfin l'Ours qui est la plus développée de ces petites scènes raconte l'histoire d'un propriétaire terrien, sorte d'ours mal léché, misogyne et coléreux, qui vient rendre visite à une veuve éplorée pour lui réclamer l'argent dû par son mari défunt. Et ce qui doit arriver arrive, ces deux êtres de caractère après s'être copieusement insultés, tombent dans les bras l'un de l'autre!
J'ai aimé cet Ours servi par deux bons comédiens qui savent rendre le caractère inflammable des protagonistes, et maintenir un crescendo trépidant dans les scènes de dispute. Le comique vient des contradictions des personnages, de leurs revirements, des brusques emportements qui vont jusqu'à la démesure voire l'absurde, ce que les deux comédiens ont su rendre avec une belle énergie et vitalité. Il est dommage, cependant, que l'exiguïté de la scène ne leur permette pas de s'exprimer sans contrainte. C'est le meilleur moment du spectacle!
Plaisanteries. Anton Tchékhov.
Notre Dame Théâtre.
Du 8 au 31 juillet.
Consensus or not consensus? Festival d' Avignon. Lucchini, Caubère, Mitterand, Baudriller et les autres…
J'aime quand Fabice Lucchini balance sur le Festival : "j'ai le sentiment que c'est le lieu d'une secte qui rejette les grands textes…". Je jubile quand Philippe Caubère se réjouit de la nomination de Olivier Py à la tête du Festival d'Avignon en 2013: " y'en a marre des chargés de mission, des administrateurs qui dirigent le Festival comme des politiques"…J'adore la réaction de Frédéric Mitterrand : " Le ministre de la culture est là pour se faire engueuler…". J'apprécie la réaction du co-directeur du festival Vincent Baudriller : " Nous sommes à la fois à la fois les enfants du théâtre de 1947, où Vilar apporte une nouvelle façon de faire du théâtre et du festival de 1967 où on peut lire: "Théâtre, ballet, cinéma, musique.." La culture devient enjeu de société… De ces confrontations, de ces oppositions, de ces prises de paroles contradictoires nait l'avancée de pensées. La richesse de notre société vient de sa diversité. Rien de pire que le consensus.
Mais hier soir, les yeux vissés sur ma télé, J'ai assisté, terrifié, à un navrant spectacle audiovisuel… Celui de l'endoctrinement soigneusement planifié par des journalistes du monde libre, spectacle d'un consensus social et politique, une mise en scène soigneusement orchestrée car les "morts sont tous des braves types", comme disait Brassens. Les personnage centraux n'étaient pas les victimes trucidées au "champ d'honneur ", mais le metteur en scène et l'acteur principal de la cérémonie : le Tartuffe qui, isolé par la caméra, replié dans sa digne fonction, faisait semblant de se recueillir… Tous étaient là : les représentants du sabre et du goupillon, les élus choisis par le capital, les larbins de l'audiovisuel, les vendeurs de mort… Tous unis par l'idée d'une certaine France aux relents nauséabonds de Pétainisme… Dans les moments difficiles, La France doit faire taire ses différences, s'unir, nous serine-t-on… pleurer Sedan, Jeanne d'Arc, Verdun ou Dien Bien Phu… Il n'y a plus de débat, le français patriote sans rechigner doit apporter la "Liberté" au bout de sa baïonnette. Se plier à son maître. Voter pour lui. A ce moment là toute discussion est close, l'Union Nationale s'impose. Tous derrière le Guide, même s'il est un vulgaire représentant d'une société Bling-Bling, hautaine et méprisante , une pâle marionnette qui croit -peut être - à son influence. Le pouvoir fait tourner les têtes et les êtres. Les dés sont jetés. Les jeux sont faits. Rien ne va plus.
J'étais dans ma maison...J-L Lagarce. Cie Ubwigenge.
J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne.
