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1963. Détroit est la capitale mondiale de l'automobile, elle attire les pauvres noirs du UnknownSud de l'Amérique qui espèrent une vie meilleure en travaillant sur les chaînes de production. Détroit est alors surnommée Motown, contraction de Motor et de Town, la ville de l'automobile. Des Cadillac rutilantes  parcourent les rues de la cité. Tommy DeMeo, seize ans, poursuit ses études, élevé par sa mère qui collectionne les hommes de passage depuis la mort de son père, un petit truand abattu lors d'un braquage. Il surprend un de ses amants en train de la battre et lui casse le poignet. L'homme est malheureusement le shérif adjoint. Tommy est expédié en prison, il y reste deux ans. Au pénitencier, il apprend à survivre et s'initie à la boxe. A sa sortie, il tente de se réinsérer, gagne le Sud, vit chez son grand père agriculteur. Quand le grand-père meurt subitement, l'exploitation est saisie et il doit retourner à Motown.

DeMeo se fait engager comme homme de main d'un vieux mafieux juif, Moishe, prêteur-usurier, qui rançonne le ghetto noir. Tommy se charge de l'encaissement des impayés. Pour se faire respecter, il doit faire usage de son punch et de la puissance d'un calibre 45. En guise de créance non honorée il devient propriétaire d'un studio d'enregistrement et tombe follement amoureux d'une jeune chanteuse noire Martika. Ensemble ils se construisent un petit empire dans le monde musical. Cet empire Tommy le défend en éliminant les prédateurs. Mais peut-on être sauvé par la musique?

La musique tient une place essentielle dans le livre, Cadillac Juke-box en plus d'être Unknown_2un type de voiture est le titre d'une chanson qui parcourt tout le livre. L'ascension de Tommy et de Martika dans le domaine musical s'apparente à la création réelle  du célèbre label  musical "Motown" par le chanteur Berry Gordy. A Détroit dans les année soixante Gordy avait créé une société qui contrôlait toutes les étapes de la production du disque (composition des morceaux, enregistrement), la distribution, la commercialisation, l'organisation des concerts. Les chanteurs devaient signer des contrats d'exclusivité. La musique proposée par Motown, soul et rhythm and blues, cherchait à séduire un public noir mais aussi des blancs de la classe moyenne.

t; Le roman s'apparente à une biographie, il pourrait se nommer : Tommy DeMeo, portrait d'un tueur. Car Tommy amoncelle les cadavres sans regret, le meurtre est une question de survie. Il faut tuer avant d'être tué. Les cadavres disparaissent sans laisser de trace. Mais DeMeo présente un autre visage, humain celui-là. Il est fidèle en amitié, il n'abandonne jamais le vieux Moshe même quand celui-ci le roule. Son amour pour sa maîtresse noire, Martika  qu'il admire est sa véritable raison de vivre; il est prêt à l'épouser dans un pays où la ségrégation existe.

L'ouvrage pourrait aussi se nommer : Murder City (Cité du crime) ou  Devil City (Cité du diable) surnoms donnés à Détroit, une des villes les moins sûres du monde. La violence traverse toute la société. Les flics servent d'hommes de main à des banquiers crapuleux. Ils sont pour la plupart corrompus, ils touchent leur part sur les trafics en tout genre, ferment les yeux sur les meurtres. Leur uniforme les protège, ils peuvent passer à tabac ou même éliminer ceux qui les dérangent. La violence naît de la misère, de la ségrégation du racisme. Les "nègres" sont enfermés dans le ghetto. Dans les usines automobiles ils occupent des emplois peu qualifiés, les plus durs. Ils ne peuvent pénétrer Unknown_1dans les quartiers résidentiels des blancs. La misère explique le soulèvement du ghetto en 1967, sauvagement réprimé par l'armée fédérale. La ségrégation se note même dans les cimetières.

…Abyssinian Baptist, le plus grand cimetière de Détroit. Un demi hectare de pierres tombales usées par le temps marquent l'endroit où reposent les esclaves en fuite partis chercher la liberté dans le Nord. Mais la ségrégation s'applique même dans la mort, ils sont enterrés loin des familles blanches qui sacrifièrent leurs fils dans la guerre contre l'esclavage. Ultime primauté de la race.

J'ai été passionné par ce récit qui parcourt toutes les années 6o. A travers l'histoire de Tommy j'ai découvert une ville, Detroit, qui a occupé une place essentielle dans l'histoire de la musique. Cependant, je me permets d'émettre quelques réticences qui peuvent ne pas être partagées. Le style d'écriture, n'est pas à mes yeux à la hauteur de la noirceur de l'histoire et le dénouement trop optimiste m'a quelque peu surpris.

  Malgré ces remarques  Juke-box Cadillac est un très bon roman.

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