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Les transmissions. 

Bon nombre des paysans filmés par Depardon sont des célibataires, Louis Brès, Marcel et Raymond Privat, Paul Argaud. Il est difficile, en effet, de trouver une  épouse dans ces montagnes à l'écart des grands axes. Quelques uns sont mariés avec une femme du pays, mais leurs enfants ne souhaitent pas toujours prendre la succession de l'exploitation. Que devient la terre après la mort d'un paysan sans héritier direct?  Elle est vendue par une parenté éloignée et achetée par les agriculteurs les plus aisés de la région. Les bâtiments de la ferme perdent leur fonction initiale et sont souvent transformés en résidences secondaires ou en gîtes ruraux. La ferme de Louis Brès devrait être transformée en centre culturel. Celle des Maneval devient le logement principal de personnes étrangères à l'agriculture. Le même sort est certainement réservé aux bâtiments agricoles de Gilberte et Abel Jean Roy. Le fils Daniel  annonce clairement qu'il n'a pas l'intention de prendre la succession de ses parents.

       Quand de jeunes paysans veulent s'établir dans ces régions, ils se heurtent à de nombreuses difficultés. La première consiste à trouver de la terre. Amandine Gagnaire va d'ailleurs échouer dans sa tentative, car dans ces régions de moyenne montagne les bons prés faciles à faucher avec des moyens modernes sont rares donc chers. Comme il faut de plus en plus de têtes de bétail pour survivre, la terre se concentre en quelques mains. L'achat du cheptel, du matériel agricole est très onéreux, souvent hors des possibilités des jeunes agriculteurs qui veulent s'installer. A L'Hermet, Jean François Pantel devient fermier de Marcelle Brès. Il  vit avec sa compagne dans un gîte rural. Même après le décès de Marcelle Brès, il ne peut entrer dans le logement vacant et doit se faire construire une maison dans le hameau .

       Dans le cas des Privat, la succession est assurée. L'exploitation est déjà, théoriquement, entre les mains d'Alain et de Monique Rouvière, leur neveu et nièce. Cependant tout ne semble pas aussi simple, le mariage d'Alain avec une femme venue de l'extérieur a amené des tiraillements dans la famille, l'entente ne semble pas toujours cordiale. Marcel Privat ne s'en cache pas. Dans ce monde rural le père, ou l'ancien, restait le maître de l'exploitation. Le mariage d'Alain change la donne, il échappe à la tradition, il prend son indépendance.       

De nouvelles mentalités. 

      Le passage de témoin d'une génération à une autre signifie un changement de mentalité. C'est la fin des "bourrus" comme se définissent eux-mêmes les vieux paysans cévenols. Si l'élevage avait une vocation essentiellement économique, il avait aussi un aspect affectif. Chaque bête avait un nom, un caractère propre. La sélection ne se faisait pas sur des critères de race mais sur les facilités de la vache à mettre bas. Le paysan vantait les qualités et les défauts de chaque tête du troupeau. Lorsqu'une de ses vaches meurt, Raymond Privat désemparé souffre devant l'agonie de l'animal victime d'une maladie. La perte financière est réelle mais secondaire. Depardon filme son désarroi. L'attitude de l'épouse d'Alain Rouvière est totalement différente, la mort de la vache est seulement un aléa économique désagréable.

Raymond précise d'ailleurs en parlant de son neveu Alain Rouvière :

"il n'a pas l'âme d'un agriculteur pour  notre pays... Pour vivre de notre métier dans notre pays, il faut pas aimer ce travail, il faut être passionné".

        Le fossé des générations est visible dans la gestion du troupeau, Louis Brès confronté à la paperasserie administrative et dépassé fait une entière confiance à son vétérinaire qui  trie les formulaires à sa place. Jean François Pantel passé par des écoles d'agriculture gère méthodiquement  son cheptel, il s'informe des montants des aides possibles, il sélectionne soigneusement les races bovines.