19706160Après la mort du pape, le Conclave se réunit au Vatican, il élit le discret Cardinal Melville. Au moment de bénir les fidèles réunis sur la place Saint-Pierre le nouveau souverain pontife est pris d'une crise d'angoisse, il ne se sent pas capable d'assumer sa fonction. La Curie ne voit qu'un moyen pour résoudre le cas de conscience de l'héritier de Saint-Pierre, recourir aux services d'un psychanalyste. Ce brave médecin, par ailleurs athée, va se retrouver enfermé avec les prélats dans le Vatican pendant que le nouveau pape, qui s'est échappé du palais pontifical, erre incognito dans les rues de Rome. 

Moretti traite cette histoire sur le ton de la comédie. Les cardinaux sont des hommes simples avec leurs petits défauts qui comme des gamins participent, en attendant le retour à la raison du nouveau Saint Père, à un tournoi de volley intercontinental. Certaines scènes sont savoureuses, en particulier la séance de psychanalyse du pape en présence de la Curie toute entière. Mais le film est empreint de mélancolie, car le cardinal Melville est un être vulnérable, accablé par le poids des responsabilités qu'il n'a pas choisies. Il ne sent pas capable de devenir infaillible, son seul refuge c'est la fuite. Le nom de Melville fait référence à l'écrivain américain, auteur de Bartleby dont la devise était : "Je préférerais ne pas.." Pour le cardinal la formule se complète ainsi: "je préférerais  ne pas être Pape".

La presse s'attendait à un pamphlet anticlérical de l'homme de gauche Moretti, à une attaque frontale et violente, à voir le cinéaste dénoncer de sombres machinations de palais pour accéder au trône. Prenant tout son monde à contre-pied, il nous montre des prélats implorant Dieu pour ne pas être élu pape et félicitant de bonne foi le nouveau Saint Pierre. Cette présentation des dignitaires de l'Eglise a de quoi laisser perplexe les adversaires du goupillon et étonner les habitués du bénitier.

Mais si on analyse le film, derrière le rire, l'Eglise est bien mise à mal. Lors du conclave aucune majorité claire ne s'est dessinée, parce que les conservateurs n'acceptent pas de  voir s'installer au Vatican un homme étranger au continent européen. Melville est élu par défaut, comme le fut jadis René Coty à la tête de la défunte IV° République au treizième tour de scrutin. C'est un homme de consensus inodore et sans saveur. Acteur de vocation, il a échoué au concours d'entrée du conservatoire de théâtre et s'est dirigé, là encore par défaut, vers la carrière ecclésiastique. Comment a-t-il gravi tous les échelons de l'Eglise? Moretti ne nous le dit pas clairement, mais on sait que Melville n'est pas un guide mais un discret et sage suiviste, les puissants récompensent souvent leur clientèle.

Moretti nous affirme d'une manière fort habile que la papauté ne représente pas la réalité de la chrétienté actuelle. Lors du cocasse tournoi de volley les cardinaux européens peuvent présenter deux équipes avec de nombreux remplaçants. Les prélats italiens demandent même la constitution d'une équipe nationale. A l'inverse L'Océanie n'aligne qu'une demi-équipe, réduite à trois cardinaux! Moretti dénonce de fait la mainmise des italiens sur l'église, en effet le nombre actuel des cardinaux italiens est plus important que celui de l'Amérique latine, qui représente pourtant plus de la moitié des catholiques dans le monde. 

Les dignitaires, sympathiques vieillards, sont totalement coupés de la réalité du monde. Pour le tournoi sportif ils proposent des jeux datant d'avant le déluge. Lors de la séance de psychanalyse, la Curie interdit au psychiatre d'aborder le moindre sujet social ou  sexuel. Le dogme est immuable, il est des sujets dont on ne parle pas. 

Attention : si vous n'avez pas vu le film, ne lisez pas ce qui suit.

La dernière séquence permet de multiples interprétations. Lorsque le nouveau pape clame à la face des fidèles et du monde : je ne me sens pas capable d'assumer la tâche que l'on veut me confier, est-ce un un acte de faiblesse ou au contraire de courage? Mais si le nouveau pape ne se sent pas l'âme d'un guide, d'un pasteur dictant la voie à son troupeau, n'est-ce pas aussi parce qu'il est le produit de l'Eglise qui ne peut rien proposer de concret aux attentes des hommes. Son drame personnel, son impuissance traduit  l'inadaptation de l'Eglise catholique à notre monde. 

Moretti signe un très grand film qui ne peut laisser indifférent. La superbe interprétation de Michel Piccoli aurait amplement mérité la palme d'or à Cannes.


HABEMUS PAPAM (N. Morretti) bande-annonce officielle (sortie le 07 septembre)