Cinq femmes et un jeune homme, revenu de tout, revenu de ses guerres et de ses batailles, enfin rentré à la maison, maintenant, épuisé par la route et la vie, endormi paisiblement ou mourant, rien d'autre, revenu à son point de départ pour y mourir. Elles l'attendaient, longtemps déjà, des années, toujours la même histoire, et jamais elles ne pensaient le revoir vivant, elles désespéraient de ne jamais avoir de nouvelles de lui, aucune lettre, jamais, aucun signe qui puisse rassurer ou définitivement faire renoncer à l'attente. Aujourd'hui, est-ce qu'enfin, elles vont obtenir quelques paroles, la vie qu'elles rêvèrent, avoir la vérité ? On lutte une fois encore, la dernière, à se partager les dépouilles de l'amour, on s'arrache la tendresse exclusive.
On voudrait bien savoir.
(Présentation de l'éditeur. "Les solitaires intempestifs").
Mon avis
Hérétique! je le suis. Jean-Luc Lagarce est un des auteurs les plus joués dans l'hexagone, l'enfant chéri actuellement des metteurs en scène mais "J'étais dans ma maison…", j'ose l'avouer, m'a laissé totalement de marbre. Intellectuellement je peux comprendre la portée du propos, la richesse et la beauté de la langue (je préfère lire le texte que le voir jouer! ), mais la forme théâtrale me laisse totalement insensible. J'assiste, étranger, à un spectacle de la pure parole même si les corps parfois s'expriment. Les personnages n'agissent pas ils récitent leurs propres réflexions, leurs longues confidences, rarement interrompus par quelques dialogues. L'ennui me gagne, je me sens comme ces femmes sur la scène enfermé dans un espace clos que je ne peux quitter. Mon corps devient souffrance.
Mon jugement mériterait peut-être d'être corrigé en assistant à une autre mise en scène, en écoutant le texte porté par d'autres comédiennes. Qui sait? J'en doute.
L'augmentation.Georges Perec. Théâtre de la Boderie
Georges Perec et L'Oulipo.
Georges Perec a appartenu au mouvement littéraire de l'Oulipo ( OUvroir de LItérrature POtentielle) fondé par le mathématicien François Le Lionnais et l'écrivain Raymond Queneau en 1960. Les membres, dont le président actuel est Paul Fournel, se définissent comme des "rats qui construisent eux mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir". En effet les auteurs du groupe se fixent des séries de contraintes formelles plus ou moins complexes, mathématiques et littéraires.C'est de la contrainte, en effet, que naît la liberté. Les Oulipiens jonglent avec les mots, avec les sons, avec la langue et même s'ils rendent compte de notre société et traitent de sujets graves, il faut se garder de les aborder en les prenant trop au sérieux ! Avec Oulipo, on entre dans le jeu, dans le monde de l'absurde, dans le feu d'artifice de la langue.
Mon avis
L'augmentation ou: "Comment, quelles que soient les conditions sanitaires, psychologiques, climatiques ou autres, mettre le maximum de chances de son côté en demandant à votre chef de service un réajustement de votre salaire…". Commence alors pour l'employé modèle et discret d'une multinationale un intense processus de réflexions, de suppositions, de solutions positives, de solutions négatives.. dans le dédale d'une logique de pensée toute kafkaïenne, les stratégies mises en place sont souvent à reconstruire totalement car tout les raisonnements reposent sur des choix multiples. Mais l'objectif pour l'employé ne doit jamais être perdu de vue: obtenir une augmentation! Pérec déclenche le rire par le jeu des mots et des formules répétées ou réinventées , par l'absurde logique de la situation. Mais le texte nous présente aussi une vision très critique de notre monde. L'employé est enfermé dans un mécanisme de pensée qui lui est de fait dicté par la société. Qui est-il? un simple pion dans un rouage complexe. Il est le transparent jouet d'une société capitaliste structurée, hiérarchisée qui l'exploite. Hommes politiques, hauts fonctionnaires, sabres et goupillons sont au service des grandes entreprises. Alors l'employé n'a aucune chance de recevoir une augmentation.
