46844_1Dans sa préface du numéro des Cahiers de l'Herne consacré à Céline, Michel Beaujour analyse la puissance de la langue de  l'auteur du Voyage au bout de la nuit. Extraits:

(Dans le Voyage) ..C'était le peuple qui prenait la parole, avec son langage larvé, imagé et apparemment hésitant. Cette langue qu'on peut entendre partout, parlée par la majorité des Français, avait toujours été exclue de la littérature. C'était enfin achevée, la révolution que Hugo s'était vanté un peu vite d'avoir accomplie à lui tout seul, en mettant "le bonnet rouge au vieux dictionnaire".

 

Bientôt un homme du peuple ne serait plus contraint d'apprendre une langue étrangère pour articuler ses revendications. Quel danger! Rien n'est plus grave pour une classe au pouvoir que de perdre le droit de censurer la langue, d'imposer sa langue. (….) Céline faisait parler des déclassés, des petits bourgeois et des lumpen- prolétaires qui criaient leur haine (…) Cependant, le langage célinien détient un pouvoir hilarant et libérateur. C'est qu'il vient à la rencontre de tout ce qui est lumpen en nous; il suscite et exalte ce vague anarchisme que nous réprimons sans cesse pour vivre en société. Plus profondément encore, Céline donne voix à ce qui se défait en nous. Il fait parler la mort que nous portons comme un cancer… 

Sur l'initiative de Chiffonnette

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