9782702141403Venise. Le commissaire Brunetti enquête sur la découverte d'une fillette d'une douzaine d'années retrouvée noyée dans le Grand Canal. Malgré ses cheveux blonds et ses yeux clairs, il apparaît qu'elle est d'origine "Rom". Sur elle, on découvre des objets volés, une alliance et une montre à gousset. Très vite Brunetti retrouve les propriétaires des objets dérobés, il s'étonne que ces notables vénitiens n'aient pas porté plainte pour vol. Que cache leur attitude ?

A travers cette histoire, Donna Leon présente habilement la situation des Roms en Italie, en donnant la parole à des personnages  qui éclairent d'une manière complémentaire et souvent très différente la condition de ces immigrés marginalisés. 

La mort d'une petite rom, quantité bien négligeable pour les hautes autorités de la police ne mérite pas de faire une enquête qui risque d'attirer l'attention sur des personnages influents de la cité des doges.

Une assistante sociale, un médecin se placent résolument du côté des immigrés. Ils viennent quotidiennement  en aide à ces populations touchées par la misère sociale et économique. Les roms ,dont le chiffre est d'après Dona Leon d'environ 40 000 en Italie, vivent en périphérie de la ville de Venise dans des camps de fortune insalubres. Pour une grande partie d'entre eux ils ont fui l'ex-yougoslavie en guerre et n'ont jamais pu s'intégrer dans la société italienne. Ils sont des nomades,  ne parlant pas l'italien, ayant  des habitudes culturelles très différentes.

Des policiers désabusés racontent leur impuissance devant la montée de la délinquance des jeunes roms non scolarisés. Les enfants écument Venise: vol à la tire, cambriolages…Mais la loi italienne oblige à remettre en liberté les voleurs, même multirécidivistes, dont l'âge est inférieur à quatorze ans. Tous les jours les carabiniers ramènent à leurs parents les enfants pris en flagrant délit de vol.

Cette situation irrite la population de plus en plus hostile à la présence de ces roms comme le précise le bras droit et ami de Brunetti, l'inspecteur Vianello:

"Tu as assez entendu de ces gens, non, qui te font des beaux discours comme quoi il n'est pas bien d'éprouver des sentiments de rejet, comme quoi nous devons accepter les minorités, respecter leur droit, être tolérants. Mais dès qu'ils ont fini de dire ça, s'ils ont confiance en toi, ils te disent alors ce qu'ils pensent vraiment…..qu'ils en ont ras le bol de se sentir de moins en moins en sécurité dans ce pays, où il faut fermer sa porte à clef même pour aller demander du sucre à un voisin, et où chaque fois que les prisons débordent, le gouvernement nous sort de nobles déclarations sur la deuxième chance que nous devons donner aux gens pour qu'ils puissent s'insérer dans la société, si bien qu'on ouvre grand les portes et qu'on laisse sortir des tueurs."

De livre en livre, Donna Leon approfondit son analyse de la société italienne et ses difficultés qui ne sont pas toujours très différentes de ceux que nous pouvons connaître en France. Une dix-huitième enquête de Brunetti particulièrement réussie.