cb4251247ac0af2155c4ff631dcb23dd_300x300Le titre reprend les premiers mots du court roman de Philippe Djan Lorsque Lou me soulevait du sol, traversait le bar et me jetait au milieu de la rue…Qu'est-ce qu'est venu faire le narrateur dans un coin perdu du Manitoba canadien, dans une petite bourgade située près de la baie d' Hudson: Riverdale. Pourquoi ce parisien tient-il le bar des frères Conroy? Comment peut-il accepter sans broncher les humiliations , les brimades, les raclées  de ses patrons?

…Tom, Richard et George, ne m'aimaient pas beaucoup. Ils se contentaient de garder un oeil sur moi, laissant à Lou, le plus jeune et le plus fort des quatre, le soin de me corriger comme je le méritais.

Le narrateur reçoit des coups qu'il estime "mérités", comme si cette violence subie lui permettait d'effacer des traces du passé,  d'une vie antérieure si lointaine, si terrible et si improbable. Ce n'est pas Sarah, la soeur Conroy, sa maîtresse, qui semble le retenir Quant à Sarah, elle me détestait. Dès que je quittais sa chambre, je n'étais plus rien. 

On perçoit dès les premières lignes du roman que le narrateur est venu chercher une forme de rédemption dans cette contrée perdue, où la nature devient hostile lorsque l'hiver arrive. Le froid est intense, le manteau neigeux recouvre la région. La ville est de plus en plus isolée. Les ours blancs rodent aux portes de Riverdale et les tensions grandissent entre les habitants enfermés le bourg.

Cette histoire est servie par la force du style de Djian souvent très poétique. Aux côtés des hommes, la nature devient un personnage : Malgré tout, l'air était bon, vif et glacé, tout chargé de son long périple au-dessus de l'océan, ayant culbuté le sommet des vagues, puis s'étant aiguisé sur les terres du grand nord et parfumé au-dessus de forêts, froissant les tulipiers, les chênes, les ginkgos, les érables à sucre, les bouleaux, les trembles, les ormes, les châtaigniers, les mélèzes, les hêtres pourpres et différentes espèces de pins que mon ignorance m'empêchait d'identifier. Je me suis laissé emporter par l'atmosphère du roman plus encore que par l'histoire. Ces personnages sont nourris de Jim Harrison et des écrivains américains proches de la nature; ils vivent dans un monde réaliste que le style transcende. Lorsque Lou n'est peut-être pas un grand roman mais c'est la rencontre d'un vrai écrivain, d'une  écriture puissante. 

L'illustration de Miles Hyman, de splendides tableaux, sert à merveille le texte et l'univers de Djian. Un très beau livre.