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metropolis. Fritz Lang.

 

Tous les chemins vont vers la ville.

 

Du fond des brumes,

Avec tous ses étages en voyage

Jusques au ciel, vers de plus hauts étages,

Comme d'un rêve, elle s'exhume.

 

Là-bas,

Ce sont des ponts musclés de fer,

Lancés, par bonds, à travers l'air ;

Ce sont des blocs et des colonnes

Que décorent Sphinx et Gorgones ;

Ce sont des tours sur des faubourgs ;

Ce sont des millions de toits

Dressant au ciel leurs angles droits :

C'est la ville tentaculaire,

Debout,

Au bout des plaines et des domaines.

 

Des clartés rouges

Qui bougent

Sur des poteaux et des grands mâts,

Même à midi, brûlent encor

Comme des oeufs de pourpre et d'or ;

Le haut soleil ne se voit pas :

Bouche de lumière, fermée

Par le charbon et la fumée.

 

Un fleuve de naphte et de poix

Bat les môles de pierre et les pontons de bois ;

Les sifflets crus des navires qui passent

Hurlent de peur dans le brouillard ;

Un fanal vert est leur regard

Vers l'océan et les espaces.

 

Des quais sonnent aux chocs de lourds fourgons ;

Des tombereaux grincent comme des gonds ;

Des balances de fer font choir des cubes d'ombre

Et les glissent soudain en des sous-sols de feu ;

Des ponts s'ouvrant par le milieu,

Entre les mâts touffus dressent des gibets sombres

Et des lettres de cuivre inscrivent l'univers,

Immensément, par à travers

Les toits, les corniches et les murailles,

Face à face, comme en bataille.

 

Et tout là-bas, passent chevaux et roues,

Filent les trains, vole l'effort,

Jusqu'aux gares, dressant, telles des proues

Immobiles, de mille en mille, un fronton d'or.

Des rails ramifiés y descendent sous terre

Comme en des puits et des cratères

Pour reparaître au loin en réseaux clairs d'éclairs

Dans le vacarme et la poussière.

C'est la ville tentaculaire.