public_enemies-4En choisissant de porter à l'écran les derniers mois de l'existence de l'ennemi public numéro 1, John Dillinger,  Michael  Mann renouait avec un genre cinématographique bien typé, le film de gangster. En effet, tous les codes du genre sont respectés, le truand issu d'une famille d'immigrés aime se montrer dans des costumes élégants, se pavane dans de luxueuses voitures, fréquente palaces et restaurants. La structure narrative est simple,le scénario monte l'ascension et la chute programmée du caïd victime de sa mégalomanie au début  des années 30, aux Etats Unis.

Cependant le film va beaucoup plus loin qu'une simple récit de la vie et la mort annoncée d'un tueur, il est, à partir de la vie de Dillinger, une réflexion sur l'histoire de l'Amérique. En 1933, Le braqueur de banques est perçu par une partie de la population comme un Robin des Bois, un autre Jessie James, le brigand bien aimé, car il s'attaque aux banques, piliers du système libéral qui a plongé l'Amérique dans la dépression. Lors d'un braquage, Mann nous montre le voleur  laisser leur argent à de modestes déposants. Dans une des premières séquences du film la bande de Dillinger s'est arrêtée dans une ferme, et la paysanne qui a hébergé Dillinger le supplie de l'emmener avec eux, car la misère dans les campagnes est grande. Dillinger est donc une menace pour l'ordre public, il oblige la police à amplifier son action, le gouvernement fédéral va être amené  à modifier sa législation. A l'époque, les braqueurs  pouvaient faire main basse sur l'argent d'une banque dans un état et se réfugier dans un autre état, le pillage des banques n'était pas considéré comme un crime fédéral. Dillinger a indirectement permis le développement du bureau d'investigation de Hoover, ancêtre du FBI et le vote de nouvelles lois fédérales. Dillinger avec ses méthodes de "cow-boy" héritées la conquête de l'ouest  gênait aussi le milieu, la mafia qui depuis la fin de la prohibition s'était reconvertie dans des activités beaucoup plus lucratives et discrètes : paris clandestins et prostitution en s'appuyant sur des politiciens véreux à leur solde. Dillinger attire trop le regard des médias, oblige la police à se démener. Elle décide donc de participer à l'élimination de Dillinger. Le film est aussi une réflexion sur la violence qui traverse l'histoire la société américaine. Les truands et policiers manient les armes à feu, revolvers, pistolets et mitraillettes dans des rues où des passants sont victimes de feux croisés. Dans une des scènes finales les agents du FBI tuent sans l'ombre d'un remords de modestes citoyens les prenant pour des comparses de Dillinger. Certaines méthodes d'interrogatoire de la police pourraient être comparées à celle de la Gestapo, ou de la prison de Guantanamo. Dans Public Enemies, Mann oppose deux personnages, le représentant du FBI, Melvin Purvis et  Dillinger. Purvis est un flic-chasseur froid méthodique qui traque sa proie pour mieux l'abattre. Dans une des séquences d'ouverture du film, Mann nous le présente tirant sur un malfrat en fuite. Abattu comme un lapin, le truand meurt dans un paysage idyllique, au milieu d' arbres fruitiers en fleurs, sous le regard sans émotion de son tueur. Face à lui, Dillinger sait que  sa mort n'est qu'une question de jours, il cherche à peine à l'éviter, il joue à cent à l'heure son existence. C'est un mégalomane provocateur qui aime écouter le récit de ses propres exploits. Quant au cinéma, il regarde Clark Gable jouer l'Ennemi public N°1 (film de Van Dyke), il s'identifie à l'acteur, il s'admire, il accepte sans regret comme Gable de mourir. A la sortie de la projection, Dillinger est tué par la police.

Les images( cadre , lumière), le travail sonore, le montage sont irréprochables comme dans tous les films de Mann. Le réalisateur est aussi un grand directeur d'acteurs : Johnny Depp incarne un fascinant Dillinger mort à trente et un ans, en face de lui, Christian Bale tout en raideur est Melvin Purvis, l'agent obstiné du FBI. Un excellent film.


Public Enemies - Bande-annonce (vost)