L'intelligente mise en scène de Marie-Martin Guyonnet rend parfaitement le propos de Perec. Trois excellents comédiens, incarnent l'ensemble des personnages : l'employé, la secrétaire, le chef et le sous chef…Chaque déplacement, chaque geste, chaque phrase obéit à une chorégraphie d'une grande précision. Parfois un chant sorti tout droit de l'univers de Jacques Demy, vient briser la respiration mécanique du texte. Un moment de poésie chez Kafka. Le décor déshumanisé, aseptisé, fonctionnel, géométrique qui n'est pas sans rappeler celui de Mon Oncle de Jacques Tati, semble guider, imposer les déplacements des acteurs. Le choix de couleurs vives saturées à la fois au sol et dans les costumes renforce la férocité sous-jacente du propos. Un grand moment de théâtre.
Avis de Claudialucia Ma Librairie
Comme souvent dans Oulipo le sujet mince - un employé va demander une augmentation à son chef de service- mais le parcours compliqué!! Si vous êtes persuadés, en effet, que demander une augmentation est facile, détrompez-vous! Et si vous êtes assez naïfs pour croire que l'obtenir est à votre portée, vous déchanterez ! Vous vous apercevrez bien vite que vous allez accomplir un parcours d'ancien combattant, rencontrer mille difficultés, vous heurtez à des portes closes, vous faire rabrouer comme un malpropre ou bercer de fallacieuses promesses, bref arpenter vainement les couloirs labyrinthiques de la grande entreprise broyeuse d'hommes qui vous emploie. Car sous l'absurdité de la situation, des dialogues et des mots, perce l'indignation de Perec qui dénonce ici, tout en nous faisant rire, le capitalisme et l'exploitation de l'homme méprisé, utilisé et rejeté comme un objet. Le décor ressemble parfois un décor d'hôpital, sous une lumière crue, on vous y fait des conférences sérieuses, rétroprojecteur à l'appui, sur la rougeole ou la scarlatine! Peut-être pour mieux monter combien ce monde est malade.
Pour rendre cette déshumanisation, le metteur en scène, Marie-Martin Guyonnet, règle au millimètre près les déplacements et les interventions de ses acteurs. Ceux-ci évoluent comme s'ils suivaient des lignes géométriques, coupées en angles droits, ils marchent mécaniquement comme des robots ou, mieux encore, comme des marionnettes dont les fils seraient actionnés par le Pouvoir. De la même manière, l'ordre des interventions verbales qui se succèdent, se croisent, rebondissent, obéit à une rigueur mathématiques, une précision de métronome. Les trois comédiens, excellents, répondent à la lettre à ces exigences bien oulipiennes!
Comme tout le texte repose sur un système de répétitions de situations, de gestes, de formules, de mots qui donnent (à tort car on avance) l'impression de faire du surplace, le spectateur (c'est ce qui m'est arrivé) peut-être désorienté au début. Mais si vous acceptez d'entrer dans le jeu, vous vous laisserez emporter par ce délire permanent et vous apprécierez pleinement ce spectacle qui déclenche le rire. Une beau travail de mise en scène et de jeu d'acteurs.
L'augmentation. Georges Perec.
Théâtre de la Boderie.
Avec : Jehanne Carillon, Jean-Marc Lallement,Olivier Salon.
Mise en scène: Marie-Martin Guyonnet.
La Luna du 8 au 31 juillet.
Dario Fo. Franca Rame. Une femme seule. Cie Vents et marées
Dario Fo, écrivain, dramaturge italien, metteur en scène et acteur est aussi un homme politiquement engagé. Son théâtre se fait porteur d'une idéologie proche des gens du peuple, des ménages qui ne peuvent boucler la fin du mois (Faut pas payer!) de l'ouvrier exploité mais aussi de la femme doublement victime du capitalisme et de son mari (Un femme seule). Il dénonce le colonialisme avec Johan Padan ou la découverte de l'Amérique, la puissance et la richesse de l'Eglise et toutes les formes d'injustice dans une langue populaire, volontiers truculente et burlesque. Avec son épouse Franca Rame, il fonde une compagnie théâtrale et cherche à amener le théâtre dans les usines et les maisons de jeunesse. Il est prix Nobel de littérature en 1997.
