Les gratte-ciels.

250px-GE_Building_by_David_ShankboneLes gratte-ciel ! Il y en a qui sont des femmes et d'autres des hommes ; les uns semblent des temples au Soleil, les autres rappellent la pyramide aztèque de la Lune. Toute la folie de croissance qui aplatit sur les plaines de l'Ouest les villes américaines et fait bourgeonner à l'infini les banlieues vivipares s'exprime ici par une poussée verticale. Ces in-folios donnent à New-York sa grandeur, sa force, son aspect de demain. Sans toits, couronnés de terrasses, ils semblent attendre des ballons rigides, des hélicoptères, les hommes ailés de l'avenir. Ils s'affirment verticalement, comme des nombres, et leurs fenêtres les suivent horizontalement comme des zéros carrés, et les multiplient. Ancrés dans la chair vive du roc, descendant sous terre de quatre ou cinq étages, portant au plus profond d'eux-mêmes leurs organes essentiels, dynamos, chauffage central, rivetés au fer rouge, amarrés par des câbles souterrains, des poutrelles à grande hauteur d'âme, des pylônes d'acier, il s'élèvent, tout vibrants du ballant formidable des étages supérieurs ; la rage des tempêtes atlantiques en tord souvent le cadre d'acier, mais, par la flexibilité de leur armature, par leur maigreur ascétique, ils résistent. Les murs ont disparu, ne jouant plus aucun rôle de soutien ; ces briques creuses dont la construction est si rapide qu'on peut monter d'un étage par jour, ne sont qu'un abri contre le vent et ces granits, ces marbres qui garnissent la base des édifices n'ont que quelques millimètres d'épaisseur et ne constituent plus qu'un ornement ; les plafonds en lattis sont simplement agrafés aux charpentes, le toit est fait de feuilles d'acier. Tout bois est interdit, même en décoration ; tout l'effort, accru par l'altitude, est troué par ces cages ignifugées que traversent une vingtain d'ascenseurs et tant de faisceaux de fils électriques qu'on dirait des chevelures... ( ... )