filmIl fallait trouver:  

Le quai des Brumes, roman de Pierre Mac Orlan, un film de Marcel Carné, scénario et dialogues de Jacques Prévert avec Michèle Morgan et Jean Gabin.

Merci pour votre participation les vainqueurs du jour sont : Aifelle, Gwenaelle, Keisha, Jeneen, Lireaujardin, 32 Octobre, Cagire, Miriam.

Voir la présentation du livre et la comparaison entre le film et le roman sur le blog de Claudialucia.

 

 

Quai-Des-BrumesLe quai des Brumes. 1938

Le film put voir le jour grâce à Jean Gabin, la plus grande star du cinéma français à la veille de la deuxième guerre mondiale. Après l'échec commercial de Drôle de drame, les producteurs se détournaient de Marcel Carné et de son scénariste Jacques Prévert. Gabin, lui, avait été emballé par cette comédie où s'illustraient ceux qui allaient devenir des monstres sacrés du cinéma : Françoise Rosay, Michel Simon ou Louis Jouvet… Carné a obtenu les fonds nécessaires à la production de Quai des Brumes  parce que Gabin acceptait  de jouer le rôle principal de Jean Rabe.

Dans les années 1930, Jean est un déserteur de l'armée coloniale; il échoue sur un quai du port du Havre d'où il espère quitter la France. Dans une cabane, un bar tenu par un certain Panama, se retrouvent les désanchantés de la société. Là Jean fait la connaissance de l'orpheline Nelly, dont il tombe aussitôt amoureux. Mais l'amour le plus pur, le plus sincère, ne peut éclore car sur  la route du couple se dressent malfrats et bourgeois malhonnêtes. 

 

Quai des brumes est un des films majeurs du courant cinématographique de l'entre deux guerres, le réalisme poétique. En effet le film présente la vie sans artifice d' une partie de la société française, celle des gens modestes, des exclus de notre société qui grapillent à la vie un moment de bonheur, le temps parfois d'un regard : "T'as de beaux yeux tu sais…" Carné filme la noirceur des lieux, des pavés mouillés, des quais noyés dans la brume…  mais la brume est aussi intérieure, dans le regard des hommes, dans celui de Jean à jamais noirci par l'image de la guerre, dans celui du peintre qui voit "la mort dans une rose". La poésie du film est portée par les dialogues parfois décalés de la réalité de Jacques Prévert , par la musique de Maurice Jaubert et les décors de Alexandre Trauner.  

Cette l'oeuvre mythique du cinéma français a cependant été mal reçue à sa sortie en salle par une partie de l'opinion. L'extrême droite ne pouvait supporter de faire d'un déserteur le héros principal d'un film et de donner le beau rôle à des marginaux de la société, de voir un bon bourgeois catholique, interprété par Michel Simon, qui écoute de la musique sacrée  n'être derrière sa façade de respectabilité  qu'un assassin.

L'extrême gauche et Jean Renoir lui même, alors proche du Parti Communiste, jugeait le film  trop pessimiste.  Il pensait que le film donnait des français une triste opinion et que si le pays était tel que Carné le décrivait alors la France était prête à se laisser glisser dans les bras  d'un chef providentiel. Mais la majorité des français s'est reconnue dans le couple, alors que les nuages guerriers s'amoncelaient au dessus de leur tête, ils partageaient le serment d'amour de Nelly et de Jean. 

 

gabinUne anecdote sur le tournage :  Michèle Morgan, Jean Gabin et Pierre Brasseur.

Pierre Brasseur n'appréciait pas de jouer à côté de Michèle Morgan, une débutante, ce qu'il faisait largement savoir. Cette attitude irritait fortement Gabin et dans la scène où Jean Rabe gifle le petit truand Lucien (Brasseur ), Gabin ne retint pas son geste et la paire de claques fut monumentale. 

 

Carné et Prévert, par Mac Orlan

" Carné et Prévert ont su former une association d'une distinction parfaite dans toutes les nuances de la poésie. Car la poésie doit être l'âme de la cinématographie considérée comme un art, peut être le seul art expressionniste de ce temps. La littérature trahit les fantômes. Le cinéma ne peut renier leur présence. C'est la révélation artistique et romanesque de ce fantastique quotidien…" (à propos des Visiteurs du soir ).

T'as de beaux yeux tu sais


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