Italie. Une femme seule dans son appartement s'adresse par la fenêtre à une nouvelle voisine que nous n'entendrons jamais. Elle lui explique sa vie partagée entre son ménage, ses enfants et la garde d'un beau-frère paralysé et pervers. Peu à peu, on découvre la condition désespérée de cette "italienne" épiée par un voyeur, harcelée par des coups de téléphone, simple objet sexuel de son mari jaloux et violent qui la retient enfermée dans le logement. Quel espoir? le suicide ou donner la mort.
Mon avis
Dans le théâtre de Dario Fo et de Franca Rame, le tragique surgit progressivement d'une situation anodine qui nous fait sourire et rire. Nous regardons s'agiter cette femme au foyer qui s'occupe de son gosse, de son pervers de beau frère, fière de ses appareils ménagers, de sa télé, de sa radio. Mais la tension monte progressivement, quelques bribes de texte déclenchent chez le spectateur un rire salutaire. Elle est une victime d'une société machiste, comme de nombreuses femmes en Italie ou ailleurs.
Dans l'adaptation proposée par la Compagnies Vents et Marées, cette montée progressive du tragique n'existe pas. D'entrée, la femme seule crie son désespoir, elle le fait sur le même registre pendant toute la durée du spectacle. Pas de pause, pas de respiration, pas un sourire : l'étouffement permanent. Le regard du spectateur cherche l'issue salvatrice, il le trouve du côté de l'excellent travail du bruiteur qui sur scène nous crée les champs sonores de l'appartement : bruits de pas, claquements de portes, sonneries de téléphones…en synchronisme parfait avec le monologue et les déplacements de l'actrice. Le son aurait dû souligner le comique comme dans le cinéma de Jacques Tati où les situations burlesques sont mises en valeur par les bruitages qui suppléent souvent la parole. Mais le bruit est en off, en contrepoint de l'image, pas sur scène comme dans cette représentation. Ici, le bruiteur devient souvent aussi présent, voire même plus que l'actrice et que le texte! Dommage!
Avis de Claudialucia. Blog ma Librairie.
Dans Une femme seule, Dario Fo montre l'aliénation de la femme enfermée physiquement mais aussi moralement dans un carcan que la société et la religion lui imposent. Cette pièce aurait demandé à être traitée avec subtilité et émotion, de la découverte progressive de son quotidien à sa révolte aux accents de folie, au goût de crime. Alors qu'elle se confie à sa voisine par la fenêtre restée entrouverte, on aurait dû assister à des confidences d'abord hésitantes, pudiques puis de plus en plus pathétiques jusqu'à l'explosion finale. Malheureusement, il n'en est rien. La comédienne dit son texte à tout allure, sans pause, sans variation, d'une voix haut perchée et monocorde dans l'aigu. Il n'y a aucune gradation dans les révélations, aucune montée de la tension dramatique. Habituellement Dario Fo a l'art de nous faire rire des situations les plus tristes, un rire grinçant, certes, mais toujours en empathie avec le personnage dont le spectateur partage les sentiments. Avec cette mise en scène, au contraire, on se détourne de cette femme. Le manque de nuances et de sentiments crée l'ennui. On finit en désespoir de cause par regarder le bruiteur sur scène, à côté de l'actrice. Et certes celui-ci est doué. Il parvient à rythmer l'action avec toutes sortes d'objets les plus hétéroclites, devient acteur à part entière, nous distrait et même nous fait rire! Mais c'est au détriment de la pièce et vous avouerez que cela n'est pas le but recherché!
Une femme seule.
Cie Vents et Marées.
Au Magasin.
Du 8 au 30 Juillet.







